Historique du Pont Charles

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Historique du Pont Charles

Toutefois avant d'entamer cette traversée du pont Charles, il faut évoquer un peu l'histoire de cet ouvrage d’exception. Alors, pour en savoir plus, mettons-nous au niveau de la première arche du pont, où se trouve aussi la première statue, le long du parapet de droite.

Cette statue est celle de saint Venceslas, le saint patron de la Bohême. C'est la première statue que nous voyons de ce pont qui en compte une quinzaine par côté, soit 30 en tout. C'est une oeuvre en grès, ce grès sombre propre à Prague. Elle date du milieu du 19e siècle. Le saint est debout en prière, l'étendard de la Bohême planté à sa gauche. Du point de vue du style, la statue est assez ordinaire, et Venceslas est comme figé dans une pose conventionnelle et ennuyeuse. Là, précisons que l'appellation de « pont Charles », « Karlov most » en tchèque, ne date que de 1870, auparavant on parlait simplement du « pont de pierre ». Et que sur ce pont, on a tout fait, du commerce donc, mais encore des manifestations, des contre-manifestations, la guerre, des exécutions et des tournois de chevalerie ! Et depuis fort longtemps !
On peut faire remonter cette « saga » du pont de Prague au 10e siècle. A cette époque, la ville commençait à grandir sur les deux rives de la Vltava : un premier pont fut alors construit. On devrait plutôt parler d'une belle et longue passerelle en bois, mais trop fragile pour résister aux crues du fleuve qui inondait régulièrement la ville. En 1170, un second ouvrage, en pierre cette fois, fut donc construit. Le roi était alors Vratislav Premier, et le pont fut baptisé du nom de la reine : Judith. Le pont Judith était un bel ouvrage, mais en 1342 - il fut à son tour emporté par les eaux de la Vltava. Tout était à refaire !
C'est à l'empereur Charles 4 que revint la lourde tâche de relever ce défi. Un pari à la mesure des ambitions d'un homme qui venait de faire de Prague la capitale du Saint Empire Germanique. Un projet qui s'inscrivait aussi dans une politique très ambitieuse d'embellissement de la ville et dont la cathédrale Saint-Guy reste le symbole. D'ailleurs, c'est à l'architecte de la Cathédrale que fut confiée la réalisation du nouveau pont : Peter Parler. Les travaux débutèrent en 1357, et la dernière pierre fut posée en 1402. Quarante cinq années d'effort, Charles 4 et Peter Parler ne virent jamais leur pont achevé !
Pour asseoir solidement le pont, l'architecte appuya les six premières arches sur les fondations de l'ancien pont Judith et sur l'îlot de Kampa. Ce choix eut une conséquence que l'on peut déjà remarquer d'ici, il n'est pas rectiligne. Vous remarquez, que le pont tourne légèrement vers la gauche au début de son parcours, avant de s'élancer vers la rive droite.
Peter Parler préféra aussi utiliser comme matériau le grès plutôt que la marne -un calcaire jugé trop fragile. Et la petite histoire ajoute que des oeufs, des fromages et du jonc broyé furent ajoutés au mortier pour le rendre plus solide. Finalement, toutes ces précautions furent payantes, puisque ce pont composé de 16 arches et long de 516 mètres -un tour de force pour le 14e siècle a traversé plus de 600 ans d'histoire sans trop de soucis.

Et maintenant, parlons de ces groupes de statues qui se succèdent et donnent au pont cette silhouette reconnaissable entre 1000. Ces statues sont le plus souvent gesticulantes, passionnées, excessives. Pourtant, elles n'ont pas toujours été là. La première a été posée en 1683 et la dernière seulement en 1938, quelques mois avant la disparition de la Première République de Tchécoslovaquie sous les coups des nazis.
On peut s'interroger sur les motivations d'un tel programme à cet endroit. Certains ont évoqué les anges du Pont Saint-Ange à Rome réalisés par le Bernin au 17e siècle - comme possible source d'inspiration. Pourquoi pas ?
Après tout, déjà sous Charles 4, les artistes italiens avaient droit de cité à Prague, et plus tard beaucoup d'artistes baroques actifs en Bohême seront formés à Rome. Mais les intentions artistiques ne doivent pas nous faire oublier les intentions politiques. Après tout l'art pour l'art est une notion très moderne...
Si donc, le pont Charles se peuple de statues au début du 18e siècle, c'est aussi pour servir la propagande catholique toujours la même histoire et réaffirmer le triomphe de la Contre-Réforme sur la terre de Bohême. Car n’oublions pas que la Bohême fut protestante à 90% au début du 17e siècle. Dès lors, elle fut considérée comme terre de mission par la papauté. Alors d'accord, le pont Charles ne fut pas le seul théâtre du genre, en vérité toute la ville était devenue une sorte de fabuleux théâtre d'ombres : places, façades, corniches tout le monde avait sa statue, un vrai magasin de saints ! La demande était importante, l’offre aussi. Les historiens estiment qu'à cette époque, il y avait plus de 20 ateliers de sculptures à Prague. Certains très ordinaires, et d'autres dirigés par des maîtres comme Braun et Brokoff- peu connus dans le reste de l'Europe, mais dignes de figurer parmi les grands artistes de la sculpture baroque! En tout cas, tous ont participé à la décoration du pont.
Mais au fait, qui étaient ceux qui commandèrent toutes ces statues ? On peut dire qu’ils venaient d'horizons différents, parfois mêmes ils s'opposaient, se jalousaient, mais tous gravitaient autour du pouvoir : ordres religieux, corporations, aristocrates et grands bourgeois, voilà qui étaient ces commanditaires soucieux de laisser leur marque sur le pont Charles.


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