Le 2ème trésor pictural de la ville xéuté par Pietro Lorenzetti

Promenade dans arezzo

Le 2ème trésor pictural de la ville xéuté par Pietro Lorenzetti

Et maintenant, montons les marches et entrons.

Quelle est votre première impression ? Certainement la surprise, car l’aspect modeste de la façade ne nous préparait pas à un tel ensemble monumental. Mais nous n’allons pas rentrer dans le détail de sa structure, car l’essentiel est ailleurs. Au fond du chœur plus précisément. Allez-y. Vous verrez une abside –c’est la partie qui termine le chœur d’une église- avec un grand polyptyque. C’est un ensemble de nombreux panneaux peints et assemblés. Nous vous y attendons. Pour le voir, vous aurez à monter les marches que vous voyez au fond.

Vous y êtes ? Bien ! Vous avez donc devant les yeux le 2ème trésor pictural de la ville après –bien sûr - les fresques de Piero della Francesca de la basilique st François. Il a été exécuté en 1320 par Pietro Lorenzetti, un grand maître de la peinture siennoise du trecento. Le trecento est le 14ème siècle, comme le quattrocento est le 15ème, le 16ème etc. Et ici, il s’agit ni plus ni moins que d’une des principales œuvres de la 1ère moitié du 14 ème siècle. En effet, cette œuvre porte en elle une grande modernité, même si la tradition byzantine y est encore très présente. Relevons ici cette présence de la tradition byzantine. Nous allons la retrouver à travers 2 éléments majeurs.
Le 1er concerne le fond. Vous notez que chaque panneau est peint sur fond d’or et cela c’est typiquement byzantin.
Le second élément : c’est le choix des sujets et leur disposition. Regardez dans la partie médiane. On voit 3 espaces superposés de bas en haut : une madone à l’enfant, au dessus une annonciation, puis une assomption. Soit 3 épisodes de la vie de la Vierge. Autour de ces scènes, en bas des bustes de saints, au-dessus des martyrs, enfin des saintes.
Cela dit, ce polyptique est porteur de modernité. Alors, voyons pourquoi ?
Et bien regardons au centre : on voit une madone à l’enfant. Portez votre attention sur leurs visages: le peintre a exprimé, avec une grande humanité, la complicité des regards, pleins de tendresse qu’échangent cette mère et son enfant. Notez avec quel réalisme et quel naturel, l’enfant a posé sa main sur l’épaule de sa mère et comme de l’autre, il a saisi son voile. Les épaules de la madone pivotent vers lui. Elle porte un magnifique vêtement galonné de rouge. Regardez au milieu de son corps et notez le détail des queues de fourrure sur fond blanc qui apparaissent sur le revers de son vêtement. Lorenzetti cherche à donner de la vérité à ce groupe, par leurs attitudes réalistes et les détails vestimentaires. En cela il s’affranchit du hiératisme byzantin, c'est-à-dire ces attitudes figées et frontales qu’adoptent les personnages peints de l’art byzantin. De plus, la ligne du galon rouge et l’attitude naturaliste illustrent bien ce style de l’école siennoise, pour laquelle la sinuosité de la ligne a une grande importance. En effet, c’est grâce à cette sinuosité que l’artiste donne à son modèle cette attitude pleine de vie. Regardez maintenant à leurs côtés : 4 saints sont figurés. Sur votre gauche ont été représentés saint Donato et saint Jean l’évangéliste ; sur votre droite, saint jean baptiste et saint Mathieu. Tous 4 sont figurés à un peu plus de mi-corps et se tournent légèrement vers le couple divin. Chacun adopte une posture différente. Lorenzetti a diversifié chacune des poses : cela les rend différents les uns des autres. L’artiste s’affranchit une fois encore du hiératisme byzantin, qui fige et uniformise les personnages. Et puis regardez au-dessus des arcs qui coiffent les 4 saints et notez ce détail plein de charme des anges qui se rejoignent par leurs ailes étalées. Enfin, autre signe de modernité : le souci du peintre d’accéder à la 3ème dimension. Pour cela, portez toute votre attention sur les accessoires que tiennent ces saints personnages. Voyez comme le peintre les a peints bien devant, au 1 er plan. Cela donne de la profondeur à la peinture, donc une 3ème dimension. Alors bien sûr, cela peut faire sourire, car, aujourd’hui, cela semble être un essai bien naïf de représenter la 3ème dimension. Mais, sachez néanmoins que c’était un réel progrès. Et puis, en tout cas, c’est l’intention qui compte et toute indépendance créatrice mérite d’être signalée. Mais indéniablement, Lorenzetti a ouvert une porte dans laquelle les suiveurs s’engouffreront.

Maintenant, portez votre regard sur saint jean baptiste, le personnage situé à droite de la Vierge. Notez comme il désigne le Christ de son pouce tendu, en même temps qu’il nous regarde. C’est un geste qui deviendra typique chez Pietro Lorenzetti, une façon d’accentuer le rapport qui existe entre ces 2 personnages. Dans ce cas, il souligne le rapport entre celui qui annonce la venue du sauveur et le Christ qui, s’incarnant dans sa mère, accomplira cette promesse.
Et maintenant, regardez sur la partie haute. Au-dessus de chacun de ces saints apparaissent 2 personnages, isolés les uns des autres par des arcades soutenues par des colonnes. Au dessus de leurs têtes et au centre du petit panneau de bois, se révèle, dans un médaillon, le visage d’un prophète au regard tourné vers le groupe central de l’Annonciation, juste au dessus de la madone et de l’enfant. Chaque groupe de saints est surmonté d’une image de sainte, disposée cette fois dans un arc trilobé. Au-dessus de l’annonciation, se trouve l’Assomption de la vierge, ce moment qui est la conclusion triomphale de sa vie, celui où elle monte au paradis retrouver son fils. Ainsi, en 3 images qui se superposent, le peintre a donné 3 épisodes de la vie de la Vierge. Regardez en détail cette Annonciation. On y trouve une autre des caractéristiques de Pietro, celle qui consiste à utiliser les éléments extérieurs de la partie peinte, un peu comme le fera le baroque 3 siècles plus tard. Ainsi, voyez comme il utilise les arcs du cadre comme s’ils faisaient partie intégrante de la représentation : ils reposent sur ce grand pilier blanc qui est devant. Et ces 2 arcs ont une fonction précise dans les parties peintes : ils séparent 2 espaces : celui de gauche où se trouve l’ange de l’Annonciation, celui de droite qui définit la pièce dans laquelle la vierge se tient.


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