L’Hôtel de Châteaurenard

Promenade de decouverte d'aix-en-provence

L’Hôtel de Châteaurenard

Vous êtes maintenant arrivé à l’angle de la rue Littera et de la rue Gaston-Saporta, Sur le trottoir d’en face se trouve l’Hôtel de Châteaurenard au N°19. L’Hôtel de Châteaurenard est très célèbre. D’abord parce que c’est ici que Louis 14 passa trois mois décisifs de son règne, de janvier à mars 1660. 3 mois pour avoir le temps de pardonner au prince de Condé qui avait mouillé dans le complot destiné à le renverser, pour signer la paix avec l’Espagne, pour réaliser un pèlerinage à la Sainte Baume et pour mâter la rébellion qui sévissait à Marseille. Durant ce séjour prolongé, le roi fut donc logé à l’Hôtel Châteaurenard dont il fit la louange. Mais la louange de quoi ? Car à première vue, la façade est somme toute banale. Et pourtant ce que vous allez voir maintenant va peut-être entamer votre jugement, car c’est à proprement parlé unique en Europe! Alors oui, traversez la rue Gaston- Saporta, passez le porche de l’hôtel Châteaurenard, entrez dans la cour.
Arrivés dans la cour, on ne trouve encore rien d’exceptionnel, mais dirigez-vous davantage vers la lourde porte en noyer qui se trouve à votre droite, c’est là qu’on peut voir une surprise agréable du nom d’escalier de «vanité» comme l’on disait au 17e siècle, et dont la cage est totalement peinte en trompe-l’œil. Un escalier qui permettait d’accéder aux pièces d’apparat du premier étage dont il ne reste plus rien ! Voilà donc un échantillon de ce que devait être l’Hôtel Châteaurenard en 1660. Les apparences sont trompeuses. Voilà un décor qui vient encore nous rappeler que jusqu’au début du 18e siècle, après Paris, Aix-en-Provence fut sans doute la ville la plus riche en peintures baroques murales et plafonnantes de France ! Mais cet escalier dit beaucoup plus. Alors, prenons le temps de le décrire tout en montant au premier étage. Le plan de cet escalier n’est pas nouveau. De la même manière, depuis le16e siècle, le principe de décorer en trompe-l’œil la totalité des murs d’une salle est connu en Europe. Non, ce qui est nouveau ici, c’est bien le fait d’appliquer une telle formule à un escalier, fut-il d’apparat. En fait, au 17e siècle, il est difficile de trouver un tel accord entre une architecture réelle et des perspectives feintes. Quand nous serons au 1er étage, nous nous arrêterons sur le décor de l’Hôtel de Châteaurenard et le déroulerons comme un livre d’images.
Vous êtes bien au premier étage ? Parfait. Vous êtes sur le palier, au premier étage, les deux fenêtres éclairant la cage d’escalier sont dans votre dos. Comme vous le voyez, les trois autres côtés et le plafond sont entièrement recouverts par le trompe-l’œil de Jean Daret. Prenons maintenant le temps de découvrir ces décors. Analysons le décor du premier mur, sur votre gauche : il associe une fenêtre sur laquelle un rideau rouge a été tiré à droite, et à gauche on voit une statue en marbre représentant le roi Salomon. Le mur suivant, le plus long, nous projette dans un autre univers. Sous une imposante colonnade s’ouvrant sur des jardins imaginaires, un paysage organisé se déploie sous un ciel parsemé de nuages. A droite de ce mur, une statue d’Hercule dans une niche représente le héros grec tenant dans une main des pommes, des pommes en or, celles cueillies peut-être dans le jardin des Hespérides. Enfin, regardez le dernier mur : il associe la statue d’un empereur romain, toujours dans une niche, à un décor étonnant : il y a une fenêtre barrée par un rideau rouge qu’un laquais écarte comme s’il épiait les visiteurs, c’est à dire vous ! Nul besoin de savoir s’il s’agit d’un portrait, c’est assez secondaire. Non, ce qui importe ici, c’est la détermination de Daret à nous absorber dans son décor. Mais surtout, là où l’illusion nous surprend le plus, c’est lorsque le peintre conçoit une balustrade feinte sur les parois destinées à répondre à la balustrade réelle cette fois de l’escalier de l’architecte. Prenez bien le temps de regarder: on s’y perd.Maintenant, levez les yeux vers le plafond. Le décor est un véritable programme, plus complexe que les murs latéraux. Il est organisé en trois parties : une frise ; au-dessus une large voussure ; et enfin un plafond. Bien entendu, tout cela n’est qu’illusion.La frise d’abord, elle court tout autour des trois murs en s’appuyant là sur les pilastres, là sur la colonnade. La voussure ensuite, assez large : elle accueille un décor en couleur sur un fond monochrome, en grisaille, donnant l’illusion du relief. Différents groupes de personnages s’y succèdent séparés par des bustes colorés peints dans des niches. Le décor est consacré aux arts libéraux : on citera la Logique, la Musique, l’Astrologie, la Grammaire, la Dialectique…mais aussi la Peinture et la Sculpture. Chacun de ces arts est représenté sous l’aspect d’une allégorie. En général, une femme accompagnée de petits puttis, des angelots, s’amusant avec un objet caractéristique de cet art. Amusez vous à les trouver et à les associer au bon art : par exemple, palette et pinceau pour la Peinture, instruments de musique pour la Musique, vous pouvez donc en reconnaître certains vous aussi. Regardez le mur du fond et regardez à l’angle gauche ensuite, il y a l’Arithmétique : elle désigne du doigt une date inscrite sur une tablette. Vous pouvez lire 1654. C’est la date de la réalisation de ce décor. Et pour finir, regardons le plafond. Il est décoré d’une grande toile quelque peu abîmée représentant Minerve casquée et ailée flottant dans un semis de fleurs multicolores.On pourrait rester des heures à admirer ce décor fait pour glorifier le propriétaire des lieux.


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