La salle de théologie

Promenade dans hradcany, du couvent de strahov au palais sternberk

La salle de théologie

Avançons. La première salle, celle consacrée à la Philosophie se trouve dans le corridor juste en face de la porte d'entrée. Nous la verrons tout à l’heure.
Pour l’instant, prenons ce corridor sur la gauche et allons tout au fond, à une cinquantaine de mètres environ, où se trouve la salle de Théologie. Sur le chemin, nous verrons, le long des murs, des vitrines qui exposent des coquillages, des fossiles, des minéraux et même une dent de nerval. La collection date du 18e siècle et n'est pas sans évoquer les "kunstkammer", ces "cabinets de curiosité", très en vogue en Europe depuis la Renaissance et dans lesquels les objets les plus hétéroclites mais aussi les plus rares étaient rassemblés . Une façon aussi de nous rappeler que les prémontrés furent des esprits curieux, sensibles aussi à l'histoire naturelle. On rapporte d’ailleurs que l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert –chose rare- trouvait sa place sur les étagères des religieux de Strahov !

Nous voici sur le seuil de la salle de Théologie. Pour des raisons de conservation, on ne peut aller au-delà. C'est la même chose pour la salle de Philosophie.
Juste devant l'entrée de la Salle de la Théologie, nous pouvons voir, posée sur un lutrin et sous verre, une copie de la reliure de l'Evangéliaire de Strahov. Cet évangéliaire c'est-à-dire un livre contenant les quatre Evangiles a été réalisé au 9e siècle et vient probablement de Tours.
C’est bien sûr surtout les pages et leur décoration qui est le plus intéressant à voir, aussi n’aurons-nous pas de commentaire particulier sur cet Evangéliaire carolingien, dont l’original est conservé aujourd'hui à la Bibliothèque Nationale de Prague.
Tournons-nous maintenant vers la Salle de Théologie et avançons jusqu’au seuil.

La salle de théologie doit son nom aux 16 000 ouvrages de théologie qui y sont déposés. Elle fut réalisée en 1671 par un architecte italien Domenico Orsi, et agrandie au début du 18e siècle.
Attardons-nous sur le décor. Comme pour l'église tout à l'heure, il est composé de grandes peintures, qui sont enchâssées dans un plafond lourdement stuqué de moulures et de guirlandes épaisses. Le plafond de la salle est assez bas mais les grandes fenêtres donnant sur la droite permettent à la lumière d'éclairer suffisamment la salle.
L’artiste est un certain Siard Nosecky, un Pragois, membre de l’ordre des Prémontrés, qui travailla pendant plus 20 ans à la décoration du couvent de Strahov. Il serait totalement oublié s’il n’avait pas peint son portrait dans la salle. Regardez bien sûr le mur à droite : au niveau de la seconde fenêtre en partant de l'entrée, nous voyons son autoportrait. L'artiste pose pour la une palette et des pinceaux à la main.
Mais revenons au décor lui-même. Ce décor se compose de 17 grands médaillons et de 8 cartouches appliqués dans le plafond de stuc et peints entre 1721 et 1727. Une remarque sur le thème tout d’abord : il s'inspire de l'œuvre d'un certain Jeronym Hirnhaim, lequel fut le supérieur du monastère de Strahov à la fin du 17e siècle et l'auteur d'un livre consacré à l'opposition entre la vraie sagesse, celle qui vient de Dieu, et la fausse sagesse, celle qui vient des sciences. Alors, il ne s'agit pas de condamner les sciences aveuglement, mais de rappeler, à une époque qui est celle des Lumières, que l'étude rationnelle de la nature ne saurait, à elle seule, conduire à la Connaissance –avec un grand « C »- si elle néglige Dieu. Pour illustrer cette idée, Nosecky a multiplié les allégories, et les proverbes illustrés souvent traités avec des personnages de types populaires ou parfois même avec les personnages de la Commedia dell' arte. Par exemple, regardons vers le plafond, juste derrière l'entrée, le premier médaillon du décor. Le peintre a choisi de représenter cinq personnages agités en train de discuter autour d'une mappemonde symbole de la connaissance. Pas de doute, ce sont des savants qui dissertent passionnément sur les secrets de la Nature mais sans jamais pouvoir aboutir à une vérité…Le style est assez terne, et le lourd décor en stuc à plutôt tendance à manger la peinture. On est loin de la maestria baroque cultivée dans les grands décors d'église et au premier chef dans celle du couvent, l'église Notre-Dame-de-l'Assomption.
En fait, dans la Salle de la Théologie, on ne cherche pas vraiment à convaincre par les sens. Et au final, le décor est en quelque sorte à l'image de cette discussion aimable -mais stérile- de nos cinq savants autour d'une mappemonde.
Avant de revenir dans le corridor, jetons un regard sur la très belle série de globes terrestres et astronomiques installés dans la salle. Ils datent du 17e siècle et ont été réalisés à Amsterdam.


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