Histoire du quartier et de l’église Saint-Germain-des-Prés

St germain-des-pres

Histoire du quartier et de l’église Saint-Germain-des-Prés

Commençons par resituer ce quartier dans son histoire. Dès l’époque gauloise, ce bourg existait déjà, et était consacré aux Dieux. Il entre dans l’histoire dès 52 avant Jésus-Christ, quand a lieu ici une bataille importante. En effet, la Gaule est alors en passe d’être conquise par les armées romaines menées par Jules César. Pour achever la conquête de l’Ile de France, César envoie à Paris son lieutenant, Labienus. La bataille, qui consacra la victoire romaine en Gaule, eut lieu à l’emplacement du quartier St Germain des Prés. A l’époque mérovingienne, la ville de Paris est tout entière concentrée sur l’île de la Cité. L’actuel quartier de St Germain des prés est alors fait de bois et de champs.

Childebert, le fils de Clovis, de retour d'une expédition en Espagne contre les Wisigoths, rapporta, en trophées, la tunique de saint Vincent et une croix d'or et de pierreries conquises à Tolède. Sur les conseils de Saint-Germain, évêque de Paris, il fait bâtir vers 543, sur le bord du chemin, une basilique chargée d’abriter ces saintes reliques. Ce sera la Basilique de Saint-Germain-des-Prés actuellement l’une des plus anciennes de Paris. Mais au fait qu’est-ce qu’une basilique ? C’est un titre donné par le pape lui-même à une église pour en marquer son importance.

Autour de cette basilique, Childebert va fonder une abbaye de moines bénédictins, qui vivent selon la règle de st Benoît. Cet établissement jouira, durant tout le Moyen Âge, d’un très grand prestige, par la portée de son grand rayonnement intellectuel et territorial. Ses terres s’étendaient sur les 6e et 7e arrondissements actuels.
Childebert mourut le lendemain de la consécration de cette basilique et y fut enterré. A sa suite, d’autres rois furent enterrés ici et, pour un certain temps, l’église devint la nécropole des rois mérovingiens, mais aussi de st Germain lui-même qui mourut 18 ans après Childebert.
A la mort du saint, l'abbaye ne porta plus d'autre nom que le sien.
Elle était devenue l’église St Germain. Mais, comme il existait alors une autre église St Germain sur l’île de la Cité et comme cette église-ci se trouvait en pleine campagne, on lui ajouta l’adjectif « des prés ». C’est ainsi que naquit le nom : « St germain des Prés »
L’église construite sous Childebert était somptueuse : sol en mosaïque, hautes colonnes de marbre, murs ornés de peintures. Son toit, revêtu de cuivre doré, la fit longtemps appeler St Germain le doré. Détruite lors des invasions normandes, l’église fut reconstruite vers l’an 1000. L’architecte chargé de sa reconstruction adopta le nouvel art roman. Une partie de cette église nous est parvenue dont le clocher. Au 12e siècle, un nouveau chœur est construit, il est cette fois de style gothique. C’est l’époque où, sur l’île de la Cité, commence la construction de la cathédrale Notre-Dame. Peu à peu, autour de l’église et de l’abbaye St Germain, un bourg se développe, comme il est de coutume. Il se trouve hors des murs de la ville, toujours essentiellement circonscrite à l’île de la Cité, et s’étend jusqu’à la Seine.
Dès le 14e siècle, de fastueux hôtels sont construits dans ce bourg. L’hôtel de Nesles était l’un des plus importants et couvrait à peu près l’espace de l’actuel hôtel des monnaies.
Au 17e siècle, le bourg était un véritable foyer intellectuel qui comprenait un collège, l’actuel Institut de France, et de nombreux théâtres. Il était aussi considéré comme un lieu élégant, parce qu’à proximité du Louvre, demeure royale. L’église et l’abbaye étaient florissantes et de grands princes en furent abbés en particulier des princes de Bourbon, bâtards du roi.
L’abbaye était le siège des mauristes, célèbre congrégation de bénédictins réformés. Cette congrégation réagissait contre ce qu’ils estimaient être les abus et déviances qui entachaient les abbayes bénédictines de France depuis le début du 16e siècle. Les moines, en effet, n’observaient plus strictement la règle de St Benoît, ils se laissaient aller à divers relâchements et les bâtiments des abbayes, peu entretenus, se dégradaient. Au 17e et dans toute la France, les moines mauristes reprirent en main les abbayes et rétablirent la stricte observance. Parallèlement, ils restaurèrent et construisirent des bâtiments.
Cette période, florissante pour la congrégation, prit fin à la Révolution. L’abbaye fut démantelée par les révolutionnaires. Un incendie dévora la bibliothèque et les statues du portail occidental furent brisées. Au 19e siècle, le bourg se ressaisit. Il devient progressivement le centre de l’édition française, et l’église, alors en fort mauvais état, est restaurée.
Au 20e siècle, les galeries d’art, les librairies, les maisons d’édition font une entrée massive dans le quartier, alimentant sa réputation de quartier intellectuel et culturel. Saint-Germain devient un quartier « branché ». Dès 1920, concurrençant sérieusement Montparnasse, il attire le tout rive gauche des lettres et des arts.
Pendant la 2e guerre mondiale et l’occupation, le quartier, contrairement à Montparnasse, a la chance de ne pas être réquisitionné par les Allemands. Artistes et écrivains prennent alors l’habitude de s’y réfugier au chaud : Sartre et Beauvoir écrivent au café Flore que nous verrons tout à l’heure. Ils y théorisent leur philosophie : l’existentialisme.
Dans les années 50, St Germain des Prés prétend au titre de centre intellectuel du monde.
On y discute, on y débat, on y vit en bande, une jeunesse s'exprime et s'épanouit après ces 5 interminables années de guerre. Poètes, musiciens, écrivains, peintres se réunissent dans les cafés : Prévert, Vian, Camus, Malraux (alors ministre de la culture), Mac Orlan, Hemingway, Sagan, Giraudoux, St Exupéry.
La créativité est tous azimuts, elle s’exprime dans les romans policiers, dans les revues comme « les temps modernes », au théâtre comme dans « exercices de style » de Raymond Queneau, « Ubu roi » de Jarry ; « Huis clos » de Sartre ; au cinéma avec les Allégret. Et aussi dans la musique, comme nous le verrons tout à l’heure.


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