L’ordre des Trinitaires

Stare mesto : du pont charles a la place namesti

L’ordre des Trinitaires

Nous pouvons maintenant entamer notre traversée. A différentes reprises, nous nous arrêterons devant quelques-uns des groupes de statues les plus importants et qui font du pont Charles un pont pas tout à fait comme les autres. Le premier groupe que nous avons choisi est consacré à l'Ordre des Trinitaires. Pour y aller, continuons à avancer sur le pont, toujours le long du parapet droit et arrêtons-nous au niveau de la prochaine arche une dizaine de mètres plus loin.

Voilà donc ce premier groupe, massif, imposant et quelque peu inquiétant, sans doute à cause de la couleur de la pierre. Il est consacré à l'Ordre des Trinitaires. Nous allons parler de cet ordre et bien sûr et surtout de ce beau groupe de statues.

Cet ordre des Trinitaires fut fondé au 12e siècle par saint Felix de Valois, un ermite originaire de Seine-et-Marne et par Jean de Matha un provençal débordant de piété. Les Trinitaires, car ils vouaient un culte à la Sainte-Trinité, s'était donné pour mission de venir en aide aux chrétiens prisonniers des musulmans. C'était l'époque des Croisades, du Jihad -la Guerre Sainte et pour la seule ville de Grenade, on parlait de plus de 30 000 esclaves chrétiens. L'ordre des Trinitaires connut donc un essor important que l'évolution des rapports entre l'Orient et l'Occident n'allait pas contrarier. Au 16e siècle, ce sont les Turcs qui menacent l'Empire des Habsbourg. En 1527, ils campent outrageusement sous les murs de Vienne et il s'en faut de peu que Soliman le Magnifique ne s'invite à la table du Saint Empereur Germanique! On oublie que c'est seulement au début du 20e siècle que les Ottomans quitteront totalement l'Europe via l’Albanie. Bref, autant dire que durant toutes ces années les Trinitaires furent à la tâche et puissants. Parmi les rachats bien inspirés, notons - en 1581- celui de Cervantès, l'auteur de Don Quichotte. Et parmi les legs artistiques des Trinitaires, signalons encore -à Rome, la très belle église baroque de Saint-André-aux-Quatre-Fontaines, réalisée par Borromini au début du 17e siècle.

Mais venons en maintenant à notre groupe sculpté. Regardons le bien : il se présente comme une sorte de rocher en grès dominé par les deux fondateurs de l'Ordre des Trinitaires. On voit Saint Jean de Matha, d'abord, accompagné d'un cerf, et à côté, il y a saint Félix de Valois. En dessous, dans la partie médiane, vous remarquez un autre personnage, il s'agit d'Ivan, l'un des saints importants du monde slave, avec à ses pieds deux captifs chrétiens enchaînés. Dans la partie inférieure du groupe a été creusé un cachot. Et au fond, on voit trois catholiques désespérés qui se tortillent comme des serpents en implorant de l'aide. Regardez à gauche, appuyé sur le rocher, un gros janissaire -un soldat turc- moustachu et enturbanné, veille au grain. De l'autre côté de la prison, un chien, en équilibre sur une margelle est prêt à venir flairer les passants trop curieux. L'artiste qui a réalisé cette oeuvre en 1714 est Ferdinand Maximilien Brokoff, un des grands artistes de la scène pragoise du 18e siècle. Retenons son nom. Baroque, Brokoff l'est : il a suivi l'enseignement de Fischer von Erlach, le pape du baroque viennois. Il sait insuffler le pathétique, l'émotion à ses statues en jouant toujours sur le mouvement flottant de drapés recouvrant des personnages très solides. C'est aussi le cas ici où le contraste est saisissant entre, d'une part la tension qui anime les saints et les captifs, et d'autre part la décontraction révoltante de ce Turc ramolli. Regardez, on voit son gros ventre, d’homme bien nourri alors que les autres acteurs, les prisonniers en particulier, sont amaigris à force de sacrifices. Bref, cette scène est très réussie : chaque personnage est bien campé dans son rôle et l’ensemble est très lisible.


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