L’Académie des sciences

Saint-petersbourg : l'ile vassilevski

L’Académie des sciences

Laissons la Kunstkamera derrière nous et avançons pour nous trouver en face du bâtiment suivant, de couleur jaune clair : c’est l'Académie des sciences.

Vous y êtes ? Parfait. L’édifice a été construit fin 18ème sous Catherine 2 pour y recevoir l'Académie des sciences, logée jusqu'alors à la Kunstkamera. L'Académie des sciences a été fondée en 1725 par Pierre 1er. Elle a pour fonction, au départ, de réunir tous les documents utiles à l'étude de l'histoire russe. L'établissement sera plus tard doté d'un lycée avec un gymnase. En 1747, le bâtiment est entièrement détruit par un immense incendie - comme cela arrive souvent à l'époque en Russie. Il est reconstruit dans les années 1783 – 1789 sur un projet de l’architecte italien Quarenghi.
Cet architecte a conquis sa célébrité non pas tant pour sa créativité architecturale mais plutôt pour avoir –avec un autre architecte de même profil, l’anglais Cameron- introduit à Saint-Pétersbourg le style Palladien qui faisait fureur en Europe à l'époque. Le qualificatif de "palladien" vient du nom de l’architecte vénitien Andréa Palladio qui avait su imposer au 16ème siècle un style architectural original : bien que profondément nourries d'éléments de l'architecture antique comme la colonne, le fronton (triangle déterminé par les 2 pans du toit à double pente), la baie etc., ses propositions réactualisaient la structure architecturale antique sans en rompre l'équilibre. Il avait su par cette modernisation satisfaire à la demande de la classe dominante de son temps, et le style "palladien" est resté à la mode dans la plupart des pays européens, du 17ème au début du 19ème siècle. Chaque pays avait son architecte "palladien". En Russie ce fut Quarenghi.
Profitons de l'exemple que nous avons sous les yeux pour mieux visualiser ce style. Observons la façade qui se déploie sur 100 mètres de long et sur 3 étages. Alors, première remarque : la longueur de la façade rappelle plutôt les monuments de la Renaissance. Deuxième remarque : sa régularité est, quant à elle, propre au classicisme antique et elle serait presque ennuyeuse s'il n'y avait ces 3 avant-corps pour rompre cette monotonie. Car le danger avec ses longues façades lisses est que le regard ne fuit vers l’extérieur en suivant la façade et cela dégage une impression d’écrasement. Mais regardez ces 2 avants-corps sur les côtés gauche et droit : ils marquent avec élégance les extrémités de l'édifice. Ils se composent de colonnes, élément typiquement palladien, d'ordre ionique et monumental. L’ordre ionique est un des 3 styles de décoration des hauts de colonnes de l'antiquité. Regardez en haut des colonnes : la décoration est comme une grande feuille de salade qui se replie sur elle-même. C’est le style ionique. Quant à la place de cette grande feuille de salade, on dit plutôt une volute-, vous voyez de petites feuilles frisotantes, on dit des feuilles d’acanthes, c’est le style corinthien. Et quand il n’y a rien, c’est le style dorique.
Une dernière petite précision, on a dit que les colonnes étaient monumentales : et bien on dit cela parce qu’elles s’élèvent d’un jet sur 2 étages.
Enfin, le 3ème avant-corps qui marque le centre de l'édifice, renforce le principe de symétrie très "palladien" du bâtiment. Palladio adorait faire des bâtiments symétriques. Et maintenant, regardez les 8 colonnes : de quel ordre sont-elles ? Elles sont d'ordre ionique (rappelez vous de la feuille de salade) monumental, car elles couvrent plusieurs étages. Remarquez aussi le fronton triangulaire qui est lui aussi typique des architectures palladiennes. Et maintenant, jetons un dernier coup d’œil sur la partie inférieure du bâtiment : elle-même est rythmée par des arcades au matériau imitant la pierre à bossage. La pierre à bossage est cette pierre apparente que l’on voit et qui sera souvent utilisée comme élément de décoration. Là encore, Andréa Palladio ne rechignait pas d’utiliser cette technique décorative. Bref, dans ce bâtiment, nous avons vu de nombreuses caractéristiques du style palladien. C’est le classicisme, mais sans son coté écrasant et fatigant de régularité grâce à des innovations rythmant les façades comme ces avant corps. C’est la symétrie en tout.

Et Catherine 2, complètement séduite par l'œuvre de Quarenghi, multipliera les commandes. Pourtant, l'architecte n'est pas facile et fait régner une véritable dictature architecturale sur la ville. Il n'accepte aucun compromis au plan esthétique. Quarenghi n'en reste pas moins 30 ans en Russie où il devient célèbre pour ses réalisations et ses dessins qui ont fixé l'image de la ville. Il a inventé ce qu'on appelle parfois le "style pétersbourgeois" qui est caractérisé par ses colonnes blanches qui se détachent sur un mur de couleur. Souvent, ces colonnes sont surmontées d'un fronton triangulaire qui marque l'axe central du bâtiment, comme ici, et dont le tympan porte souvent une couronne de laurier. L'Académie des sciences que nous avons sous les yeux est considérée comme un modèle de ce point de vue, et reflète la fonction même de l'institution qu'elle abrite en se constituant comme l'étalon du palais pétersbourgeois.


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