Le Palais Cernin

Promenade dans hradcany, du couvent de strahov au palais sternberk

Le Palais Cernin

Dans notre dos se trouve le passage par lequel nous avons quitté Strahov. Devant nous, c'est la place de Pohorelec transformée en parking. De l'autre côté du parking se trouve un long bâtiment avec des arcades : ce sont les seules arcades de la place. Traversons la place pour nous rendre sous ces arcades, de l'autre côté de la place de Pohorelec.

De là, prenons alors sur la droite et marchons sous les arcades jusqu'à la rue Lorentska. La rue Lorentska est juste dans le prolongement des arcades et nous conduira tranquillement jusqu'à la Lorentanske Namesti, la Place de Lorette.

Nous sommes maintenant sur le bord de la place de la Lorette, un des plus beaux lieux de Prague.
Elle fut créée en 1703. La place est divisée en deux parties par une haute terrasse. La première partie, à gauche en regardant vers la place, est occupée par un long bâtiment, c'est le monumental pour ne pas dire l'écrasant palais Cernin. De l'autre côté, à droite mais cette fois en contrebas se trouve le sanctuaire de Notre-Dame-de-Lorette, reconnaissable à son carillon blanc et ocre.
C'est ce contraste très accentué entre deux aspects antagonistes de l'architecture baroque, l'austérité et la volupté, le profane et le sacré qui immédiatement surprend sur cette place. Alors approchons-nous d'abord du Palais Cernin. Pour cela, rendons-nous sur la terrasse haute, à l'endroit où se trouve un parking.

Nous voici sur la terrasse haute. Le gigantesque palais Cernin étant sur notre gauche, nous voyons une statue en bronze sur notre droite. Elle représente Edouard Benes, le dernier président démocrate de la Tchécoslovaquie, avant la prise du pouvoir par les communistes en 1948. Rejoignons cette statue, puis continuons à nous enfoncer vers le fond, jusqu'à l'extrémité de la terrasse, en laissant toujours le Palais Cernin sur notre gauche.

Nous voilà arrivés à l'angle de la terrasse. En contre-bas, il y a Notre dame de lorette et de l'autre côté le Palais Cernin. Tournons-nous d'abord vers ce dernier qui porte, logiquement, le nom de son commanditaire, le comte Huprecht Cernin de Chudenice, un éminent représentant de la grande aristocratie catholique de Bohême.
Depuis le début du 17e siècle, avec toujours cette fameuse Bataille de la Montagne Blanche, Prague est tombée sous la domination absolue des Habsbourg. Le modèle qui prévaut dans les arts de l'Empire, et plus généralement en Europe, c'est l'Italie. Et c'est très naturellement que le comte Cernin, qui fut d’ailleurs un temps ambassadeur à Venise, confie au Bernin la construction de son palais. Mais, le projet n'aboutira pas et c'est finalement à Carlo Caratti que sera confiée la réalisation du palais en 1669.

Sa monumentalité est écrasante, mais elle n'est pas gratuite. Elle signifie quelque chose. En fait, la monumentalité du palais Cernin répond parfaitement aux exigences d'une époque qui place dans la lisibilité la marque de la beauté. Pour qu'un édifice soit magnifique, il faut, dit-on alors, qu'il soit long. Plus il est long, plus il est noble. Et le palais Cernin est long, une façade de cent cinquante mètres de longueur rythmée par trente demi-colonnes monumentales reposant sur un épais soubassement taillé en diamants.
Derrière cette façade, des jardins luxuriants complétaient le tableau. On peut le considérer comme l'un des premiers grands palais baroques à avoir été construit. Cela peut paraître étonnant d’entendre que ce palais est baroque alors qu’on sort des salles très chargées et baroques elles aussi du Monastère de Strahov.
Cela nécessite de dire 2 mots sur le baroque. Alors, voilà : c'est à partir du 17e siècle en Italie que le style baroque fait son apparition. Le baroque s'appuie dès sa naissance sur des éléments comme la courbe et l'ovale qui sont bien sûr peu utilisés par le style de la Renaissance. Il joue avec l'ombre et la lumière, avec le mouvement et crée l'illusion. Toutefois, il ne faut pas penser cet art baroque comme systématiquement chargé de moulures et de contorsions. Bien au contraire, ses débuts sont marqués plus par l'effet d'ensemble que par la pompe décorative. On garde du passé l'utilisation de la colonne, un décor limité, la clarté de la composition. Et on garde aussi du passé un certain goût pour la monumentalité. Ce qui est le cas ici.

Mais ne nous méprenons pas, l'échelle délirante d'un bâtiment comme le palais Cernin est aussi là pour réaffirmer la noblesse de ses occupants. D'ailleurs, user des prestiges de l'art pour affirmer sa propre puissance et faire étalage de son pouvoir était alors un exercice courant, n'oublions pas que le Château de Versailles date pour l'essentiel de la même période…

Mais l'intérêt du Palais est aussi de nous informer sur une autre réalité du 18e siècle, en Bohême : l'évolution de la structure de la société avec une aristocratie catholique triomphante ayant bâti sa richesse sur le dos d'une aristocratie protestante exilée, décimée. Le comte Cernin fait partit, avec les Wallenstein, Lichtenstein, et Martinic, de ce quarteron de profiteurs de guerre, et de pilleurs sans honneur. Comme ses amis, il veut être le premier, mais le premier avant ses pairs. Pour cela, il fait construire son gigantesque palais à quelques encablures du Château de Prague, comme pour se mesurer à lui. Mais l'orgueil a un prix : le comte et ses descendants se ruineront dans cet édifice qui sera abandonné dès la fin du 18e siècle, trop coûteux à l'entretien.
Et, en 1919, Thomas Masaryk, premier président de la Tchécoslovaquie, réhabilitera le palais Cernin en y logeant le Ministère des Affaires Etrangères.


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