La première Cour

Promenade au chateau de prague

La première Cour

Maintenant, regardons vers l'entrée principale du Château. Des trois cours que compte le château, celle-ci est la plus récente. A cet endroit se trouvait, jusqu'au milieu du 18e siècle, un large fossé, héritage du Château médiéval, il a été comblé.
La première cour est fermée par une grille en fer forgé. Regardons le portail central. Il est couronné par trois lettres dorées entrelacées : M, T, et J. M,T et J comme Marie Thérèse et Joseph. Une façon de rappeler que l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche d'Habsbourg et son fils Joseph 2 régnaient sur l'Empire au moment de la réalisation de cette cour. La démonstration de pouvoir est d’ailleurs encore soulignée par une série de sculptures placées sur de hautes piles le long de la grille.
Regardons bien, d'abord sur la seconde pile à droite du portail. Là, un lion couronné est chahuté par de petits anges. Pour l'époque, c'était une façon amusante de représenter les armes de la Bohême, puisque le lion est le symbole du pays. Et si nous regardons maintenant à gauche du portail, nous voyons le même groupe de statues, mais cette fois-ci, le lion a été remplacé par un aigle. L'aigle est bien sûr le symbole de l'Empire des Habsbourg et, rappelons-le, au 18e siècle, la Bohême appartenait toujours aux Habsbourg.
Mais les statues les plus remarquables, ce sont deux groupes monumentaux qui encadrent le portail. Ils représentent la "Lutte des Géants". Dans la mythologie grecque, on raconte que les Géants, fils de la Terre, s'étaient révoltés contre Zeus, le dieu suprême. Ils ne pouvaient être vaincus que sous les coups conjugués d'un dieu et d'un homme. Zeus fit donc appel à Heraclès pour en venir à bout. Regardons-la pile de droite : on reconnaît bien Heraclès, armé de sa grosse massue et sur le point de fendre le crâne d'un Géant accroupi à ses pieds. Depuis la Renaissance, le thème de la Lutte des Géants a souvent été utilisé pour exprimer le combat de l'ordre contre le chaos, de la raison contre la bestialité. C'est aussi le cas ici, et le garant de l'ordre du monde n'est autre que le souverain !
La totalité des sculptures a été réalisée par Ignaz Platzer le Vieux, très réputée alors.
Nous sommes maintenant juste à l'entrée de la cour. Entrons et décalons-nous sur la droite pour avoir une vue d'ensemble.

Tous les bâtiments de cette cour remontent aux années 1760 et ont été réalisés par l'architecte viennois Nicolas Pacassi. Durant toute sa vie, Pacassi fut au service de l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche pour laquelle il acheva le palais de Schönbrun à Vienne. Comme nous pouvons le constater, son style n'est pas exubérant, mais plutôt raisonnable. Pas de places ici pour des colonnes, des pilastres ou des décors compliqués. Tout est ramené à la surface du mur et seul le recours à la couleur permet d'animer sobrement la façade. La presque totalité du Château a été refaite au 18 e siècle en suivant ce principe.
Par contre, si nous regardons vers les toits des bâtiments, nous remarquerons des reliefs représentant de lourds trophées militaires qui contrastent avec la raideur générale.
Mais le plus remarquable ici, c'est la porte centrale à trois entrées qui se trouve au fond de la cour. C'est une sorte d'arc de triomphe couronné par un fronton encadré par deux petits obélisques. Certains y voient l'une des premières manifestations du baroque à Prague. Une grande inscription sur le fronton livre le nom du commanditaire Matthias et ses titres : Empereur du Saint-Empire Romain Germanique, Roi de Bohême, Roi de Hongrie ! Enfin une date : 1614. La porte aurait donc été réalisée sous le règne de l'empereur Matthias, ses titres sont décris en 1614. Remarquons d'ailleurs juste sous l'inscription la présence du symbole impérial: l'aigle royal à deux têtes.
Dans le passé, cette porte permettait aux dignitaires de la Cour de se rendre vers le palais, ou vers la cathédrale. Elle fixait aussi les limites du Château avant le comblement du fossé au 18e siècle. Mais cette porte signifiait bien davantage, elle parlait de souveraineté, de vassalité, car passer sous la porte, c'était aussi symboliquement reproduire le geste de la soumission au monarque autrichien. On peut comprendre que certains traînaient un peu les pieds, surtout à l'heure du réveil patriotique au 19e siècle. A l'issue de la première Guerre mondiale, l'Empire autrichien, Austro-Hongrois comme l'on disait alors, fut démantelé et sur ses ruines de nouveau états virent le jour dont la République de Tchécoslovaquie. Le premier président de ce nouvel état fut Tomas Garrigue Masaryk. Lettré, humaniste, patriote, Masaryk ne pouvait se résoudre à passer sous l'Arc de triomphe des Habsbourg pour se rendre à son bureau présidentiel situé à deux pas de là. C'est alors qu'un génial architecte du nom de Josef Plecnik, un Slovène, proposa une solution ingénieuse. Il réorganisa complètement l'espace de la cour en ménageant deux petites entrées latérales de chaque côté de la porte de Matthias pour que le gouvernement n'ait pas à passer sous cette porte de la soumission.
Pour ne pas rompre l'harmonie de la place, il souligna l'axe principal par deux gigantesques mâts en pin de Moravie culminant à 25 mètres de hauteur. L'effet est très convaincant, élégant et surtout l'honneur était sauf. Le Château pouvait redevenir le symbole du pays !


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