Le Boulevard St Germain

St germain-des-pres

Le Boulevard St Germain

Remontons la rue Saint-Benoît jusqu’au Bd St-Germain. Les bistrots du haut de la rue, « Le Bilboquet », « Le St Benoît » comptent parmi les plus célèbres et les plus fréquentés des années 1950. Nous sommes, en effet, ici au cœur du St Germain des prés effervescent de l’après guerre.

Nous débouchons maintenant Bd St Germain. Il fut percé par Haussmann en 1870 et compte un certain nombre de beaux hôtels du 18e siècle. A l’angle de la rue St Benoît et du Bd St Germain, un café : «  Le Flore ». Haut lieu de la vie intellectuelle et culturelle du St Germain des années 50. Ouvert en 1885, son nom vient de ce qu’il contenait alors une statue de la déesse Flore, aujourd’hui disparue. Le décor intérieur date de 1914. Guillaume Apollinaire (poète et ami des peintres cubistes) fait du café de Flore son QG.
L’entre-deux-guerres y voit se réunir les artistes surréalistes autour d’André Breton.
De l’autre côté du bd St Germain, la brasserie Lipp, autre lieu mythique. Cet établissement fut fondé en 1880, par l’alsacien Lippman. C’était alors une brasserie comme on en trouve en Alsace, on y consommait bière, et choucroute. En 1900, on y réalisa un superbe décor toujours en place. Au début du 20e siècle, Proust aimait à y venir souvent. De nos jours, le lieu est fréquenté par Madonna, Harisson Ford, Philippe Sollers et un certain nombre de responsables politiques français plutôt de gauche. Allons maintenant de nouveau en direction de l’église St Germain que nous avons vu au début de notre promenade.

Sur votre gauche, au coin de la place désormais place Sartre et Beauvoir, le quartier leur devait bien cela ! Un autre café de grande renommée : « les deux magots ».
Le café fut ouvert en 1810. Son nom vient des 2 magots – c’est à dire des 2 Bouddhas chinois en pierre qui trônent toujours dans la salle depuis 1 siècle. A la fin du 19e siècle, on y croisait Verlaine ou Oscar Wilde. Le décor intérieur date de 1914.

Nous allons maintenant parler un peu plus de cette institution du quartier latin. « Les 2 magots », café littéraire par excellence, a fini par créer son propre prix qui couronne l’ouvrage d’un jeune écrivain. Dans l’entre-deux-guerres, André breton y passa sa jeunesse, entouré de ses amis du groupe surréalistes, en particulier Paul Eluard. Attablés face à la porte, afin de pouvoir apostropher à loisir les nouveaux arrivants ou clamer leurs projets de punir quelques éditorialistes, ils s’adonnent à l’art du scandale et de l’invective.
Dans les années 50, la créativité de ce quartier de Saint-Germain-des-Prés, en ébullition permanente, était toute aussi importante dans le domaine musical. On y appréciait particulièrement les nouveaux rythmes du jazz au son des clarinettes de Sidney Bechet et Claude Luter et de la trompette de Boris Vian.

Dans le domaine de la chanson, un nouveau style apparaît qu’on entend pour la première fois ici, celui de la chanson sociale et satirique. Elle se veut chargée d'un «message» ambitieux et intellectualisant. Considéré au départ comme anticommercial, son style se verra consacré par l'arrivée d'une jeune génération d'auteurs-compositeurs interprètes : Juliette Gréco, Boris Vian, Mouloudji et les Frères Jacques…

Juliette Greco est à elle seule le symbole des années mythiques de St Germain. Durant la guerre, sa mère, membre de la résistance, est arrêtée par la Gestapo. Juliette s’en sort en raison de son jeune âge. Libérée, elle se retrouve seule et démunie dans un Paris désolé, où elle ne connaît encore personne. Elle habite l'hôtel et vit de petits boulots. Mais l’époque et le lieu lui permettent de rencontrer artistes et intellectuels qui l'accueillent dans leur cercle. Tous remarquent cette jeune femme au tempérament révolté, grave et insolente. En 1949, elle se lance dans la chanson. De nombreux écrivains lui écrivent des textes. Raymond Queneau ("Si tu t'imagines"), Jules Laforgue ("L'Eternel féminin"), Jacques Prévert ("Les feuilles mortes"). En 1951, son 1er disque, "Je suis comme je suis", est un succès. Peu après, une tournée française la lance définitivement auprès du grand public. La consécration a lieu à l'Olympia en 1954. Dans les années 60, elle fera une rencontre déterminante pour sa carrière, celle de Serge Gainsbourg, qui lui écrit une dizaine de titres dont la célébrissime " Javanaise"

J'avoue, j'en ai bavé pas vous
Mon amour
Avant d'avoir eu vent de vous
Mon amour

Ne vous déplaise
En dansant la Javanaise
Nous nous aimions
Le temps d'une chanson

A votre avis qu'avons-nous vu
De l'amour
De vous à moi vous m'avez eu
Mon amour

Ne vous déplaise
En dansant la Javanaise
Nous nous aimions
Le temps d'une chanson)
C’est sur ces notes de musique qui ont aussi fait St Germain, que s’achève notre découverte du quartier.


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