Les mosaïques de l’arc triomphal

Sainte-marie majeure

Les mosaïques de l’arc triomphal

Regagnons le devant de l’abside pour observer les mosaïques de l’arc triomphal, qui surmonte le grand baldaquin du maître autel.

Nous sommes à nouveau devant la balustrade fermant l’abside. Regardez au sommet de l’abside, juste au centre de l’arc triomphal : Vous y voyez le trône de Dieu, marqué d’une croix, et riche de magnifiques détails parfaitement conservés. On y voit des pierres précieuses, ainsi qu’un rouleau du Livre de l’Apocalypse, qui évoque la fin du monde et le jugement de Dieu. Le trône de Dieu est vide, Dieu était souvent considéré comme irreprésentable. Ce trône est entouré à droite et à gauche par deux hommes debout, vêtus de blanc. C’est saint Pierre et saint Paul, initiateurs de l’Eglise de Rome. Autour de ces deux personnages et de gauche à droite, un taureau, un ange, un lion et un aigle, symboles traditionnels des quatre évangélistes. Juste sous le trône une inscription en lettres blanches. Elle rappelle l’érection de l’édifice par le pape Sixte 3.
A droite et à gauche du trône de Dieu une série de scènes, disposées en étages. Chaque bande horizontale porte le nom de registre. Elles évoquent l’Enfance du Christ.

Observons d’abord les images du côté gauche de l’arc. Au registre supérieur, l’Annonciation, l’ange Gabriel annonce à Marie la naissance prochaine du Christ. Marie est assise, vêtue d’une robe à la byzantine. Elle porte la couronne impériale. Il est normal alors que les personnages divins, le Christ -empereur du monde-, et la Vierge -mère de l’Empereur-, soient présentés parés des attributs impériaux byzantins. N’oublions pas qu’à cette époque, depuis l’empereur Constantin, au début du 4ème siècle, le centre politique rayonnant de l’empire n’est plus Rome, mais Constantinople. La majesté des personnages divins s’exprime dans le faste byzantin. Cette association permettait de faire comprendre aux fidèles la puissance de la divinité en l’assimilant à une puissance répertoriée. Les images de la Majesté divine furent donc calquées sur celles de la majesté impériale. Au dessus de Marie volent l’ange et la colombe du Saint-Esprit. D’autres anges peuplent la scène. Ceux de droite s’adressent à saint Joseph, debout devant une maison, tout à fait à droite. Ils lui demandent de prendre Marie pour épouse.
Au dessous de cette scène, sur le deuxième registre, est représentée l’adoration des mages. Jésus est né. Il est assis à gauche sur un trône, auréolé et entouré de quatre anges. De part et d’autre du trône sont assises la Vierge, à gauche, toujours vêtue à la manière impériale, et à droite une femme voilée de bleu, peut-être sainte Anne. Selon la tradition, sainte Anne est la mère de la Vierge. A droite, les mages apportent des présents. Ils sont somptueusement vêtus à l’orientale, et coiffés du bonnet phrygien. Au niveau de la composition générale, cette scène est tout à fait calquée sur le modèle des scènes antiques représentant les barbares rendant hommage à l’empereur. Le sens en est d’ailleurs assez proche, car dans la vision chrétienne, les Mages représentent les étrangers, c’est à dire les non-juifs, adorant le Christ.
La scène inférieure représente le massacre des Innocents. Ayant appris qu’un roi allait naître, Hérode, craignant pour son trône, fit tuer tous les enfants de Bethléem âgés de moins de trois ans, afin d’être sûr d’éliminer son rival potentiel. Ici, à gauche de l’image, les mères tiennent leurs enfants dans les bras, alors qu’à droite, un groupe de soldats s’apprête à les tuer. Observons la belle variété des positions, des couleurs de vêtements, le mouvement des cheveux des femmes.
Le pied de l’arc est décoré d’une image de ville, devant la porte de laquelle se pressent 6 agneaux. C’est une évocation de Jérusalem. Elle fait symétrie avec Bethléem qui se trouve en face, à la droite de l’arc. Ces 12 agneaux, symboles du peuple de Dieu, regardent vers les deux villes saintes du christianisme. Observons l’expression de leurs yeux, la tension vers la ville, laquelle se manifeste dans la manière très vivante dont ils tendent le cou.

Au dessus de la représentation de Bethléem, à droite sur la base de l’arc, les mages se tiennent devant Hérode, le roi des Juifs. En effet, avant d’aller adorer Jésus, ils étaient allés - bien naïvement - demander à Hérode où ils pouvaient le trouver. Grave erreur, si l’on en juge par l’épisode du massacre des Innocents, décrit sur la gauche de l’arc.
Juste au dessus des Mages devant Hérode, deux groupes de personnages se font face. A droite, la sainte famille, c’est à dire Joseph, Marie et Jésus, entourés de deux anges. A gauche, un groupe qui semble sortir d’une ville. Cette scène serait une représentation de la sortie d’Égypte. Pour fuir la colère d’Hérode, et sur le conseil des anges, Joseph emmène sa famille en Égypte. Ils y habiteront jusqu’à la mort du roi cruel. Les personnages de gauche sont peut-être des Égyptiens rendant hommage au Christ. Enfin, la scène supérieure évoque la présentation de Jésus au temple, rituel juif qui suit la naissance d’un enfant.
Toutes ces mosaïques sont un magnifique exemple de la culture figurative romaine de cette époque, c’est-à-dire des habitudes des Romains en matière de composition des images. Les icônes à fond d’or montrent que l’art byzantin est encore très influent. Mais à côté de ce modèle byzantin prédominant, nous observons dans toutes ces mosaïques un souci de réalisme, une incroyable capacité à faire vivre les personnages par les drapés, les gestes et les expressions. Ce qui est aussi très romain, c’est la disposition en registres -organisés comme de véritables bandes dessinées - sans doute inspirée des reliefs militaires des colonnes impériales, telle la célèbre colonne trajane. Si les mosaïques de la nef et celles de l’arc triomphal semblent remonter à peu près à la même époque, elles ont pourtant été traitées de manière différente. Celles de l’arc triomphal sont moins nuancées dans les gradations de couleurs. Leur traitement est plus hardi et plus tranché. Il vise à un effet plus immédiat. Autre différence, les mosaïques de la nef ont un fond d’or extrêmement compact qui ne sert qu’à rehausser les arrière-plans, alors que dans l’arc triomphal, le fond d’or fait de pierres moins raffinées et moins régulières, crée une surface plus rugueuse.Selon certains archéologues, toutes ces images formaient un cycle de narration continue, qui devait aider la communauté dans la compréhension des mystères. Partant de l’Ancien Testament, visible dans la nef, le regard était mené vers les images de la Vierge et du Christ sur l’arc triomphal, figurations du Salut du monde.


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