Peter Parler, l’architecte de la cathédrale

Promenade au chateau de prague

Peter Parler, l’architecte de la cathédrale

Nous pouvons entrer maintenant dans la cathédrale en empruntant le portail situé à gauche. Passé le portail, nous sommes éblouis par l'ampleur de l'édifice, par sa verticalité et sa luminosité. Il est bon de rappeler quelques chiffres : la cathédrale mesure ainsi 124 mètres de longueur, atteint 60 mètres de largeur et sa voûte culmine à 33 mètres ! La première moitié de cet ensemble, rappelons-le, date du début du 20e siècle.
Initialement, au 14e siècle, Charles 4 avait fait appel à un maître d'œuvre réputé en France, Matthieu d'Arras. Comme dans les cathédrales françaises, le plan choisi était basé sur un chœur entouré d'une galerie qu’on appelle le déambulatoire sur lequel s'ouvraient 5 chapelles polygonales qu’on appelle les chapelles rayonnantes. A la mort de Matthieu d'Arras en 1352, le chantier fut fermé durant 4 ans, le temps de trouver un nouvel architecte. En 1356, la perle rare est enfin là.
Il s'agit d'un jeune homme de 23 ans, Peter Parler, descendant d'une prestigieuse dynastie de maîtres-maçons allemands. Que le souverain confie à un si jeune homme une telle responsabilité témoigne bien de la précocité de son génie. Et Charles 4 ne sera pas déçu. En effet, en l'espace de quelques années, Peter Parler et ses proches - à l'époque, on travaille en famille - va faire de Prague une cité à la hauteur des ambitions de l'empereur. Mieux, Peter Parler va insuffler à la cité une vocation artistique qui au cours de l'histoire ne sera jamais démentie. Et maintenant, en regardant cette église essayons de comprendre pourquoi l’œuvre de Parler fut si importante. Et au fond quel fut son projet à la Cathédrale Saint-Guy ?

Premier constat : Peter Parler est un homme de son temps, et l'époque est au gothique. La cathédrale est donc gothique comme le montre son élévation à trois niveaux. En effet, ces 3 étages ne sont possibles qu’avec les techniques de l’architecture gothique. Alors, regardons ces 3 niveaux successifs : et tout d'abord le rez-de-chaussée. Il est composé d'une suite de gros piliers portant de grandes arcades. Puis le second niveau arrive: on le voit, il est composé d'une sorte de galerie intermédiaire qui court tout autour de la nef : et cela s’appelle du joli nom de triforium. Enfin, un dernier niveau, le plus impressionnant : il s'agit des fenêtres hautes, hautes et grandes pour faire pénétrer le maximum de lumière dans la nef centrale. Au 14e siècle, toutes ces fenêtres étaient décorées de vitraux colorés représentant des scènes tirées de la Bible ou de l'histoire des saints. C'était une sorte de majestueuse bande dessinée que les fidèles pouvaient contempler à tout moment. D'ailleurs, si vous regardez bien tout au fond de l'église, les fenêtres hautes du chœur possèdent encore des vitraux, mais ils datent du 19e siècle.
L'autre aspect qui permet de parler d'une architecture gothique, c'est bien sûr le recours à la voûte sur croisée d'ogives, c'est à dire l'entrecroisement de deux arcs de pierre pour supporter la voûte. Son utilisation, dès le 12e siècle en France, permît de répartir le poids de la voûte depuis le haut vers le bas, du haut du mur jusqu'aux piliers puis via les piliers, jusqu’au sol. Les conséquences en furent spectaculaires : les églises se sont alors élevées de plus en plus haut et leurs murs, massifs et presque sans fenêtres jusqu’alors, s’ouvrent à de grandes verrières. Cela dit, plusieurs précautions valent mieux qu’une et, à l'extérieur des églises, on empêche les parois de la nef de s'écarter en les renforçant par des soutiens en pierre appelés « arcs-boutants ».
Tous ces éléments sont présents à la cathédrale de Prague, mais il y a aussi des innovations. Et la grande nouveauté de Saint-Guy, c'est sa voûte.
Levons les yeux et regardons là, cette voûte se déployer de l'entrée vers le chœur. On voit que la cathédrale de Saint-Guy n'est pas faite de simples voûtes sur croisée d'ogives, mais de tout un réseau de nervures qui se croisent ou s'enchaînent. On est loin des voûtes des cathédrales françaises qui se présentent comme une succession de petites voûtes sur croisée d'ogives séparée les unes des autres par de gros arcs. Autrement dit, dans les cathédrales françaises, on a comme un système de caissons posés les uns à côté des autres. Ici, au contraire, à aucun moment on ne ressent une rupture, tout est fluide comme une sorte de longue toile légère et aérienne posée sur la nef. En fait, la multiplication des nervures engendre aussi une répartition plus diffuse des poussées de la voûte du haut vers le bas. C'est le principe même de l'architecture gothique, mais en plus compliquée et en plus décorative. Cette innovation de Peter Parler connaîtra un grand succès dans toute l'Europe dès le 15e siècle pour devenir une des caractéristiques de ce que l'on appelle le "Gothique flamboyant". On peut donc dire que la cathédrale Saint-Guy est un jalon important dans la longue histoire de l'architecture.


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