Le Théâtre Tyl

Stare mesto : de la place de la vieille-ville a la tour poudriere

Le Théâtre Tyl

Avançons maintenant de quelques pas, traversons la rue Havelska et plaçons-nous juste dans l’axe de la façade du Théâtre du Tyl, le fameux “théâtre de Mozart”.

Nous voici maintenant juste en face de la façade du Théâtre et le Carolinum est maintenant sur notre gauche. Si vous lisez ou entendez : Théâtre Nostic, Théâtre des Etats, Théâtre du Tyl, ou Théâtre de Mozart et bien sachez que l’on parle toujours du même endroit, c'est-à-dire de l’un des premiers théâtres à avoir été construit en Europe centrale.

C’est en 1781 que les travaux du Théâtre Nostic furent décidés, soit trois ans à peine après l’inauguration de la Scala de Milan. Jusqu’à cette date, Prague ne possédait aucune salle de spectacle. Et pourtant, la musique, comme le théâtre, était très appréciée des Praguois. Mais, lorsque l’on voulait voir une pièce de Goldoni ou de Beaumarchais par exemple, et bien il fallait louer une salle sur le Marché aux Chevaux l’actuelle Place Venceslas dans la Nouvelle Ville ou improviser dans un palais de Mala Strana. C’est pour surmonter cette difficulté que le comte Nostic-Rienek, un des grands du royaume entreprit, à ses frais, la construction de ce théâtre. Son ambition était louable : il voulait faire de Prague une des plus grandes scènes artistiques d’Europe, et peut-être surpasser Vienne, l’éternelle rivale... Le comte Nostic n’était pas n’importe quel mécène. D'abord, c’était un patriote, un de plus. C’était aussi un franc-maçon. Et pour terminer, il occupait la charge de grand Burgrave de Bohême, c’est à dire de premier personnage de l’Etat après l’empereur ! Quel cocktail. Toutefois, bien qu’argentées, les dépenses trop somptuaires du comte l’obligèrent à céder son théâtre aux Etats de Bohême en 1799. On parla désormais de Théâtre des États. C’est bien plus tard qu’il changera encore de nom. En 1945, il sera rebaptisé cette fois du nom de Josef Tyl, un auteur dramatique très populaire au 19e siècle et auteur de l’hymne national tchèque intitulé “Où est ma patrie ?”. Depuis 1990, le théâtre est redevenu à nouveau le “Théâtre des Etats”.
Mais laissons ces péripéties, car pour la plupart des Praguois, ce théâtre là, n’est ce pas, est à jamais : le “Théâtre de Mozart” !
Et pour cause, c’est ici que fut créé en 1787 le “Don Giovanni” de Wolfgang Amadeus Mozart. Dire que Mozart appréciait la ville est un euphémisme. Alors que Vienne avait boudé son “Mariage de Figaro” quelques mois plus tôt, Prague s’était au contraire enthousiasmé. Alors qu’à Vienne les mécènes se faisaient rares et les amis aussi, à Prague, Mozart pouvait compter sur l’aide de grands aristocrates comme les comtes de Thun ou Nostic, et sur des amis comme le couple des Dusek, un violoniste et une soprane.
Et donc, lorsque Mozart revient à l’automne 1787 à Prague, c’est pour honorer une nouvelle commande : l’écriture d’un nouvel opéra. Ce sera “Don Giovanni”. Et ce sera un nouveau succès, un triomphe même. L’artiste aurait alors déclaré “mes Pragois me comprennent”. Mais les Viennois, eux, toujours pas, car quelques semaines après, “Don Giovanni” essuiera un nouvel échec à Vienne. Une dernière oeuvre sera écrite par Mozart pour le compte des Etats de Bohême en 1791: “La Clémence de Titus”. Elle devait être jouée à l’occasion du couronnement de Joseph 2 comme roi de Bohême à Prague. Mais elle non plus ne plaira pas, à croire que Mozart n’était plus à la mode !
Quelques années plus tard, en décembre 1791, Mozart s’éteindra, épuisé, à l’âge de 35 ans. « Ses Pragois » lui rendront un dernier hommage, cette fois posthume, dans l’église Saint-Nicolas-de-Mala-Strana, à peine quelques jours après sa mort : la création de son Requiem, laissé inachevé !
Aujourd’hui, chaque été, dans ce théâtre, un festival consacré à Mozart est organisé. Dernier hommage éternel lui aussi de Prague au grand compositeur.


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