La colonne de Marie

Promenade dans la salzbourg princiere

La colonne de Marie

Avant de nous intéresser à la cathédrale, admirons la grande sculpture qui orne la place et pour cela plaçons-nous juste en face de la figure principale. Cette œuvre est un véritable chef-d'œuvre de la statuaire et nous allons lui consacrer quelques minutes pour comprendre pourquoi.

Tout d’abord, regardons le jeu subtil des couleurs entre les figures grises et le reste beige. Pourquoi cette alternance de tons ? Tout simplement parce que les figures sont réalisées en zinc, tandis que le piédestal et les éléments décoratifs sont en pierre. Il s’agit d’un procédé typique de l’Autriche du 18e siècle que nous pouvons également voir sur beaucoup d’œuvres conservées à Vienne. La statue de Salzbourg fut élevée vers 1770 par un immense sculpteur de la région Johann Baptiste Haguenauer.

Et pour commencer, quel est le thème de ce groupe de statues ? Nous voyons une femme qui tient dans sa main un crucifix vers lequel elle se penche avec un visage plein de bonté. Naturellement vous avez reconnu la vierge. Elle est debout sur un globe symbolisant la terre et de ce fait, nous avons une représentation de l’Immaculée Conception c'est-à-dire que Marie est née sans pêchés.
Et maintenant, quel est son style ? Assurément, c’est du baroque. On s’en rend compte à plusieurs signes : le premier, ce sont ces angelots que nous voyons soutenir le globe et le baroque les a utilisé à qui mieux. Le 2ème signe est la pause de la vierge : regardez, elle forme comme un « S ». Or le baroque se caractérise par plusieurs points dont la théâtralisation, l’utilisation des courbes et le mouvement qu’il veut donner à ses représentations. Ici, pas trop de mouvement bien sûr mais l’utilisation d’une forme « mouvante » avec ce « s ».
Et maintenant, pour bien comprendre le message de cet ensemble, il faut regarder au pied du socle soutenant Marie. A chacun des 4 angles, il ya une figure de plomb. Commençons par celle de gauche. Nous voyons une femme très droite enveloppée également d’un manteau à l’antique. Elle tient dans sa main une grande croix. Il s’agit de la religion triomphante. Maintenant, à Droite, la tête tournée en direction de la vierge, nous voyons un ange presque nu. Il s’agit d’un adolescent musclé et souriant. Regardez son visage, il fut certainement réalisé d’après une statue antique grecque. Son nez bien droit ainsi que sa chevelure nous rappelle un peu un portrait d’Alexandre le Grand. Il lève un bras dans un effet de surprise. Allons maintenant au dos de la sculpture et tournons-nous vers les 2 autres figures. Nous voyons à droite la vérité. Cette dernière vêtue également d’un drapé antique bouillonnant, tient sur ses genoux un sceptre et lève le point presque en signe de victoire et à gauche enfin, il y a un homme nu et musclé renversé par la douleur. Il a la bouche ouverte et déformée par un cri. Regardez il est foudroyé par un éclair doré qui tombe depuis Marie. Naturellement cet homme symbolise le diable.
Et cela se lit comme une bande dessinée : Marie est la mère de Dieu : c’est ce que montre ce regard tendre sur la croix et elle est pure. Elle inspire la religion qui brandit fièrement la croix. Notons au passage que la religion ne date pas d’hier car le manteau à l’antique de la religion montre qu’elle existe depuis longtemps, depuis les temps anciens. Sous entendus, elle en a vu d’autres. D’autres quoi ? et bien d’autres hérésies par exemple. N’oublions pas que l’art fut utilisé au maximum, par les catholiques en particulier, pour faire passer leurs messages et lutter contre le protestantisme. Un des arguments contre le protestantisme était justement de dire que ce n’était pas la première fois que l’église était attaquée par une hérésie. Or l’église existe toujours et domine toujours. Donc, cela veut dire que c’est elle qui avait raison. Raisonnement basique mais toujours efficace.
Continuons la lecture de notre bande dessinée. L’église s’appuie sur la vérité. L’homme qui se tord est celui qui est dans l’erreur, et il subit le châtiment divin. Voilà : c’est simple. Notons quand même que ce genre de thématique, qui passait encore au 16ème siècle était certainement complètement décalée au 18e siècle, le Siècle des lumières, et dans une ville comme Salzbourg où même son prince évêque était ouvertement franc maçon.


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