La statue de Sainte Lutgarde

Stare mesto : du pont charles a la place namesti

La statue de Sainte Lutgarde

Continuons notre découverte du pont et de cet étrange musée de la sculpture, en faisant l'impasse sur la prochaine statue de droite, consacrée à saint Adalbert, premier évêque de Prague, pour rejoindre au plus vite la statue suivante, la plus belle de toutes : c’est sainte Lutgarde.

Le groupe de «Sainte Lutgarde sous la Croix» est considéré comme l'une des plus belles statues ornant le pont. Elle fut réalisée en 1710, par Mathias Bernhard Braun, une autre très grande figure de l'histoire de l'art tchèque. Cette fois, c’est une commande de l'ordre des Cisterciens soucieux de riposter à des Jésuites tirant un peu trop les draps à eux en matière de propagation de la foi.

Revenons à cette statue de Ste Lutgarde. L'œuvre est en fait une copie de l'original déposé au Musée National de Prague. D'ailleurs, sachez qu'une grande partie des statues du pont sont des copies certes, mais de très bonnes copies !
Le thème représenté est la vision mystique qu'eut sainte Lutgarde, une religieuse cistercienne ayant vécu au 13e siècle. Alors qu'elle était en prière, Lutgarde eut la vision du Christ descendant de la Croix pour lui faire baiser ses plaies. À partir de cette histoire, très connue au 18e siècle, Braun, le sculpteur, a réalisé une oeuvre puissante et inégalée. Comme vous le voyez, la religieuse est représentée de dos, debout devant la Croix, les jambes fléchies par l'émotion. Elle semble alanguie et fiévreuse, mais prête à recevoir le corps du Christ dans ses bras. Le Christ, dont la main gauche est clouée sur la Croix, se penche douloureusement vers la sainte et pose sa main droite sur l'épaule de la jeune femme. Seuls spectateurs de cette scène quasi sensuelle- des angelots qui surgissent de derrière la Croix en flottant sur des nuées. C'est une oeuvre majeure de Braun. Tout y est maîtrisé, la composition, la technique, l’émotion.
Pour la composition, le sculpteur a choisi l'asymétrie afin d'accentuer la dimension dramatique de la scène. Regardez: de la position de la sainte au geste du Christ, l'équilibre est nié : on sent bien que nous sommes au milieu d’un mouvement qui est en cours. Et on voit que ce mouvement se fait autour des deux visages du christ et de la sainte qui semblent s’attirer : Le christ est en train de tomber, et d’être rattrapé par la Sainte.
D’un point de vue technique, Braun agit en sculpteur, c'est-à-dire qu'il évacue tous les effets décoratifs et précieux. Voyez comme il accentue le modelé, et creuse profondément les plis du vêtement de la sainte. Suivez des yeux les manches amples et ondulées de l'habit de Lutgarde, regardez comme elles tombent lourdement vers le sol. Observez aussi combien l'opposition entre le corps de la sainte emmurée dans un vêtement épais s'oppose à la beauté plastique du torse nu et athlétique du Christ. Braun est un instinctif, sa sculpture est brutale, presque païenne, mais en phase avec le récit de la vie de Lutgarde faite d'extases, de lévitations, de saignements du front, d'irrationnel lorsqu'elle revivait la Passion du Christ. Pas de doute, c'est bien la plus belle oeuvre du pont Charles.


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