Le Sanctuaire de Notre-Dame -de-Lorette

Promenade dans hradcany, du couvent de strahov au palais sternberk

Le Sanctuaire de Notre-Dame -de-Lorette

Faisons maintenant demi tour et découvrons un autre chef- d’œuvre de l'architecture pragoise : Notre-Dame-de-Lorette.

On ne peut pas dire que les deux bâtiments se ressemblent, mais tous les deux sont pourtant baroques !
D'abord, intéressons-nous à l'origine de ce lieu. Le sanctuaire de Notre-Dame-de-Lorette tire son nom d'une ville d'Italie, Loreto, située près d'Ancône sur l'Adriatique. Selon la tradition, en 1294, la maison de la Vierge y aurait été transportée miraculeusement par les anges depuis la Palestine… Loreto devint dès lors un des plus importants lieux de pèlerinage d'Occident. Puis le temps passe et nous voici au 17e siècle où la recatholisation de la Bohême est engagée. La liturgie des saints et le culte de la Vierge Marie prennent une importance jamais vue, bien sûr en réaction au protestantisme qui les refuse. Les églises se multiplient, les lieux de pèlerinage accueillent toujours plus de fidèles, les villes et les campagnes se couvrent d'un manteau de chapelles, et de statues religieuses. C'est dans ce cadre là qu'il faut comprendre la construction de Notre-Dame-de-Lorette dès 1626 : dans le cadre de la reconquête catholique dont la Vierge est la sainte patronne.
On notera une fois de plus que l'engagement direct d'une des familles les plus puissantes de Bohême, les Lobkowicz, dans la construction du sanctuaire confirme la place essentielle que joue désormais l'aristocratie catholique dans cette reconquête et finalement dans la mise en valeur de Prague.

Maintenant, regardons d'un peu plus près la façade de la Lorette considérée comme un chef-d'œuvre du baroque pragois. Elle nous permettra en outre de voir comment le baroque a évolué, en 50 ans, depuis la construction du palais Cernin. Et déjà, un premier constat s’impose. Quel est le sentiment ou le mot qu’on éprouve à la regarder ?
Pour notre part, nous dirons : « de la joie », ou bien encore « un sourire ». Instinctivement, sa vision réjouie plus qu'elle n'intimide, et nous sommes loin de la façade martiale du palais Cernin.

Maintenant, regardons attentivement cette façade pour tenter de comprendre ce qui a pu provoquer ce sentiment .
La composition tout d’abord : elle est rigoureuse avec deux pavillons latéraux et une partie centrale surmontée d'un clocher à bulbe. Mais nous constatons déjà une première différence avec le palais Cernin : là, nous voyons un équilibre parfait entre les éléments horizontaux et verticaux. La façade est certes longue, mais déjà elle est coupée en trois, et ensuite l’œil suit les montées et les descentes des différentes toitures de ses 3 éléments. Enfin, il y a carillon, fin et élégant, qui domine de sa hauteur toute la façade et amène là encore le regard à s’élever. Alors qu’au palais cernin, la longueur n’était pas tempérée et écrasait toute dimension vers le haut.


Mais, il y a aussi une 2e grande différence avec le palais cernin : c’est l'apparition de décorations totalement absentes de l'autre côté de la place. A Notre-Dame de Lorette, le décor s'affirme : il envahit les frontons, les corniches, et les fenêtres comme du mauvais lierre. Nous le voyons retomber abondamment sur la façade sous forme de rubans, de volutes, d'effets vaporeux. Loin d'alourdir la façade, le décor nous donne au contraire l'impression que toute pesanteur est abolie, et le bâtiment s'en trouve allégé.
La luminosité et les reliefs des façades sont eux accentués par le contraste entre la blancheur des murs et les touches d'ocre qui en soulignent les articulations. Tout est pensé pour que progressivement notre regard monte de la terre vers le ciel. Faisons le voyage ensemble. D'abord, on passe en revue le défilé de saints installés sur la corniche du premier étage…, puis on saute de part et d'autre du clocher…, pour aboutir au sommet des pavillons latéraux où se déploie le thème fondateur de l'Annonciation. Sur le pavillon de droite, nous voyons l'archange Gabriel, agité, et sur celui de gauche la Vierge Marie pleine de dévotion, en prière. La scène n'est pas aussi intime que cela vu le nombre de statues hissées un peu partout. On retiendra surtout le beau rôle donné aux quatre évangélistes. Matthieu et Jean encadrent la Vierge, et Marc et de Luc sont autour de l'archange Gabriel. On a même ajouté leurs symboles, mais ils sont bien cachés, camouflées même, dans les feuilles d'acanthe enroulées de chaque côté de la fenêtre qui perce chacun des pavillons. Regardez bien le pavillon de droite : On retrouve le lion et le bœuf, symboles de Marc et de Luc. Et sur celui de gauche, on retrouve l'aigle et l'ange, symboles des deux autres évangélistes Jean et Matthieu.
La réalisation de la façade est l'œuvre de Krystof Dienzenhofer et de son fils Kilian Ignaz Dienzenhofer, elle date de 1723.

On voit bien que cinquante années peuvent bouleverser l'histoire des formes, l'histoire de l'art. Un demi-siècle durant lequel les artistes de Prague, à force de créativité et d'audace, ont su faire passer le baroque d'un art autoritaire et sévère, imposé par Vienne, à un art ludique et inventif, identitaire, pour ne pas dire national. Les Dienzenhofer en furent les précurseurs. Au point qu'aujourd'hui on parle de baroque pragois!


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