Les 12 collèges : le bâtiment et l’histoire

Saint-petersbourg : l'ile vassilevski

Les 12 collèges : le bâtiment et l’histoire

Reprenons le cours de notre promenade en continuant à remonter le quai de l'Université sur votre gauche. Juste après le bâtiment de l'Académie, il y a une double rue perpendiculaire au quai puis un long bâtiment parallèle à cette double rue. « Double rue », c'est à dire 2 rues séparées par un terre-plein planté d'arbres. Au début de ce terre-plein, on peut apercevoir un buste d'homme sur un piédestal, tourné vers nous. Traversons le quai pour aller voir ce buste. Il y en a pour quelques minutes.

Nous sommes sur la « ligne Mendeleïev ». Sur cette petite place, nous apercevons une statue. Il s'agit d'un monument élevé en hommage au chimiste russe Mendeleïev qui a vécu et travaillé dans l'Université de Saint-Pétersbourg de 1866 à 1890. Il est mondialement connu pour son tableau de classification périodique des éléments, établie en 1869, ce qui a inauguré une ère nouvelle en chimie. L'Université de Saint-Pétersbourg se trouvait alors dans les bâtiments rouges et blancs que nous pouvons voir le long de cette Ligne Mendeleïev et qui s'appellent les 12 Collèges. Engageons-nous plus avant dans cette Ligne Mendeleïev pour mieux observer la façade de ce fameux bâtiment tout en longueur.

Vous trouvez-vous bien dans la rue nommée "Ligne Mendéleïev", face à ce long bâtiment rouge et blanc ? Oui ? Très bien. Nous sommes devant "Les 12 Collèges", facilement repérables par sa longueur, près de 500 mètres, par sa couleur -rouge sang rythmé de blanc- et aussi par son orientation perpendiculaire au Quai de l'Université, et donc à la Néva. Mettons-nous bien sûr le trottoir opposé au bâtiment pour mieux en apprécier l'ensemble.
Et déjà, d’où vient ce nom de « 12 collèges » ? Précisons pour commencer que sous le terme de "Collège", il faut comprendre "Ministère". Ce bâtiment s'appelle ainsi tout simplement parce qu'il était destiné à recevoir les 12 ministères donc, que Pierre le Grand venait de créer.
Et maintenant, nous allons parler du mode de gouvernement du tsar puis ensuite nous examinerons ce bâtiment, typique là encore du style déjà évoqué auparavant : le baroque pétrovien.
Mais avant parlons de ces collèges : il y avait le ministère des Affaires étrangères, le ministère des finances, etc., plus 2 institutions un peu différentes et également créées par Pierre: un Sénat et une institution religieuse appelée le "Saint-Synode". Pour bien comprendre, il faut savoir qu'avant l'arrivée de Pierre le Grand au pouvoir, l'administration russe n'était absolument pas structurée. Le tsar gouvernait seul, mais plus ou moins soumis, suivant sa force de caractère, à la pression d'une aristocratie d'origine militaire, qu’on appelle les boyards, et d'un clergé devenu si riche et puissant qu'il était une sorte d'état dans l'état. Ces 2 groupes s'opposaient à toute modernisation qui risquait de remettre en question leurs avantages acquis.
Pour imposer sa politique de réformes et assurer une stabilité au gouvernement, Pierre crée ces ministères. Mais pour leur assurer plus de soutien face aux boyards et au clergé, il nomme aussi un sénat qui lui est tout acquis, et qui le remplace lorsqu’il s’absente. Et ce saint synode, de quoi s’agit-il ? Repartons en arrière, repartons en 1700. Excédé par le pouvoir outrancier que s’arrogeait le Patriarche, qui était le chef de l’église orthodoxe russe, Pierre décide tout simplement de supprimer le poste.
Et il le remplace par le saint synode, qui sera nommé par Pierre et qui dirigera l’église en lieu et place du patriarche. Bref, le tsar gouverne tout.

Le bâtiment que nous avons sous les yeux est de l'époque de Pierre 1er. Sa construction a été confiée à Domenico Trezzini, un Italien qui fut longtemps architecte à la cour du Danemark avant de s'installer à Saint-Pétersbourg et d'y déployer une activité intense. On lui doit, entre autres, l'église de la forteresse Saints-Pierre-et-Paul que nous avons entraperçue tout à l'heure.
Le style de Trezzini relève de ce que nous avons déjà appelé "le baroque pétrovien". Observons ce bel exemple que nous avons sous les yeux.
Tout d'abord, nous ne pouvons qu'être frappé par la régularité de la façade qui, d'un bout à l'autre, reproduit 12 fois un même schéma, comme si on avait devant soi 12 constructions identiques accolées les unes aux autres : cela souligne le caractère fonctionnel de ce style baroque : la façade colle de près à la fonction du bâtiment, qui est d'abriter 12 institutions de même importance. Continuons notre observation : nous retrouvons les 3 niveaux déjà observés ailleurs. Et nous retrouvons aussi cet étage inférieur constitué d'une succession d'arcades dont le matériau imite la pierre (le bossage), de même que les 2 étages supérieurs unifiés par des pilastres et des colonnes d'ordre ionique monumental. Remarquons que chacune des 12 unités de façade est délimitée par une colonne à chaque extrémité et est dotée en son centre d'un avant-corps de 4 colonnes, surmonté d'un fronton. Alors, regardons bien ce fronton : il n'a pas la forme triangulaire classique des tympans grecs, comme celui que nous avons vu à l'Académie des Sciences. Il a plutôt celle des frontons baroques d'Europe du Nord, qui sont assez caractéristiques avec leur jeu de courbes et de contre-courbes. Ce jeu de courbes-contre-courbes qui est une des caractéristiques du baroque comme nous l'avons déjà vu, est ici limité au fronton. Bref, ce baroque pétrovien est un baroque assez sobre, pas du tout exubérant comme il peut l’être à Prague ou à Rome. Mais justement, c’est dû à ce que les architectes, pour la plupart, ont été formés en pays protestants. Et n’oublions pas que Pierre prenait comme référence l'architecture hollandaise.
La couleur rouge sang de la façade face à nous, et le contraste qu'elle forme avec le blanc des décors et encadrements, est typique de ce baroque pétrovien, mais il n'est pas nouveau en Russie En effet ce jeu de couleurs rouge-blanc très contrasté était déjà la caractéristique du baroque russe, dont il reste de nombreux témoignages, notamment dans la région de Moscou.

En 1802 les Collèges - rebaptisés ministères par Alexandre 1er - sont transférés dans d'autres bâtiments. Du coup, le bâtiment vacant est attribué en 1819 à la toute nouvelle Université de Saint-Pétersbourg. C'est ainsi que plus tard, le chimiste Dmitri Mendeleïev y poursuit, de 1866 à 1890, des recherches qui le rendront célèbre. Aujourd'hui, on peut visiter son laboratoire et ses appartements, aménagés en musée et dont l'entrée se situe dans la rue même où nous sommes, au N°2, Ligne Mendeleïev.


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