Le Carolinum

Stare mesto : de la place de la vieille-ville a la tour poudriere

Le Carolinum

Nous allons poursuivre notre promenade en allant voir deux symboles de la culture pragoise, le Carolinum, c’est-à-dire l’Université Charles et le Théâtre Tyl, où Mozart créa Don Giovanni en 1787. Ces deux édifices se trouvent toujours dans la Vieille-Ville, dans un quartier plutôt baroque, mais où se glissent de temps à autre des architectures avant-gardistes.
Et tout d’abord, allons vers le Carolinum.
Pour cela, nous allons prendre la rue Zelezna. Lorsqu’on fait face à la façade des maisons vues précédemment, la rue zelezna est la première rue sur notre droite. Alors attention, ne confondez pas cette rue zelezna qui s’écrit avec un « z » avec la rue celetna qui s’écrit avec un « c ».

Prenons cette rue Zelezna, faut-il encore le rappeler sur environ 100 mètres en restant sur le trottoir de gauche et en longeant les magasins de cristal de Bohême et de souvenirs. Ensuite, laissons sur notre gauche une petite ruelle, c’est la ruelle Kamzikova. Et l’université commencera à l’angle de cette dernière.

Nous voici juste à l’angle de la ruelle Kamzikova et de la rue Zelezna. Passons devant la façade de l’université et continuons jusqu’à la prochaine rue, la rue Havelska.

Et voilà, nous sommes à l’angle de la rue Zelezna et de la rue Havelskja.
Faisons un rapide tour d’horizon : la Place de la Vieille-Ville est au bout de la rue, sur notre gauche. Juste en face de nous, c’est l’université de Prague. A sa droite, de l’autre côté de la rue Havelska, le fameux théâtre du Tyl ou encore “Théâtre de Mozart”, imposant avec sa façade verte et crème.
Commençons par parler du Carolinum, c'est-à-dire de l’université de Prague.

A priori, on peut s’interroger sur la valeur de cet édifice ? Regardons la façade, l’architecture n’a pas grand intérêt, elle est plutôt banale. Mais vous l’aurez compris, c’est moins l’architecture qui est importante ici que l’histoire de l’institution qu’abrite encore aujourd’hui cet immeuble : l’Université Charles, autrement dit le Carolinum. Elle fut fondée en 1347. Certes après celles de Paris, et de Bologne, mais avant celle de Vienne. Du coup, c’est la plus vieille université d’Europe centrale. C’est intéressant de le noter, car Vienne ne deviendra la capitale de l’Empire qu’à partir du 16e siècle aux dépens de Prague. Mais au 14e siècle, la capitale de l’Empire, c’est bien Prague. Comme nous l’avons déjà vu, l’empereur Charles 4 voulait une ville à la mesure de ses ambitions. Il lui fallait donc une université. A l’époque, celui qui était à même de donner la permission de fonder une université, c’était le pape. Depuis déjà longtemps, l’enseignement était entre les mains des clercs et tout était très codifié. Par exemple, la théologie et le droit étaient des matières importantes pour ne pas dire explosives, il ne fallait pas en laisser le magistère à n’importe qui ! D’ailleurs, la plupart des controverses religieuses ne sont-elles pas nées dans les universités ! Fonder une université avait donc quelque chose de prestigieux, mais c’était aussi un acte politique. Sans doute que pour le pape de l’époque, Clément 6, l’empereur Charles 4 était un seigneur rassurant. Il l’avait d’ailleurs connu enfant et avait même été son précepteur à Paris, et leurs visions du monde coïncidaient.
L’autorisation fut donc donnée et l’université de Prague fut créée. D’abord, l’enseignement fut dispersé dans différents endroits de la ville, essentiellement des monastères, avant d’être regroupés à l’endroit où nous nous trouvons grâce à un financier qui fit don de sa demeure à l’institution. Le seul témoignage de cette période est un oriel, une sorte de petite tour accolée à la façade d’une demeure.
Elle se trouve juste sur le mur du Carolinum donnant dans la rue Havelska. Pour y aller, avançons de quelques pas et tournons tout de suite sur votre gauche dans la rue Havelska.

Regardez juste en face du Théâtre du Tyl, le long du mur de l’université, il y a cette petite tour comme greffée sur le mur de la façade, c’est l’oriel de l’ancienne chapelle gothique du Carolinum. Elle nous rappelle celle de l’Hôtel de Ville, toujours percée de longues fenêtres doubles et décorée de pinacles très sculptés. Mais cette fois les statues ont disparu.

Passée sa fondation, l’université est devenue rapidement prestigieuse et puissante. Prague était une ville de pouvoir et de culture, et de grands lettrés fréquentèrent le Carolinum. C’est aussi là que Jean Hus prendra ses quartiers. En 1409, il deviendra même le recteur de la noble institution et y développera sérieusement ses thèses réformatrices lors de ses cours de théologie. Bientôt, la rupture sera consommée et Hus finira sur un bûcher. L’université deviendra alors un bastion hussite conservateur. Elle le restera durant tout le 15e siècle et au 16e siècle, elle commencera à entretenir des rapports avec le protestantisme. C’est comme toujours le 17e siècle qui redistribuera les cartes. La défaite des protestants de Bohême sonnera par la même le déclin de l’Unité des Frères, le nom qu’avaient pris les Hussites- et de leur centre spirituel, le Carolinum. Puis, ici, comme ailleurs, les jésuites reprirent les choses en main. Les études de théologie leur incombèrent pendant que la médecine revint à l’Etat. Les nouvelles élites catholiques étaient désormais formées au Clementinum, c'est-à-dire chez les Jésuites. Cela dit, l’université restera toujours un haut lieu de l’identité tchèque et ses enseignants contribueront à la renaissance des lettres tchèques au 19e siècle.
Aujourd’hui, pour les Pragois, l’Université Charles raisonne comme la Sorbonne pour les Parisiens. Mais les enseignements ont été délocalisés autour de la ville. Reste ce bâtiment réservé au rectorat et aux grandes cérémonies officielles.


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