Le palais Goltz-Kinski

Stare mesto : de la place de la vieille-ville a la tour poudriere

Le palais Goltz-Kinski

Continuons notre passage en revue des façades et abordons le regroupement d’édifices le plus important de cette place. C'est-à-dire la section qui se trouve à notre droite lorsque nous faisons face à l’immeuble du ministère du commerce avec son pompier chevaleresque.
Là encore, ces édifices sont faciles à reconnaître, car ils sont dominés par les 2 beaux clochers de l’église Notre-Dame-du-Tyl. Pour avoir une meilleure vue d’ensemble, lorsque le beffroi est dans notre dos, placez-vous juste à droite du monument consacré à Jean Hus.

Le premier édifice en partant de la gauche est un palais baroque. C’est aussi le seul édifice qui empiète sur la place, tous les autres sont à peu près alignés.
Il s’agit du Palais Goltz-Kinski, conçu pour le comte Johann Ernst von der Glotz par Dientzenhofer, encore lui mais, achevé par Anselmo Lurago en 1765. Regardez, la façade est divisée en 5 parties soulignées par deux frontons portés par des pilastres monumentaux. Alors, pourquoi couper cette façade en 5? Et bien, cela a l’avantage de créer un rythme assez proche de celui des autres maisons de la place. Elle est décorée de stucs et il y a aussi des statues de Platzer pour couronner l’ensemble. Regardons le fronton de droite : on y voit une représentation du Centaure Nessus en train d’enlever la nymphe Déjanire, et sur celui de Gauche, l’Enlèvement d’Europe par Zeus. Deux thèmes aux accents héroïques et sensuels, mais dont le but est moins de souligner la virilité du maître des lieux que d’attirer l’attention du passant sur son palais.
Plus tard, le palais fut transformé en immeuble. Et notons que c’est là, au rez-de-chaussée, à l’endroit où se trouve aujourd’hui une librairie, que le père de Frantz Kafka avait installé sa boutique. Et à l’étage, il y avait aussi un collège allemand fréquenté notamment par Rilke, Max Brod, les auteurs principaux avec Kafka de la littérature allemande Pragoise. Car il faut savoir qu’au début du 20e siècle, la société pragoise était partagée entre les Tchèques et les Allemands, deux cultures, deux modes de vie. On ne se mélangeait guère, les Allemands incarnaient plutôt la bourgeoisie industrieuse du pays. Ils détenaient depuis longtemps les richesses. De l’autre côté, il y avait les Tchèques avec leurs revendications nationales qui s’exprimaient surtout par le biais de la culture : la littérature, la peinture, la musique, la sculpture, ce dont rend compte le monument de Jean Hus mais aussi l’architecture.
Mais pour finir avec le Palais Glotz-Kinski, il faut rappeler que c’est ici que le 25 février 1948, Klement Gottwald, le dirigeant du parti communiste tchèque annonça le « Coup de Prague », c’est-à-dire la prise du pouvoir par les communistes.
Et très logiquement, c’est encore au balcon de ce palais Glotz-Kinski que, 42 ans plus tard, Vaclav Havel annonçait au monde que la démocratie était rétablie : c’était le 25 février 1990.


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