Les Mosaïques

Sainte-marie majeure

Les Mosaïques

Maintenant, faisons face au maître autel. Si nous regardons à droite et à gauche, nous constatons qu’à ce niveau, l’espace entre les colonnes est plus large que dans le reste du vaisseau. Au-delà de ces deux larges ouvertures s’ouvrent deux grandes chapelles. A droite, la chapelle construite par le pape Sixte Quint. C’est pourquoi on l’appelle « chapelle sixtine », bien qu’elle soit sans rapport avec celle du Vatican. A gauche, c’est la chapelle Pauline, du nom du pape Paul 5 qui la fit édifier. Ces deux chapelles encadrent le maître-autel et l’abside, un peu comme des oreilles encadrent une tête. Ces pourquoi les romains les désignent parfois comme «les boucles d’oreille de la Madone».
Mais intéressons-nous maintenant aux mosaïques, qui sont un des joyaux de la basilique. Elles sont réparties essentiellement en trois endroits différents. D’abord sous les fenêtres hautes, des deux côtés de la nef centrales. Ensuite sur l’arc triomphal, c’est-à-dire l’arc qui ouvre sur l’abside, surmontant le maître-autel. Ces deux premiers groupes sont les plus anciens. Ils remontent au 5ème siècle. Enfin, il y la grande mosaïque de la voûte de l’abside elle-même, sous l’arc triomphal. Il représente le couronnement de la Vierge. Cette dernière mosaïque est médiévale, elle date du 13ème siècle.
Commençons par les mosaïques sous les fenêtres de la nef centrale. Pour cela, tout en restant au même endroit, tournons-nous pour faire face aux portes d’entrée en tournant donc le dos au maître-autel. A l’origine, il y avait là 42 mosaïques. Seules 27 d’entre elles nous ont parvenues. Les autres ont été remplacées à la Renaissance par des fresques, qui font bien pâle figure à côté de l’éclat des mosaïques.Cela dit, même réduit, cet ensemble constitue l’échantillon le plus vaste et le plus précieux de l’art des mosaïstes romains du 5ème siècle.
Les scènes représentées évoquent toutes l’Ancien Testament, la Bible, et l’histoire du peuple juif avant la venue du Christ sur terre. Elles sont réparties en deux groupes. Les scènes qui se trouvent sous les fenêtres à notre droite évoquent l’histoire des patriarches Abraham et Jacob, à l’origine du peuple d’Israël. Celles qui sont représentées sous les fenêtres à notre gauche, évoquent l’histoire de Moïse et de Josué, la sortie d’Égypte des Hébreux et l’arrivée en terre d’Israël. Observons quelques-unes de ces scènes, afin de bien saisir leur caractère stylistique. Pour les situer dans l’espace, nous désignerons la travée dans laquelle elles figurent. Une travée est la partie de mur comprise entre deux colonnes. Vous observerez qu’il y a une fenêtre toutes les deux travées. Les travées se comptent toujours en partant depuis l’abside où nous sommes et en remontant vers le portail de l’église. La première travée est donc celle qui se trouve le plus près de l’abside, la dernière, ou 18ème travée, est celle qui se trouve le plus près du portail d’entrée. Commençons par le cycle d’Abraham, à notre droite.
Approchons-nous de la mosaïque de la première travée, touchant l’arc triomphal de l’abside.

La mosaïque représente le patriarche Abraham, l’un des principaux ancêtres du peuple Juif, offrant du pain et du vin au grand prêtre Melchisédech. Cette image symbolisait pour les chrétiens l’Eucharistie. C’est à dire la messe de commémoration de la Cène, ce dernier repas du Christ pendant lequel il mangea du pain et but du vin avec ses disciples. Il est donc normal que cette scène soit représentée juste à côté du maître-autel, où se célèbre précisément l’eucharistie. Cette scène entre Abraham et Melchisédech est une scène charnière. Elle fait le lien avec la messe, mais en même temps, ouvre le cycle de toutes les histoires présentées sur le mur de gauche jusqu’à la porte d’entrée.
Sur la deuxième travée, juste à côté, nous voyons Abraham qui reçoit trois anges envoyés par Dieu. La scène est dédoublée horizontalement. Dans le haut, Abraham, à gauche, invite les anges. En bas, une servante, à gauche, prépare des pains qu’Abraham bénit. A droite, le patriarche offre ces pains aux trois anges attablés. Nous voyons donc que les scènes sont multiples sur une même image, évoquant en une fois l’ensemble de l’histoire. Observez aussi la beauté des couleurs, le fond bleu du ciel, les nuages oranges, mais surtout le subtil rendu des dégradés de couleurs. Appréciez la grande maîtrise, en particulier dans le rendu du volume des corps. Si cela est déjà difficile à réaliser en peinture, ça l’est bien plus encore en mosaïque.


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