La chapelle du Portugal

Promenade florentine : de l'église san miniato au ponte vecchio

La chapelle du Portugal

Vous allez maintenant revenir dans la nef principale et vous rendre devant la chapelle du Portugal. Vous pouvez emprunter, pour descendre dans la nef le second escalier qui est à l’opposé de celui que vous avez monté pour arriver jusqu’ici. Vous repasserez alors devant le sanctuaire. Elle est l’unique chapelle de l’église et se trouve au milieu de la nef latérale sur notre droite. Elle est fermée par une grille.

Vous la reconnaîtrez facilement : Avec le ciborium de Michelozzo, cet ensemble est le second élément Renaissance de l’église dont il a été question en début de visite. Il illustre ce mécénat privé qui se développa, au détriment du mécénat public, à Florence après l’adoucissement des lois somptuaires. Pour contrer les débauches de luxe qui étaient déployées lors des cérémonies funéraires, en vêtements fastueux, en longues cérémonies qui entraînaient des dépenses exorbitantes, des lois avaient été promulguées afin de redonner aux enterrements un caractère moins ostentatoire et plus humble.

Et cette chapelle a été érigée pour abriter le tombeau d’un prince de l’Eglise, mort en 1459, à l’âge de 26 ans. Il s’agissait du cardinal Jacques de Lusitanie, neveu du roi du Portugal Alphonse 6. Le jeune cardinal du Portugal devint ambassadeur de Florence auprès de la cour espagnole. Et c’est cette qualité qui lui valut d’être inhumé ici.

La chapelle est l’œuvre commune de plusieurs artistes de la moitié du 15ème siècle et est un exemple rare de l’harmonie atteinte par la réussite de 3 arts: architecture, sculpture et peinture. Et maintenant, voyons d’abord l’architecture et la sculpture qui lui est intimement associée. La chapelle est l’œuvre de l’architecte Manetti, un des suiveurs du grand Brunelleschi. Elle sert d’écrin au tombeau sculpté dans le marbre par Antonio Rosselino, un des sculpteurs les plus fameux de la renaissance florentine. Ce tombeau est très important, car il marque une nouveauté dans l’art funéraire. En effet, il modernise la tradition des tombeaux du 14ème siècle. Regardons-le et plus particulièrement sa partie haute. Elle est occupée par un grand nombre d’éléments, dont un rideau ouvert qui révèle, dans un médaillon, la présence de la vierge et son cortège d’anges. Laissez glisser votre regard sous eux. Et en dessous, vous voyez le gisant. Il est étendu sur un sarcophage. Ce sarcophage repose sur un sous bassement très orné. Portez votre attention sur lui ; Vous notez, au centre, une tête de mort. Vous la voyez ?? Celle-ci renvoie à la réalité tragique de la chair périssable. « Vanité, tout n’est que vanité » semble -t-elle nous dire. Nous allons voir comment ces thèmes médiévaux vont ici être renouvelés, transformés, principalement par l’emploi d’éléments décoratifs qui font directement référence à l’art de l’antiquité romaine. Voyons tout d’abord l’espace qui est donné au défunt. Jusqu’à présent, le tombeau était plaqué sur le mur. Notez comme –ici- cette loge qui l’abrite est profonde. C’est une première différence.
Maintenant regardez les côtés: vous voyez qu’ils sont ornés de caissons à l’antique, dont le fond est décoré d’une fleur, les mêmes que vous avez vus sur la voûte du ciborium. Ces caissons forment un décor continu, courant d’une paroi murale à l’autre. Ce type de décor est caractéristique de l’art de la Renaissance en ce sens qu’il renoue avec cette ornementation très en vogue durant l’art romain. Portez de nouveau votre regard sur la partie haute de cette loge. Vous avez déjà noté la présence de ces rideaux qui, en étant ouverts, donnent une certaine théâtralité à la mise en scène. Leur fonction est aussi de créer un lien entre la sculpture du tombeau et l’architecture de la chapelle. Une mise en scène toute nouvelle, car on ne trouve presque rien de tel à l’époque gothique, où en tout cas, jamais avec cette ampleur. Les artistes ont ici cherché à magnifier, à valoriser le défunt, en donnant à sa sépulture le reflet de son importante fonction d’homme d’église.

L’essentiel de l’espace de cette niche est occupé par un sarcophage qui supporte le gisant, porté par un imposant piédestal. Ce gisant n’a rien d’un transi du moyen age, qui affectait de représenter les défunts à l’état de squelette, dans des figurations souvent très morbides.
Car ici –comme on le voit-, le gisant est vêtu de son habit de cardinal et sachez en outre que le visage et les mains ont été sculptés à partir de moulages posthumes. Bref, une grande rupture avec le gisant du Moyen âge. Regardez au dessus maintenant. Il y a un ensemble de sculptures dominé par la madone et l’enfant jésus, installés dans un médaillon. Regardez la Vierge. Voyez comme elle se penche vers le défunt dans une attitude bienveillante. Notez comme les anges sont nombreux: 2 anges en plein vol soutiennent le médaillon, 2 autres donnent l’impression d’être en train de se poser, 2 autres enfin sont installés sur le sarcophage. Notez comme ceux-ci ont l’air espiègle, dans cette façon malicieuse de tirer à eux le linceul et de s’en couvrir. Ensemble, ces 6 figures forment une ronde juvénile et joyeuse, qui retire tout caractère dramatique à cette scène funéraire. Cet ensemble participe, là encore, d’une représentation nouvelle. Jusqu’à présent, la Vierge, et les anges qui pouvaient l’accompagner étaient rendus avec une grande sérénité, une certaine gravité. Ici, à l’inverse, tout est mouvement, agitation. Le sculpteur s’est libéré de l’austérité médiévale.
Par l’ensemble des éléments décoratifs, ce tombeau s’inscrit totalement dans l’art de la Renaissance qui s’appuie sur des références à l’art de l’antiquité. Ces références sont nombreuses. Nous en avons déjà aperçu quelques-unes. Mais en regardant maintenant plus haut, nous allons remarquer une dernière référence à l’art antique. Entre le gisant et la vierge, apparaît comme une petite fenêtre rectangulaire, encadrée d’éléments sculptés. C’est une petite dalle de pierre qui semble impliquée sur un treillis en trompe-l'œil. Il s’agit là encore d’un renvoi au monde romain, à l’antiquité. Car dans le monde romain, on imaginait pouvoir apercevoir l’au-delà à travers une grille qui était présente dans les tombes romaines. Et cela nous fait sourire de voir qu’un symbole païen soit utilisé pour représenter la croyance chrétienne d’une vie après la mort.


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