Le Palais Toscan

Promenade dans hradcany, du couvent de strahov au palais sternberk

Le Palais Toscan

Continuons notre promenade. Juste derrière nous, au N°6, et en face du palais Martinic, sachez que se trouve la demeure du peintre Alfons Mucha, l'une des grandes figues de l'Art Nouveau, et de son fils Jiri Mucha, un écrivain très populaire en République tchèque et mort en 1991.

Dépassons maintenant la Maison de Mucha, en laissant derrière nous le Palais Martinic. A quelques mètres plus loin au N°5 commence l'interminable façade du Palais Toscan. Traversons la rue, pour nous placer juste en face, sur le bord du square et bénéficiez ainsi d'un peu de recul pour bien voir le palais.

La façade, une fois encore, est impressionnante. Il s'agit donc du palais Thun-Hohenstein, plus connu sous le nom de palais Toscan. Il est rattaché aujourd'hui au ministère des Affaires étrangères.
Le Palais Toscan est l'ancien palais des Ducs de Toscane, un titre porté un temps par les Habsbourg. Chose incroyable, il occupe totalement le fond de la place, face au Château, sans pour autant écraser son environnement. Peut-être que son architecte, Jean-Baptiste Mathey - un bourguignon formé à Rome mais qui fit carrière essentiellement à Prague y est pour quelque chose.
En effet, lorsque la commande du palais lui est confiée en 1689, Mathey reprend le modèle connu du palais italien. Comme nous le voyons, le palais est organisé à partir d'une longue façade qui se déploie sur trois étages , percés de fenêtres. La partie centrale de la façade est délimitée par deux portails imposants dans le prolongement desquels se trouvent deux petits belvédères, une sorte de petit kiosque, juchés sur le toit et permettant une vue étendue sur la place. Ces deux belvédères sont reliés entre eux par une balustrade.
Grâce à cet aménagement, le Palais toscan s'étire vers le ciel et échappe à l'effet de masse et à la monotonie d'un palais trop horizontal.
Revenons sur ces deux belvédères : vous voyez qu'un parapet les relie. Il est orné de sept statues représentant les arts libéraux. Les arts libéraux renvoient étymologiquement à l'idée d'"arts dignes d'un homme libre", depuis l'Antiquité ce sont les disciplines où le travail de l'esprit tient la plus grande part, en opposition aux "arts mécaniques" qui eux sont surtout manuels. Nommons ces activités nobles que l'on peut reconnaître, car elles sont nommées par une inscription sur leur base, mais aussi, car elles sont toujours associées au même attribut : de gauche à droite, on voit défiler les personnifications de la Grammaire, de la Dialectique, de la Rhétorique, de l'Astronomie. Elle est associée à une mappemonde. On reconnaît aussi l'Arithmétique, la Musique et enfin de la Géométrie associée à un compas. La personnification des arts sur la balustrade d'un palais n'a rien d'étonnant à la fin du 17e siècle, l'exercice est connu depuis la Renaissance et sert à souligner le caractère exceptionnel du propriétaire, sorte d'esprit éclairé maîtrisant les" choses de l'esprit".

Dirigeons-nous maintenant vers l'angle gauche du palais Toscan où se trouve une belle sculpture baroque de l'archange saint Michel.

Nous voilà arrivés à l'angle gauche du palais toscan, et nous rencontrons la rue Loretska. Regardons cette belle œuvre sculptée.
Ce Saint-Michel, réalisé à la fin du 17e siècle, est l'œuvre de Ottavio Mosto, un sculpteur originaire de Padoue. Son style est totalement baroque : emporté, déséquilibrée, jouant de l'artifice et tenant compte de la place du spectateur. Dans ce sens, c'est un digne héritier du Bernin, le pape du baroque romain ! En effet, regardez bien saint-Michel l'archange : sa figure se détache puissamment d'une niche, et dans un déhanchement acrobatique, le saint brandit son épée en prenant le spectateur à partie. Car il n'y a pas de tête pourfendue encore, ni de cadavre sur le sol, le démon n'est pas apparent, il se niche partout, dans l'espace, tout autour du saint, à l'endroit même où nous nous trouvons. La composition est très agitée, théâtrale même. Autour de saint Michel de petits anges potelés sont lascivement installés sur des nuages, deux soutiennent une grande coquille en bronze dont ne sait si elle est un nimbe ou un parasol protégeant le saint ! A ses pieds, on peut voir encore d'autres anges et deux aigles, symbole de l'Empire.


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