Le palais de Menchikov

Saint-petersbourg : l'ile vassilevski

Le palais de Menchikov

Reportez à nouveau votre attention sur le quai de l'Université. Depuis la place des Décembristes, faisons glisser notre regard vers la droite et continuons notre promenade dans le même sens que l'eau du fleuve. Avancez pour vous trouver en face d'un grand palais de couleur ocre jaune : le palais de Menchikov.

Nous voici maintenant face au palais du fameux Alexandre Menchikov, 1er gouverneur de la ville et ami de Pierre le Grand, dont nous vous avons déjà parlé. Alexandre Menchikov est de ces hommes ambitieux qui ont connu les aléas de la roue de la fortune. Parti de rien –son père était palefrenier, il s'est retrouvé rapidement au sommet de la hiérarchie sociale aux côtés de l'empereur et à la tête d'une belle fortune, puis il est mort dans la misère relativement jeune et loin du pouvoir.

Il a joué un rôle très important dans l'histoire de Saint-Pétersbourg et il est intéressant de faire un petit détour par sa biographie avant de parler de son palais. En effet, sa chance remonte à son enfance. Son père servait la famille impériale, et cela lui donna l'opportunité de rencontrer Pierre, alors jeune prince fougueux et animé par une curiosité sans limites. L'atmosphère confinée du palais le frustrait tant que, jetant tous protocole aux orties, il passait son temps dans les rues de Moscou, en quête de nouveautés et de plaisirs. Il se trouve que Menchikov s'est révélé aussi amateur de plaisirs que Pierre, aussi libre d'esprit que lui et, ce qui n'est pas rien, intelligent, mais d'une intelligence très fourbe, ce que n'était pas Pierre. Ils ont fait les 400 coups ensemble dans les bas-fonds de Moscou et Menchikov est devenu à la fois le complice et le confident du jeune prince. Plus tard, quand Pierre prend la direction du pays, il n'oublie pas son compagnon de jeunesse.
Menchikov accède très vite au plus haut poste de Russie (après Pierre 1er évidemment). Mais c'est un fourbe et cela le perdra. Vaniteux, corrompu, il fait sans cesse l’objet de procédures judiciaires, et est même souvent bastonné par Pierre le Grand lui-même. Pourtant, celui-ci à chaque fois le rachète. Mais après la mort de Pierre puis de Catherine, il n’y a plus personne pour le défendre contre ceux aux dépens de qui il a construit sa fortune. Quand les Boyards reprennent le pouvoir en 1727, ils se vengent en lui reprenant tout : et le pouvoir, et les honneurs, et ses biens. Il finira ses jours oubliés de tous, en exil au fin fond de la Sibérie.

Mais revenons à sa période de gloire, quand il se fait construire le palais que nous avons en face de nous. Il est alors prince, commandant de l’armée et 1er gouverneur de la ville. Il a obtenu de Pierre toute latitude, en l'absence du tsar, pour faire construire à sa guise la partie nord de la ville. Ce faisant, il use et abuse tellement de sa liberté, il est à la fois si corrompu et si négligent dans la conduite des affaires urbaines, qu'un contemporain a dit qu'il était "non pas un bâtisseur, mais un dévastateur de cités".
Lui-même habite alors dans l'île Pétersbourg derrière la citadelle, parmi les aristocrates. Ceux-ci commencent à occuper l'île Vassilevski. C'est donc là, au milieu de la haute aristocratie, qu'il choisit de se faire construire un palais. Il l'emménage en 1718.

C'est ce palais que nous avons sous les yeux. Il était alors plus grand que ceux de l’empereur lui-même. Il fallait oser! Mais l'ambition de Menchikov n'avait pas de limite et comme Pierre était loin de ces règles protocolaires, il le laissa faire. D'autant plus qu'il y faisait organiser des réceptions somptueuses quand ses propres palais se révélaient trop étroits pour de telles réceptions !


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