L’Eglise de la Nativité

Promenade dans hradcany, du couvent de strahov au palais sternberk

L’Eglise de la Nativité

Rejoignons maintenant le portique en suivant le pavement puis tournons à gauche pour entrer dans l'église de la Nativité. La chapelle de la Nativité est l'une des plus belles églises baroques de Prague. Elle fut achevée en 1734 par le beau-frère de Kilian Ignaz Dientzenhofer et décorée la même année. Ce qui séduit dans cette église, c'est d'abord ses petites dimensions, une vraie bonbonnière. Et cela nous change du baroque monumental rencontré jusqu’alors. Ensuite, c'est l'illusionnisme. Car tout ou presque ici est de l'ordre de l'artifice, des panneaux de marbre qui ne sont que des panneaux de stuc, aux peintures en trompe-l'œil qui décorent les plafonds. Les petits théâtres privés ou les boudoirs des nobles dames étaient-ils vraiment différents ?
Pour l’intérieur de l’Eglise, ce qu'il faut d'abord souligner, c'est la touche rococo qui prévaut dans l'aménagement intérieur du lieu. Prenons d'abord le plafond. On le voit : il ne s'agit pas d'une voûte, mais de trois voûtes bombées, comme gonflées par le vent, reposant sur des piliers recouverts de stucs, un peu comme des baldaquins. L'impression est celle d'espaces très délimités, très précis.
Regardons maintenant les murs. L'architecte n'a pas voulu les mettre à l'écart de sa composition. Au contraire, les murs vivent, animés par des pilastres, sorte de colonnes toutes plates, des corniches interrompues, des statues sur des consoles, voire même des autels très décorés. La tonalité des stucs est riche : l’ocre, le vert, le gris et le pourpre se relaient. En fait, si on veut comparer l'intérieur de cette église aux tours de force réalisés par les Dientzenhofer, à Saint-Nicolas de Mala Strana en particulier, on s'aperçoit qu'ici on ne veut pas impressionner par la complexité de l'architecture. Au contraire, on a choisi le faste, les effets d'orfèvrerie, l'or. Par exemple, regardez les pilastres pourpres accolés aux piliers : ils sont décorés d'une guirlande dorée qui descend le long du mur avec pour seule préoccupation l'ornement. Et puis, il y a ce concert de petites statues d'anges toujours prêts à croiser notre regard, ils sont assis ou debout, mais toujours gesticulants.
On peut dire qu'à cette époque, le décor n'est plus une simple parure, mais une partie intégrante de l'architecture. D'ailleurs, l'architecte lui-même se meut en décorateur. Il est loin le temps où le Bernin, le grand artiste italien, s'offusqua lorsqu'un commanditaire lui demanda de s'occuper non seulement d'architecture, mais aussi de l'aménagement intérieur de son palais!

Regardons maintenant la décoration du plafond et en particulier celle de la voûte centrale, juste au-dessus de nos têtes.
Cette fresque est consacrée à la Nativité. C'est une œuvre du peintre Jan Adam Schöpf. Le peintre a organisé sa composition à partir d'une balustrade qui délimite le champ de la peinture . Autour de la balustrade, il y a une foule agitée qui se presse pour voir, pour annoncer la nouvelle de la naissance du Messie. La foule est composée d'Occidentaux, d'Orientaux et même d'Indiens, témoignages d'une époque où le christianisme et l'art baroque étendaient leurs services jusqu'à l'Amérique du Sud. Tous les visages convergent vers la scène de l'Adoration des Mages qui déposent des offrandes aux pieds du Christ. Au centre de la voûte, une colombe dans un ciel cotonneux réaffirme la présence divine. Les personnages sont sans surprises et les types assez répétitifs et uniformes. À part chez les mages et encore, la palette des couleurs est quelque peu éteinte. On ne peut pas parler d’une réussite. Et décidément, toute la valeur de cette église se trouve sur ses murs et ses autels.


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