Halle aux Grains

Promenade de decouverte d'aix-en-provence

Halle aux Grains

Vous êtes toujours à côté de la fontaine, alors tournez-vous légèrement vers la gauche où se trouve la Halle aux Grains. Nous sommes sur la place de l’Hôtel de ville, un lieu de sociabilité, hier comme aujourd’hui. Dans le passé, c’est dans cette partie de la ville qu’étaient aussi organisés les marchés. Le marché au blé était l’un des plus importants et il se tenait sur la Place Richelme qui se trouve juste derrière. Nous irons y jeter un œil ensuite. A Aix, le marché au blé était très contrôlé et la ville en retirait d’importants revenus. De fait, tout devait être contrôlable et l’on décida de placer les négociants à portée de main. Au début 18e siècle, on décida d’agrandir la place du marché et de construire un grand magasin à blé qui n ‘aura de cesse de grossir, de s’étendre. De ces extensions naîtra la Halle aux grains, ce grand bâtiment qui toise la place comme un palais aristocrate alors qu’il n’est qu’un entrepôt à blé ! Regardez sa façade ! Disons-le tout de suite : sa grande originalité, c’est son fronton et ses allégories sculptés. Alors, nous allons jeter un œil attentif sur ce fronton. Regardons, en hauteur, le décor du fronton : il est dense, la sculpture semble très fouillée. Elle l’est puisque c’est Chastel, l’un des maîtres les plus en vue de la scène aixoise qui a sculpté ce décor. De quoi s’agit-il ? Il s’agit d’une allégorie très dans l’actualité de son époque. Pour une fois, on ne va chercher des scènes antiques. Non ici, la scène fait allusion aux tentatives infructueuses qui ont été faites au 18e siècle pour transformer l’économie agricole de la région. L’idée était de dériver des canaux de la Durance pour irriguer les champs au mieux. Maintenant, regardons à gauche du fronton: on voit un vieillard barbu allongé dans une pose lascive, jambes croisées, au milieu d’herbes folles et tenant une rame. Il personnifie le Rhône. A droite, c’est la Durance. Bien évidemment, comme elle devait être le fleuve d’irrigation, le sculpteur lui a donné les traits d’une déesse nourricière. Voyez comme sa poitrine est opulente. Et puis sa tête bien faite est couronnée de tours et elle retient de sa main droite une corne d’abondance chargée des fruits symbolisant les récoltes. Vous suivez ? Bon. Plus loin à droite, un fauve personnifie le règne animal tributaire aussi des bienfaits de la Durance. Mais en dehors du sujet, il est intéressant aussi de dire quelques mots sur son traitement. Et là, le fronton se distingue de tout ce qui a été fait dans la ville au 18e siècle. Car, le sculpteur se permet des libertés avec le cadre et avec la pesanteur. Il se place résolument dans le répertoire baroque. Regardez par exemple comment le pied de la Durance est suspendu dans le vide, au point d’enjamber littéralement le bas du fronton. Même constat pour la patte du fauve qui a du mal à se soumettre à la loi du cadre. Le seul décor jouant sur la transgression du cadre par des personnages peints, c’est l’escalier de Jean Daret à l’Hôtel de Châteaurenard que vous avez vu tout à l’heure. Mais il s’agissait de peinture. Et il nous semble bien que dans le domaine de la sculpture cette fois le fronton de la Halle aux grains soit un exemple isolé, une sorte d’électron libre. Et puis une façade d’hôtel particulier pour accueillir un grenier à blé, il faut avouer que c’est également peu courant. Aujourd’hui, la Halle aux Grains accueille une bibliothèque et un bureau de poste.


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