La grande maison Tusculum

Site archeologique de l'ancienne ville romaine de salone

La grande maison Tusculum

Nous sommes actuellement devant les caveaux à l'arrière de l'église. Retournons-nous et nous voyons sur notre droite, à une trentaine de mètres, une grande maison.

Cette grande maison, appelée Tusculum, a été bâtie au 19e siècle lors des fouilles. Regardez sa façade, et notamment au-dessus de la porte d’entrée : nous voyons que pour édifier le bâtiment, on s’est servi de pierres antiques. Ainsi, en guise de linteau, nous avons les restes d’un sarcophage. Cette ancienne maison de fouilles abrite aujourd’hui la caisse du site archéologique ainsi que la reproduction d’une mosaïque très intéressante retrouvée sur le site.

Nous sommes maintenant devant la reproduction d’une mosaïque datant du 5e siècle. Malheureusement, cette mosaïque n’a pas été bien conservée : aujourd’hui, elle est détruite et il n’en reste plus que des copies comme celle que nous avons sous les yeux. Il s’agissait d’une œuvre remarquable de l’art paléochrétien. Comment définir cet art? Il s’agit avant tout d’un art de transition entre l’antiquité et le moyen-âge. Mais c’est aussi un art qui veut transmettre de nouvelles valeurs qui sont celles du christianisme. Souvent considéré comme maladroit ou naïf, cet art est l’expression de la piété des fidèles. En cela, il est un témoignage remarquable de la chrétienté des premiers temps. Souvent, ce ne sont pas des artistes, mais de simples croyants qui réalisent ces œuvres, ce qui explique les maladresses que l’on peut voir. De plus, toute la période est très troublée et l’art est passé au second plan : on a perdu les techniques, les savoir-faire et beaucoup d’artistes sont partis vers l’Orient. Regardons mieux cette mosaïque. Il s’agit d’une mosaïque de pavement. Elle se trouvait sur le sol de la basilique épiscopale de Salone dont nous verrons les restes tout à l’heure. Elle était placée juste à côté du baptistère dans une petite salle réservée aux catéchumènes. Ainsi, elle était destinée à être vue par les futurs baptisés et elle avait donc une valeur d’enseignement.
Et tout d'abord, regardons la bordure du bas. On y voit cet entrelas tressés caractéristique de l'antiquité. Levons les yeux, on voit sur le panneau central un cerf qui semble joyeux, puisqu'il tire même la langue de contentement. Il grignote des feuilles et au sol coule une rivière à laquelle il s'abreuve. Les animaux étaient aussi des thèmes très souvent représentés sur les mosaïques romaines. Donc,1re remarque : on voit que l’art paléochrétien n’est pas un art de rupture : on a continué à utiliser de vieux motifs décoratifs, mais on leur a donné une nouvelle signification. C’est là la caractéristique principale de cet art. Mais il s’agit ici de faire passer un message. Il a été dépalmcé au musée de Zagreb mais il disait: “comme une biche soupire après des courants d’eau, mon âme soupire après Toi, ô Dieu”. bref, on emploie des thèmes décoratifs classiques et on utilise dans un contexte Chrétien. Le seul problème bien sûr, c’est que ce message écrit était loin d’être accessible à tous : la plupart des nouveaux fidèles étant analphabètes. Ainsi, le message était-il surtout transmis par l’image et les symboles qu’elle contient. Ce qui nous semble à nous un décryptage complexe était à l’époque paléochrétienne une évidence. Depuis les débuts de la chrétienté, on fonctionnait avec des symboles, des images à valeur d’enseignement. L’antiquité était déjà férue de ce type d’exercice, la chrétienté en fera à l’époque paléochrétienne une norme. Pourquoi? Tout d’abord, parce que l’analphabétisme ne permet pas de passer par l’écrit. Mais, il faut aussi avoir en tête que le christianisme a dû se développer dans la clandestinité pendant longtemps et qu’il fallait afficher des symboles, des images que les initiés savaient déchiffrer.
Revenons sur ce que nous voyons : tout d’abord, le cerf. Ceux-ci évoquent le nouveau converti. Mais pourquoi avoir choisi le cerf comme animal. Plusieurs raisons à cela : tout d'abord, le cerf était un animal souvent utilisé dans certains cultes païens et en particulier certains cultes au soleil : il est souvent représenté avec le soleil entre ses bois. Ainsi, chez les chrétiens, de nombreuses histoires de conversion mettront en scène des cerfs entre les bois desquels une croix apparait au fidèle. Ensuite, 2e remarque plus sur le fond : les bois des cerfs, comme chacun sait, poussent puis tombent puis renaissent. Bien sûr, cela peut symboliser la course du Soleil, mais aussi la vie, la mort puis la résurrection. Et au passage, notez que ce procédé sera souvent utilisé par le christianisme : plutôt que de supprimer un vieux symbole auquel des fidèles restaient encore attachés, on préfère le réutiliser dans un contexte chrétien. Et les myriades de saints permettaient cela aisément. Regardons maintenant la facture de cette mosaïque. L’impression qui se dégage de celle-ci est celle d’une grande naïveté. Le cerf est figé : tout cela est assez maladroit et enfantin. En effet, une mosaïque est composée de tesselles, de petits carrés de pierres colorées. On voit que les techniques se sont perdues, car pour donner de la profondeur, on plaçait le plus possible les tesselles du fond en cercle autour des motifs. Et regardez ici autour des bois des cerfs : vous voyez ? On a essayé de reproduire cette technique, mais de manière malhabile. C’est vraisemblablement l’œuvre d’amateurs. Mais c’est en cela justement que l’art paléochrétien est attachant. Ce n’est pas un art officiel, mais l’expression d’une foi populaire.


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