La Jamaïca Wine House

Promenade au coeur de la city

La Jamaïca Wine House

Nous allons traverser la place et passer à notre droite lorsqu’on vient de la ruelle, sous l’arche qui forme le symétrique de George & Vulture. C’est du coté de la Barclay'S;
Ce passage s'appelle St Mikael Alley. Prenons-le. Nous vous attendons de l’autre côté de l’arcade, dans un jardin. Il s'appelle « bell inn yard » mais ce n'est pas la peine de chercher le nom: il n'est écrit nulle part.

Nous sommes dans un jardin dont le mur du fond est le flanc de l’église St Michael. Cette place charmante, dominée par le clocher d'une église, loin du bruit et du trafic de la rue nous plonge dans un autre monde et dans une autre époque. Ces va-et-vient dans le temps sont une des joies de cette City.
Retournons-nous et remarquons les immeubles qui bordent cet endroit : ils sont d’une élégance parfaitement anglaise. Ils allient la brique rouge et la pierre pour donner de la vie et comme une sorte d’énergie aux façades. Ces constructions sont caractéristiques de cette Angleterre du 19e siècle qui jouit d’une certaine aisance. Beaucoup de résidences urbaines utilisent ce même type de construction, à la fois cossue, mais pas démonstrative. C’est l’art de vivre anglais : « cosy », confortable et douillet à la fois.

Regardons sur notre droite: il y a l’entrée du plus ancien coffee shop de la ville devenue la Jamaïca Wine House. Dirigeons-nous vers ce pub et arrêtons-nous quelques minutes devant les grandes arcades qui forment sa façade.
La façade a belle allure avec ses arcades au décor de terre cuite et ses décorations de fleurs et de feuillages. Un œil-de-bœuf lui donne un air noble. C’est maintenant un pub reconverti en restaurant,car cet endroit a une histoire. C’est ici en effet qu’ouvrit, au 17e siècle, le premier café de la ville. Au milieu du 16e siècle, le café part de Turquie à la conquête de l'Europe. C’est à Venise qu'il arrive pour la première fois. Jusqu'au 17e siècle, le café n'est qu'une curiosité réservée à l'entourage des quelques voyageurs qui en rapportent d’Orient. On en trouve aussi comme médicament chez les apothicaires. Dans la première moitié du 17e siècle, la consommation s'étend à l'Italie, la France, l'Angleterre et l'Allemagne. En 1644, un navire d'Alexandrie débarque sa marchandise à Marseille où s'ouvre, 10 ans plus tard, le premier café public. Vers 1669, par l'intermédiaire de l'ambassadeur de l'empire ottoman à Paris, Soliman Aga, la boisson conquiert la haute société parisienne. Le premier coffee house anglais s’établit à Oxford. Il est fréquenté essentiellement par des étudiants. Deux ans plus tard, les Londoniens découvrent la première coffee house, la Jamaïca Coffee House que vous avez devant vous.
À la fin du 17e siècle, ce type d'établissement se comptait par centaines. Chaque café avait sa clientèle spéciale. On se réunissait par corporation, par centre d’intérêt, par nationalité... Il y avait le café des Arméniens, des teinturiers, des Flamands, et même celui de Lloyd’s.
On y parlait politique et on y colportait les nouvelles, chose de grande importance à une époque où la presse n'existait pour ainsi dire pas. Tant et si bien que le roi Charles 2 voulut les fermer, craignant qu’ils ne servent de lieux de rassemblement à des séditieux. Mais les Cours de Justice marquèrent encore une fois leur indépendance vis-à-vis du pouvoir et annulèrent la décision royale comme illégale et autorisèrent la réouverture des cafés, à condition toutefois que le tenancier empêche toute diffamation, tout scandale et surtout toute médisance sur la Cour.
Deux éléments allaient brusquement mettre fin, dans les années 1730, à l'engouement des Anglais pour le café. D'abord, les messieurs de la City se lassèrent de ces coffee houses où on laissait entrer n'importe quel individu qui pouvait fort bien, pour un penny, venir s'asseoir à leur table. Ensuite, et surtout, l'époque vit le triomphe du thé. Les Anglais séduits par ce nouveau breuvage abandonnèrent peu à peu le café. Et de nos jours, ce sont les pubs qui tiennent ce rôle de lieu de sortie pour boire un verre, et discuter. «Jamaïca Wine House » est devenue maintenant un pub connu de la City.
Nous vous conseillons d’aller y jeter un œil. Le sol et les murs sont en vieux bois sombre. Vous pouvez même y déjeuner.

Ensuite, retrouvons-nous à l’angle du pub et de la bijouterie Heynes. Sinon, continuons. Nous sommes donc au croisement de 2 ruelles, qui donnent à l’ensemble un air médiéval que nous avons déjà rencontré dans la cour des lombards.

En fait, après le fameux grand incendie, les gens commencent à réfléchir sur les moyens d'éviter qu'un tel désastre se reproduise. Dans un premier temps, on oblige tous les Londoniens à reconstruire leurs habitations en briques et non en bois. C’est un matériau peu coûteux, facile à produire en grande quantité et surtout moins inflammable que le bois. Les toits doivent désormais être en tuiles ou en ardoise et non plus en chaume toujours pour les mêmes raisons.
Surtout, une des premières opérations d’urbanisme moderne est décidée: on interdit toute initiative de restauration individuelle, et le principe est retenu d'un plan d'ensemble, sur lequel travaillent les meilleurs architectes du temps.
Le principal architecte chargé de la reconstruction de la ville est Sir Christopher Wren. Nous vous avons déjà parlé de ce personnage : C'est à lui que Londres doit la grande colonne de «Monument».Sir Christopher Wren propose une reconstruction ambitieuse qui ferait entrer la ville dans la modernité : il faut abandonner le tracé des rues médiévales. C'est un architecte qui a beaucoup voyagé en Europe, surtout en France et en Italie. Il est très influencé par le tracé des villes qu'il traverse, remodelées par l'esprit de la renaissance Italienne ou embellies par Louis 14. Mais dans cet État où le pouvoir royal est contrebalancé par celui des assemblées élues par le peuple, le roi doit tenir compte de la volonté populaire. Et elle ne veut résolument pas se mettre à la mode du continent. La volonté royale n’aura gain de cause que dans la reconstruction de Saint-Paul et l’érection à Pudding Lane de la colonne commémorative de Monument.
Et pour finir, le plan d'urbanisme, peut-être trop ambitieux, ne sera jamais réalisé. Au total, une 50taine d’églises et bon nombre d’édifices importants pour la vie de la City seront encore reconstruits par Wren et ses acolytes.


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