La statue de Saint Jean Nepomucène

Stare mesto : du pont charles a la place namesti

La statue de Saint Jean Nepomucène

Passons maintenant juste en face, de l’autre côté du pont, où un autre héros catholique nous attend : c‘est saint Jean Népomucène. Une partie de la statue est dorée. Un cas très intéressant.

Sa statue est importante, sans doute moins pour sa valeur artistique que pour sa valeur symbolique. C'est la première statue d'un saint à avoir été installée sur le pont. Elle le fut en 1683 pour commémorer le tricentenaire de son martyre. Mais qui était ce Népomucène totalement absent de nos églises de France ?

La tradition rapporte qu'il aurait vécu à la fin du 14e siècle sous le règne de Venceslas 4, fils et successeur malheureux de Charles 4. Malheureux, car c'est durant son règne que l'autorité du pouvoir royal sera littéralement sapée par l'aristocratie et la bourgeoisie pragoises. C'est aussi sous son règne que débuteront les grandes querelles religieuses qui conduiront aux jacqueries, les révoltes paysannes et au bout du compte à une guerre civile qui durera près de 50 ans. Bref, un roi mal-aimé pour un règne calamiteux comme le montre aussi l’histoire de saint Jean Népomucène. On raconte donc que Jean Népomucène était chanoine et doyen de la Cathédrale de Prague, mais aussi le confesseur de la reine. Pour avoir refusé de révéler au roi Venceslas 4 les confidences que lui avait abandonnées la reine dans le confessionnal, il aurait été torturé, puis tué et son corps jeté dans le fleuve depuis l'endroit où vous vous trouvez.
La nuit venue, des passants auraient remarqué cinq étoiles, cinq petites lueurs irradiant les eaux du fleuve. Bref, un miracle.
Le corps fut repêché, la légende dorée de Jean Népomucène pouvait commencer. Bien sûr après sa mort, il est dit qu’il fit de nombreux miracles. Mais il y a un problème. Tout simplement que personne ne s'accorde sur l'existence réelle de ce saint. Mais ce qui est certain en revanche, c'est que l'église catholique trouva dans cette histoire matière à défendre l'un des sacrements dévalués par les protestants : la confession. Par ailleurs, avec Jean Népomucène, on avait sous la main un héros positif catholique et de surcroît tchèque. On pouvait l’opposer à Jean Hus, un réformateur tchèque du 15e siècle. Ce Jean Hus, très populaire, est considéré comme un des inspirateurs de Luther et du Protestantisme.
Nul n'est besoin d'insister sur le rôle joué par les Jésuites dans cette affaire autour de Népomucène. En tout cas, en 1683, le culte était déjà si bien ancré que Jean Népomucène eut le privilège d'être statufié sur les lieux de son martyre… 38 ans avant sa canonisation. Comme une traînée de poudre, l'image et le mythe du jeune chanoine envahirent fiévreusement les autels et les esprits de l'Empire, de Vienne à Cracovie, en passant par Budapest. Toute la panoplie fut utilisée : Poésies, églises, chapelles, tableaux, sculptures, prières, pèlerinages furent les garants de son triomphe posthume.
Un culte si populaire qu’il donna des ailes aux catholiques comme en témoigne l'histoire suivante : on rapporte que lors de l'ouverture de sa tombe, pour instruire le procès de canonisation, on y retrouva simplement sa langue ! Cette langue qui avait refusé de parler était toute sèche. Un clerc versa alors de l'eau dessus et elle s'anima comme à son premier jour ! Alors ? N’est-ce pas un cas intéressant ce Népomucène ?
Regardons maintenant cette statue qui est en bronze. Premier constat, on est loin de la puissance plastique de sainte Lutgarde. Le chanoine est représenté debout et son corps se déhanche gentiment. Il est vêtu d'une aube, porte sur sa tête une barrette à trois pointes, c’est la toque des ecclésiastiques- et tient entre ses doigts une palme dorée : c’est l'attribut des martyrs, et un lourd Crucifix. Une auréole à cinq étoiles toujours dorées lui ceint la tête. Ce sont ces cinq étoiles qui brillaient dans le fleuve juste avant la découverte de son corps. Sur le piédestal de la statue, deux reliefs évoquent des épisodes de sa vie. Sur celui de gauche, on voit au premier plan un soldat orgueilleux accompagné d'un chien, et au second le saint en train de confesser la reine. Une partie de ce relief est dorée, patiné par les baisers de remerciement que venaient y déposer autrefois les fidèles. Mais cette patine est toujours entretenue aujourd'hui par la caresse des processions de touristes. Si l'on prend en considération que Prague reçoit environ 7 millions de touristes par an et que la plupart de ceux-ci traversent au moins une fois le pont, on peut dire que jamais auparavant saint Jean Népomucène n'a eu autant de succès...


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