Les différentes portes

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Promenade sur l'aventin et la basilique sainte sabine

Les différentes portes

Quittons maintenant le parc en le retraversant par où nous sommes venus, repassons la grille d’entrée, et traversons la place Pietro d’Illiria. Nous gagnons alors le porche de l’église, qui se trouve à l’autre bout.

Ce portique, par lequel nous pénétrons dans l’édifice, ne remonte qu’au 15ème siècle. Il donne accès à un large hall dont les murs sont ornés de multiples morceaux de marbre et inscriptions antiques, païennes et chrétiennes. Elles ont été récupérées lors de fouilles ou de trouvailles accidentelles dans les alentours. Nous y voyons aussi des fragments de sculptures antiques.
Lorsque nous avançons dans ce hall, le mur qui se trouve à notre droite est celui de la façade de l’église. Les portes qui s’y ouvrent donnent accès dans la nef elle-même. La dernière de ces portes, au fond du couloir, est entourée d’un encadrement de marbre qui provient de la porte d’un temple païen antique. Mais surtout, elle possède les célèbres et magnifiques battants en bois de cyprès, aussi anciens que l’église elle-même. Cette porte de bois, du 5ème siècle donc, est le joyau de Sainte-Sabine, et un des plus importants monuments de la sculpture chrétienne antique.

Avant d’observer cette porte, tournez un instant afin de regarder le mur qui lui fait face. Vous y voyez un trou vitré, permettant de voir les fameux orangers de saint Dominique, situés dans la cour du couvent, qui n’est pas accessible aux visiteurs.

Regardons maintenant la porte de l’église, et observons son décor. L’ensemble se compose de 18 panneaux. A l’origine, il y en avait 28. Ils représentent des scènes du Nouveau Testament et de l’Ancien Testament. Ces scènes se lisent comme un livre, de gauche à droite et de haut en bas. En partant du panneau tout en haut à gauche, donc, nous voyons les thèmes suivants :

Le panneau 1 : la crucifixion. Cette représentation de la crucifixion est une des plus anciennes conservées et elle date du milieu du 5ème siècle. Cette date tardive pourrait surprendre. Presque 400 ans après la mort du Christ ! En réalité, il n’y a rien d’étonnant. Pour les Romains de l’Antiquité, païen ou chrétien, la crucifixion était un des pires supplices. C’était en tout cas un des plus dégradants, réservé surtout aux esclaves. Aussi, au début, l’humiliation dans laquelle le Christ est mort n’a-t-elle pas été exaltée par l’image. Ajoutons enfin que les premiers chrétiens, qui subissaient réellement le martyre de la croix, n’avaient évidemment aucune envie de le représenter.
Et il faut attendre le 4ème siècle seulement, quand l’Eglise peut enfin se montrer au grand jour sans danger, pour que la crucifixion devienne une image acceptable. Elle devient même une image forte faisant référence au douloureux passé fondateur. Elle est de moins en moins l’image d’un vécu présent, et peut devenir objet de vénération. Peu à peu, les croix apparaîtront dans l’imagerie chrétienne, même si au début, elles sont généralement représentées sans le crucifié.
Ainsi, la crucifixion que nous voyons ici, sculptée au milieu du 5ème siècle, est-elle un des premiers témoignages de cette image qui deviendra si classique dans les siècles qui suivront.

Le panneau 2 : c’est l’Annonce de la Résurrection du Christ.

Le panneau 3 : c’est l’Adoration des Mages à la crèche.

Le panneau 4 : c’est le Christ entre deux saints.

Le panneau 5 : l’image représente une série de miracles du Christ : en haut, c’est la guérison d’un aveugle. Au milieu est évoquée la Multiplication des pains et enfin en dessous, les noces de Cana, où le Christ transforma l’eau en vin.

Le panneau 6 : le panneau est interprété comme une représentation de trois miracles de Moïse. Ce sont « un » en haut, le miracle de la Manne céleste, où sur l’intercession de Moïse, Dieu envoya du pain aux juifs perdus dans le désert, « deux » Au milieu, le miracle des cailles, où Moïse fit tomber des oiseaux du ciel pour nourrir le peuple, et « trois » en dessous, le miracle de l’eau du rocher, où Moïse, avec son bâton, fit jaillir une source en plein désert, permettant aux juifs de se désaltérer. Les deux scènes du dessus ne sont cependant pas tout à fait certaines. En tout cas, on pense que ces trois images sont en rapport avec les trois miracles du Christ présentés sur le panneau précédent, et auquel ils font pendant.

Ce serait donc un bel exemple de ce qu’on appelle la « typologie », c'est-à-dire la mise en concordance d’événements de l’Ancien Testament et de passages de la vie du Christ, les premiers préfigurant et justifiant les seconds. La typologie était un fait assez classique de la théologie de l’Antiquité et du Moyen Age. D’ailleurs, ce genre de mise en concordance se voit aussi très souvent dans les vitraux de nos cathédrales gothiques, par exemple.

Mais continuons avec le panneau 7 : il montre l’Ascension de Jésus au ciel après sa résurrection.

Le panneau 8 : c’est une représentation du Christ et de l’Eglise, évoquée sous la forme d’une femme. Les deux personnages, côté à côte, sont représentés de face, un peu comme les Christ en Gloire. C’est pourquoi cette image est souvent interprétée comme étant une glorification du Christ et de l’Eglise.

Le Panneau 9 : Jésus apparaît à ses disciples après la Résurrection.

Le panneau 10 : Jésus apparaît aux saintes femmes, alors que celles-ci viennent à son tombeau pour embaumer son corps.

Le panneau 11 montre le reniement de saint Pierre, devant le coq qui se met à chanter, conformément à la prédiction du Christ.

Enfin, les derniers panneaux représentent, toujours de gauche à droite : d’abord un thème indéterminé, puis différentes scènes de la Vocation de Moïse, la Glorification de l’Empire romain christianisé, représenté sous la forme d’un personnage devant une église, la traversée de la mer Rouge par les juifs fuyant l’Egypte, sous la conduite de Moïse, le prophète Elie emmené au ciel, le Christ devant Pilate et enfin Moïse devant le Pharaon.


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