L’intérieur de l’Eglise

Saint-petersbourg : la forteresse pierre et paul

L’intérieur de l’Eglise

Entrons maintenant dans l’église et retrouvons-nous en haut de la nef centrale, près de l’iconostase ou sorte de mur sur lequel sont présentées des icônes, c'est-à-dire des peintures illustrant l’histoire du Christianisme. Cette structure qui remplace la grille de communion dans nos églises catholiques, rappelle notre ancien jubé : derrière se trouve un espace réservé aux prêtres, avec l’autel. L’iconostase est donc à l’opposé de la porte d’entrée, au fond de l’église.

Nous sommes donc près de l’iconostase. Devant nous, au-delà de l’iconostase, se trouve l’autel et derrière nous la porte d’entrée. Faisons un tour sur nous-mêmes pour visualiser le plan et les caractéristiques de cette église chrétienne de rite orthodoxe. ’Que remarquons-nous ? Un espace intérieur divisé en 3 nefs séparées par 2 rangées de piliers. Et au-dessus de nous ? Une coupole qui repose sur 4 piliers dont 2 inclus dans l’iconostase. Cette coupole marque l’intersection de la nef centrale et du transept. Le transept est cette partie qui passe sous la coupole et traverse l’église de part en part. Il est fréquent de définir le plan d’une église en fonction des proportions de la nef centrale et de son transept. Ici, ces proportions rappellent une croix dite « latine » car la branche principale (ici la nef) est plus longue que l’autre (ici le transept). Le transept serait le petit morceau de la croix, en quelque sorte. Cela est habituel en occident. Mais pas ici. En effet ’le plan traditionnel des églises russes est celui de la croix grecque avec ses 4 branches égales’. Ainsi, une fois encore, on retrouve l’influence des églises jésuites que Pierre a vues et admirées en Hollande. Or cette innovation architecturale va au-delà de l’architecture. Bien au-delà même, car elle est le témoin d’une révolution des idées que Pierre veut imposer pour casser l’emprise qu’avait le clergé sur l’ensemble de la vie culturelle de son pays.
Autre innovation qui va dans le même sens : la présence d’une chaire, c'est-à-dire d’une tribune élevée d’où le prêtre s’adresse aux fidèles : Elle se trouve à notre gauche quand nous regardons l’autel, adossée à un pilier. Or il n’existait pas de chaire dans les églises orthodoxes où les prêtres « se contentaient de savoir dire la messe », c’est à dire de lire ou réciter les textes canoniques, sans jamais s’adresser directement aux fidèles. Précisons qu’elle a très peu servi, une fois’ nous dit la tradition, ’’au début du 20ème siècle pour excommunier Tolstoï après sa publication de Résurrection.


Admirons les superbes statues qui encadrent et surmontent cette chaire : Il s’agit des saints apôtres Pierre, à gauche avec la clé, et Paul à droite avec son front dégarni. Au-dessus sont représentés les évangélistes accompagnés de leurs attributs : on peut repérer de gauche à droite, Mathieu avec l’ange, Marc avec le lion, luc avec le bœuf et Jean avec l’aigle. Toutes ces figures sont en bois doré à la feuille : et bien, ici encore, nous nous retrouvons devant un exemple de la volonté de Pierre de casser la tradition artistique imposée par le clergé. En effet, depuis les 1ers temps du christianisme, le clergé avait condamné la statuaire trop assimilée aux religions païennes. L’occident s’est peu à peu libéré de cet interdit mais en orient par contre, cet interdit existait encore au tournant du 18ème siècle. ’Et en Russie où le clergé faisait la loi, la statue en 3 dimensions était totalement interdite, y compris ’donc dans le monde civil! Mais Pierre avait bien compris que, sous couvert de spiritualité, ces interdits bloquaient tout progrès de la pensée dans son pays. C’est pourquoi ces statues dans l’église étaient là encore un moyen pour Pierre de déstabiliser son clergé.
Et maintenant, faisons demi-tour et regardons de l’autre côté de la nef par rapport à cette chaire. On découvre une autre structure en bois surmontée d’un dais, également adossée à un pilier, mais cette fois orientée vers l’autel et non vers la nef centrale. Déplaçons-nous un peu et mettons-nous en face pour pouvoir mieux l’apprécier. Cette structure abritait un espace réservé au tsar. Il n’y a pas de siège et sans doute cela était-il déjà ainsi du temps de Pierre, car on ne s’assied jamais durant les offices orthodoxes russes, et pourtant, ils peuvent durer plus de 6 heures ! Le fronton du dais montre des armoiries dorées. Regardons les bien car elles sont assez révélatrices des idées de Pierre. Il y a d’abord une épée, qui bien sûr renvoie à celle de Saint-Paul, l’instrument de son martyre : en tant que citoyen de l’empire romain, Paul a eu le privilège d’être décapité, et non crucifié comme un esclave. Et bien sûr, on s’attend à ce que cette épée croise les clefs de Saint Pierre. Et bien pas du tout : Elle croise un sceptre, celui du tsar Pierre.…On voit à quel point le pouvoir temporel se confond avec le pouvoir spirituel. D’ailleurs, en levant les yeux on aperçoit, en plusieurs endroits le long des murs, des drapeaux qui immortalisent les victoires de la Russie sur la Suède, victoires accordées par Dieu bien sûr.


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