Le Palais Martinic

Promenade dans hradcany, du couvent de strahov au palais sternberk

Le Palais Martinic

Nous remarquerons que plus on s'approche de la place du Château, plus l'architecture devient ambitieuse. La rue s'élargit, les maisons sont plus hautes, les portails sont plus ouvragés.
A tout de suite en haut de la rue, à la sortie du virage, près de la place du Château.

Nous voilà, à la sortie du virage de la rue Kanovnicka. Et déjà nous pouvons voir la Place du Château devant nous. Regardons cette place.
Après le parcours sinueux que nous avons suivi, la place du Château apparaît comme une vaste cour aérée, enveloppée d'un rempart de palais baroques plus majestueux les uns que les autres. Au centre de la place, il y a un petit square et tout au fond le Château de Prague.
La grande unité de la place est liée à son élaboration rapide, échelonnée sur à peine quelques décennies. Le point de départ de la réalisation de la place fut encore et toujours cet incendie de 1541 qui remodela totalement le quartier de Hradçany pour ne pas dire tous les quartiers de la rive gauche.
Hier quartier de la bourgeoisie, la place Hradçany devint dès la fin du 16e siècle le quartier des grands seigneurs, laïcs ou religieux, une sorte de vitrine d'un pouvoir partagé entre l'Eglise, la Noblesse et l'Empereur. Les palais prestigieux de Hradçany sont là pour nous le rappeler.
Le premier d'entre eux est le palais Martinic, il se trouve juste sur notre gauche lorsque nous regardons vers la place. Ce palais situé au N°8 de la place- n'est anodin ni par son style, ni par son propriétaire.
Le propriétaire s'appelait Jaroslav Borista Martinic, un des hommes les plus puissants de la Bohême au 17e siècle. En tant que représentant de l'Empereur Matthias de Habsbourg, il fut l'un des deux défenestrés de Prague. Rappelons cette histoire de défenestration. En 1618, un groupe de protestants défenestra deux dignitaires catholiques au château de Prague en signe de protestation contre la politique religieuse intransigeante des Habsbourg. Les défenestrés survécurent car dit-on un tas de fumier amortit leur chute, mais cette "défenestration de Prague" -comme on la nomme- fit entrer l'Europe dans un des conflits les plus meurtriers de son histoire, la Guerre de Trente Ans. Martinic, le propriétaire du palais fut l'un des plus farouches ennemis de la noblesse protestante, l'un des grands profiteurs de guerre de son temps, un homme redouté.
Ceci étant dit, regardons d'un peu plus près ce palais.
Premier constat : le palais Martinic est plus modeste que celui du comte Cernin, que vous avez vu tout à l'heure, plus ancien aussi. Le palais fut édifié en 1583 avant d'être remanié au 17e siècle. A priori, ce palais fait plus penser à une demeure bourgeoise qu'à la résidence d'un personnage de la trempe de Martinic.
Regardons le bien.
Nous constatons que le palais se compose de trois façades accolées les unes aux autres, chacune étant couronnée par un pignon. Le pignon est ce couronnement souvent triangulaire d'un mur dont le sommet porte le bout d'une toiture. D'ailleurs, à ce propos, dans la plupart des cas, les pignons ne sont pas en façade, ils forment les côtés et ne sont donc pas visibles. Mais dès le 16e siècle, certains ont compris le parti à tirer du pignon en façade, comme sur notre palais ! Percé de fenêtres, il offre un bon éclairage à la partie qui est sous les combles, mais il peut surtout recevoir un décor. Et finalement, il transforme totalement le décor d'un bâtiment ordinaire en lui donnant une allure remarquable. Par exemple, dans une ville comme Amsterdam, les maisons des riches marchands étaient toutes couronnées de pignons ornés.
Mais revenons à notre palais. Le pignon le plus décoré se trouve au centre tandis que celui de gauche adopte la courbure de la rue. Une très belle porte d'entrée, massive, est décorée, d'une large embrasure imitant un appareillage de pierres, rétablit l'équilibre perdu de la façade.
Mais le plus saisissant reste le décor extérieur du palais Martinic. À première vue, on pense à un décor peint en noir et blanc, mais c'est de toute autre chose qu'il s'agit. La technique utilisée par l'artiste pour décorer ce palais est particulière. Regardez bien attentivement, on dirait que le mur a été gratté. Il ne s'agit donc pas d'une peinture murale, mais d'un procédé de "grattage". L'artiste couvre le mur d'un enduit de stuc sombre, puis il le gratte délicatement pour retrouver l'enduit clair sous-jacent. Cela permet de jouer à la fois sur les reliefs et sur les couleurs et donc au final sur la lumière. Cette technique venue d'Italie eut un grand succès dans les pays germaniques et en Europe centrale. On l'appelle technique "a sgraffito" - en italien sgraffito signifie "égratigné"-. On peut imaginer ce que devait être une ville de Prague au 17e siècle recouverte en partie de façades "a sgraffito".

Pour l'heure, au palais Martinic, l'artiste s'est servi de cette technique pour représenter sur la façade, une scène à valeur morale, l'Histoire de Joseph et de la femme de Putiphar. Dans la Bible, la Genèse relate l'histoire de Joseph et de la femme de Putiphar. Joseph, fils de Jacob, travaillait en Egypte pour le compte du puissant Potiphar. Ce dernier avait une confiance totale en Joseph au point de lui confier la gestion de ses propres affaires. Oui, mais voilà, un jour la femme de Potiphar voulut mettre Joseph dans son lit. Il refusa. Alors, la femme de Potiphar le calomnia, l'accusa d'avoir voulu abuser d'elle. Le mari se rangea à l'avis de son épouse et châtia Joseph qui fut emmené dans les prisons de Pharaon.
L'histoire a une connotation morale, elle fut souvent représentée dans la peinture à partir de la Renaissance. Au palais Martinic, le récit biblique est résumé en trois tableaux. D'abord, le fronton de gauche évoque la scène durant laquelle la femme de Potiphar tente d'attirer Joseph dans son lit. Et on le voit qui prend la fuite. Le second tableau, à droite du premier, montre Joseph conspué par son maître. Enfin, la dernière scène représente Joseph emmené en prison par des soldats.


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