L’Architecture du Théâtre Tyl

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L’Architecture du Théâtre Tyl

Et maintenant, nous allons vous parler de l’architecture de ce théâtre. C’est donc à la fin du 18e siècle, entre 1781 et 1783 que le comte Nostic confia à l’architecte Antoine Haffenecker la réalisation de ce théâtre. Son style est singulier, car il reflète les changements qui affectèrent l’architecture européenne de la fin du 18e siècle. Souvenez-vous, pendant la première moitié de ce siècle, le baroque s’était imposé sans concession. Mais la période qui suit se caractérise par l’arrivée de tendances qui préfèrent la simplicité à l’exubérance. Et c’est vrai tant au niveau du plan que de la décoration des édifices. Cette tendance l’emportera définitivement à la toute fin du 18e siècle, donnant naissance au style néo-classique attaché à l’idée de “noble simplicité”. Il est pétri de références antiques. Ce sera l’acte de mise à mort du baroque et son ravalement au rang de caprice, voire de curiosité.
Mais au Théâtre Nostic, on n’en est pas encore tout à fait là. Car avant la défaite finale, “baroque et classicisme” vont cohabiter, s’opposer, et finalement s’amalgamer de façon assez étrange. La Bohême en témoigne, le théâtre Nostic aussi. Mais comment ?

Et bien pour le savoir, regardons le théâtre. Ce que nous remarquons immédiatement, c’est l’importance donnée aux volumes et en particulier, c’est cet avant-corps très saillant qui déborde largement sur la rue. Rien que cela, ce contraste entre l’avant-corps et le reste à un petit air de baroque.
Ensuite, ce qui saute aux yeux, c’est ensuite la façade du théâtre. Regardons comment sont composés ces trois niveaux. Alors, d’abord, il y a un soubassement, assez haut et traité avec un bossage régulier. Puis il y a deux autres niveaux reliés entre eux par des colonnes géminées, c'est-à-dire groupées par deux. Elles sont couronnées par des chapiteaux corinthiens, c'est-à-dire avec des décorations faites de petites feuilles d’acanthe. Ces colonnes monumentales couvrent deux étages supportent un puissant entablement sur lequel on peut lire “Patriae et Musis”, soit la “Patrie et les Arts”. Cet entablement est lui-même couronné par un tympan aplati au centre duquel se trouve un blason décoré d’un lion, le symbole de la Bohême.
Donc là, quand même, reconnaissons qu’on est loin des formules fantasques auxquelles le baroque pragois nous avait habitué, loin aussi de cet “éclat de rire” qu’évoquait Paul Claudel pour le qualifier le baroque pragois. Non, la rigidité a pris le pouvoir : sens de l’ordonnance, lecture claire, absence de moulures, pas de statues. Un véritable rappel à l’ordre !

Pourtant, il ne faut pas non plus exagérer. Car c’est justement au milieu de toutes ces limites, que l’on peut remarquer que le baroque n’a pas encore été totalement soldé. On s’en réjouit !
Regardons à nouveau cette façade. Alors oui, certes- elle est massive, mais elle aurait pu l’être bien davantage. Regardez les murs latéraux de l’avant-corps. Ils sont incurvés, ils dessinent une courbe, légère, très douce qui permet de rattacher cet avant-corps au reste de l’édifice. Une solution toute baroque non ? Et qui a le mérite de nuancer la valeur des volumes, d’adoucir aussi l’ordre colossal qui traverse les deux niveaux supérieurs de la façade... Au bout du compte, la façade du théâtre est inclassable, c’est peut-être aussi pour cela qu’elle nous charme autant. Une alliance subtile des contraires. Le rappel que l’imprévu et le fantasque peuvent ressurgir dans l’ordre et l’ordonné. En tout cas, un beau message pour un lieu de spectacle.


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