L’Amphithéâtre

Site archeologique de l'ancienne ville romaine de salone

L’Amphithéâtre

Maintenant, notre prochaine et dernière étape sera l’amphithéâtre. Venant du groupe basilical, traversons cette porte et prenons sur la droite. Nous longeons les murailles puis voyons un escalier qui permet d’y remonter.

Cet Amphithéâtre est fait de structure tout à fait particulière et typique de la vie romaine. Elle constitue l’un des éléments majeurs de l’architecture romaine, mais plus encore de la romanisation. Cette structure est en effet présente partout où les Romains s’installent. Elle concourt à répandre un mode de vie particulier et ainsi à romaniser les populations indigènes. L’amphithéâtre est donc une partie de l’essence même de Rome. Lieu de réunion de l’ensemble de la population masculine, l’amphithéâtre rythme la vie romaine. Les victoires, l’accession au pouvoir, les élections, les périodes de fête, tout donne prétexte à des jeux. On compare souvent les sociétés grecques et romaines en vantant la douceur des loisirs grecs, leur amour du théâtre et la décadence romaine assoiffée de sang. C’est un raccourci tentant, mais bien trop rapide. En effet, le théâtre grec est un acte religieux alors que l’amphithéâtre est un acte civil qui rassemble la population dans un moment de fête païenne. D’ailleurs, par rapport à sa conception grecque, même le théâtre est en pleine dérive : les scènes sont rendues réalistes, on ne mime plus les assassinats et les tortures, mais on les réalise devant les spectateurs. Cet hyperréalisme trouve son expression la plus forte dans l’amphithéâtre. Les jeux vont se développer de manière très importante avec l’empereur Titus qui en 80 de notre ère inaugure le Colisée à Rome, d’une capacité de 50 000 places. Des jeux furent alors organisés qui durèrent 3 mois. Plus tard, en l’an 108, Trajan offrit 117 jours de combats à l’occasion de l’inauguration de ses thermes. La tenue des jeux est extrêmement structurée et nécessite une organisation minutieuse. Ainsi, pour fournir les amphithéâtres en animaux sauvages, Rome va de plus en plus loin sur ses marges africaines. Rome installera des colons notamment aux bords du désert Libyen actuel. Leur mission est double: repousser les raids des tributs avant qu’ils n’arrivent sur les riches cotes bien sûr. Mais aussi capturer des animaux sauvages pour les jeux. On recherche partout des gladiateurs. Ceux-ci sont soit des esclaves soit des hommes libres qui se sont volontairement aliénés contre une somme d’argent. Et maintenant, comment s’organisaient ces jeux ? Et bien, une fois décidés par l’organisateur, on placardait des affichettes partout pour en faire la promotion. Le spectacle était parfois payant, parfois gratuit surtout lorsque ces jeux étaient offerts en vue d’une élection. Le jour même des jeux, une grande parade des gladiateurs s’organisait depuis le forum jusqu’à l’amphithéâtre. C’est ce que l’on appelait la « pompa ». Une fois tout le monde installé dans l’amphithéâtre, on annonçait le contenu du spectacle et sa durée. Et on précisait aussi les règles : les spectacles les plus courus étaient les duels à mort. Les places dans l’amphithéâtre étaient particulièrement hiérarchisées. Le corps social était ainsi représenté dans l’arène. Le plus souvent on commençait par des «venationes», c'est-à-dire des chasses. Puis par des combats entre animaux sauvages et des combats entre chasseurs et animaux. C’est ensuite que l’on plaçait les condamnations à mort. Une sorte d’entracte de l’époque où les condamnés étaient livrés aux bêtes sauvages. C’est ainsi que de nombreux chrétiens furent jetés dans l’arène. Puis venait le clou du spectacle avec les duels de gladiateurs. Et certains amphithéâtres étaient même pourvus de bassins pour reconstituer des batailles navales. Souvent, un charnier était installé bien en vue où s’entassaient les cadavres durant la tenue des jeux!!! La nuit, ce charnier était gardé, car les corps des gladiateurs étaient l’objet de convoitise. Pourquoi de convoitise ? Et bien par ce que leur sang était réputé soigner l’épilepsie. Ces jeux ont duré jusqu’au règne de Justinien au 6e siècle qui les a fait interdire en souvenir des chrétiens martyrisés dans les amphithéâtres. De plus, Justinien marque là une étape très importante. En effet, par cet acte et bien d’autres dans le domaine législatif, il marque la rupture avec l’Empire romain pour instituer véritablement l’Empire byzantin. Quoi de plus symbolique pour tourner la page de Rome que de supprimer ces jeux qui en étaient la marque ? Cela montre bien encore à quel point Rome et les jeux étaient liés. Continuez jusqu’à l’amphithéâtre.

L’édifice est adossé à la pente de la colline. Pour rattraper le décalage causé par la pente, les constructeurs avaient édifié un étage seulement pour la partie placée en haut de la pente contre trois étages pour la partie placée au bas de la pente (au sud). L’amphithéâtre a une forme elliptique ce qui est aussi une prouesse architecturale nécessitant de nombreux calculs à base d’arcs de cercle. On le voit, la construction de cet édifice est particulièrement soignée. Si besoin en était, cela montre encore le haut degré de maitrise technique des Romains. Il a été construit au 2e siècle de notre ère et pouvait accueillir 18 000 spectateurs. Cela semble peu au regard des dimensions: 126 mètres de long pour 102 mètres de large, mais n’oublions pas que seule la partie située au bas de la pente recevait 3 étages. Cet amphithéâtre a servi comme tel jusqu’au 6e siècle, quand Justinien a fait interdire ces pratiques. Peu après, les habitants de Salone l’ont transformé en structure défensive pour lutter contre les invasions barbares. Mais ce sont en fait les Italiens qui, au 17e siècle, ont occupé un temps la région et qui ont détruit cet édifice. Car ils ne voulaient pas que les Turcs puissent s’en servir comme point d’appui. Nous vous laissons découvrir l’amphithéâtre à votre rythme et nous terminons ici notre visite.


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