Le jardin du palais d’été

Saint-petersbourg : du champ de mars a la place des arts

Le jardin du palais d’été

Vous avez constaté que le Palais se trouvait dans un jardin rempli d'arbres, dont il occupe un angle. Ce jardin, appelé Jardin d'Eté, est une des 1res créations de la ville et concrétisait alors le Paradis rêvé par Pierre : un jardin comme on en faisait en occident à cette époque, avec des fontaines et des plantes rares. Ce jardin public devait favoriser la naissance d'une sociabilité urbaine, un peu dans l'esprit des Tuileries à Paris : Pierre en avait entendu parler par un diplomate qu'il avait envoyé là-bas dans le but justement de lui expliquer ce qui s'y faisait.

Alors, nous allons vous parler encore un peu de son aménagement et de son histoire. Pierre devait y tenir vraiment beaucoup à ce jardin, car il commence à l'aménager dès 1704, soit à peine un an après la conquête de cette terre sur les Suédois! En plus, il avait vu grand, car le jardin s'étendait alors jusqu'à la Perspective Nevski. Mais la désaffection du Palais par ses successeurs a fait qu'il a été petit à petit grignoté par la ville.
Revenons à son aménagement initial : si on se rappelle que c'est la grande époque de Louis 14 et que le jardin de Versailles est la grande référence de toutes les Cours d'Europe, on comprend que Pierre ait confié le projet à un architecte-urbaniste français. C'est donc Jean François Le Blond qui redessine le projet en 1716 tout en reprenant le principe de jardin "à la française", dont la principale caractéristique est sa grande régularité. Il faut dire que c'est à cette époque-là que Pierre part faire un tour en France et il en revient fasciné par le Jardin de Versailles. Et comme toujours avec Pierre, il voulait un jardin qui soit encore plus beau! Il fait donc venir des plantes et essences rares de toutes les régions de Russie et de Hollande. Et de nombreuses statues de marbre de Venise, d'Angleterre, de Hollande et d'ailleurs. D'autre part, il a l'idée d'illustrer les fables d'Esope dans ce jardin, pour encourager l'instruction. Ce labyrinthe d'Esope fut réalisé, avec des animaux grandeur-nature, en plomb doré, chacun laissant échapper un jet d'eau: Il y avait alors plus de 60 fontaines. A l'entrée du jardin, il y avait aussi une statue en plomb doré d'un Esope bossu. Les noms étaient indiqués sur un panneau en fer blanc placé à côté de chaque statue. Cet aménagement a disparu avec la terrible inondation de 1777 mais le souvenir en restait si vivace, qu'en 1851, on a érigé dans le parc une statue du fabuliste russe Yvan Krylov. Il y avait, outre ces animaux, de nombreuses statues dans le jardin, à l'image des autres jardins d'Europe : On en comptait près de 200 à la fin du règne de Pierre. La majorité venait d'Italie, dont de véritables antiques, telle une Vénus, gardée jour et nuit contre d'éventuels voleurs ou des zélateurs de chasteté…(elle est aujourd'hui à l'Ermitage). Beaucoup ont été endommagées par les inondations de 1777 et de 1824, de même que les plantes rares que Pierre avait fait planter.
Au 19ème siècle, on a cessé de tailler les arbres et buissons, pour répondre à l'engouement d'alors pour le jardin naturel, type de jardin dit "à l'anglaise". Aujourd'hui, il est toujours entretenu dans ce genre. Les statues ont été restaurées et replacées à leur place d'origine.
Nous allons quitter ce jardin. Mais avant de nous en séparer, nous parlerons de la superbe grille en fer forgé par laquelle vous êtes entrés du côté de la Néva. Alors, finissez de vous y promener à votre guise puis retrouvons-nous à la grille.

Vous avez donc sous les yeux la grille qui ferme le jardin d'Eté. Admirez cette grille du plus pur style Louis 16. Vous l’avez tout de suite compris : ce style se caractérise par sa grande sobriété. Les formes sont simples : ici, vous voyez, ce sont des lances redressées. Et c’est pareil pour les décorations. Regardez à mi-hauteur : nous voyons un simple fleuron, c’est à dire un ornement en forme de fleure. Et, dans la partie supérieure, une frise de feuilles d'acanthe qui est là pour souligner les pointes de lance.
Cette grille, qui en remplace une plus ancienne, aurait été dessinée par le français Vallin de La Mothe. Et cela n’y parait rien, mais cette grille sera un signe de l’arrivée du classicisme qui va finalement détrôner le baroque alors en vogue.


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