L’église Saint-François-des-Croisiers-à-l'Etoile-Rouge

Stare mesto : du pont charles a la place namesti

L’église Saint-François-des-Croisiers-à-l'Etoile-Rouge

Continuons notre visite et faisons maintenant un demi-tour sur place. La tour est désormais dans notre dos et l'église du Saint-Sauveur juste en face de nous. Maintenant, faisons quelques pas sur notre gauche et plaçons-nous dans l'axe de l'église Saint-François-des-Croisiers-à-l'Etoile-Rouge. Cette église est importante, elle a d'ailleurs donné son nom à la place. Mais qui sont ces nouveaux «Croisiers» ?

Nous allons y répondre et découvrir cette église, mais revenons d’abord à ces Chevaliers de la Croix, le seul ordre religieux fondé à Prague, c'était en 1237. D'abord dévoué à des tâches hospitalières, l'ordre devint par la suite militaire. Il connut une grande expansion à partir du 15e siècle multipliant ses fondations en France, Belgique, Allemagne et bien sûr en Europe centrale. Comme tous les ordres religieux, il participa activement à la campagne de recatholicisation de la Bohême après 1620. Dans les années 1680, ils décidèrent de moderniser leur église et surtout de la couronner par une grosse coupole fixant à jamais l’image de la rive droite de Prague. Vous avez bien vu tout à l'heure, depuis le pont, combien cette coupole est visible de loin et borne le quartier de la Vieille-Ville.
Approchons-nous de la façade de l'église.

Dès le premier coup d'oeil, ce qui surprend dans cette église, c'est l'importance donnée justement à cette coupole au point presque d’en faire oublier le reste. La façade par exemple.
Alors regardons ensemble cette façade principale. Comme dans les églises romaines, l'espace est structuré par quatre grands pilastres, sorte de colonne aplatie, qui divisent latéralement la façade en trois parties. Ces pilastres sont par ailleurs dits « monumentaux », c'est-à-dire qu'ils relient d'une seule volée les deux niveaux de la façade. Le décor est sobre, de simples fenêtres au premier niveau, et trois niches au registre supérieur, chacune abritant une statue de saint. Dans la niche centrale, on reconnaît saint François d'Assise, le patron de l'église.
Globalement, on peut dire que le traitement de cette façade est sobre et que l’architecte a préféré insister plutôt sur la lisibilité que sur l'effet décoratif. Les solutions exubérantes qui, bientôt, identifieront le baroque pragois ne sont pas encore de mise.
Ceci étant dit, Jean-Baptiste Mathey, l'architecte, sait aussi ménager ses effets.

Regardons à nouveau cette façade. Elle nous semble élancée, mais aussi fragile. Cette impression renvoie certes au traitement raffiné de la façade, mais aussi à la disparition pure et simple des angles de cette façade. Regardez, ils comme été rabattus sur ses côtés, à droite et à gauche, comme des ailes sur les flancs d'un oiseau. Cette réduction de la largeur de la façade à une conséquence optique, elle accentue la sensation de verticalité tout en renforçant l'aspect compact de l'église. Une fois de plus, les modèles sont romains. On pense tout de suite à Borromini en particulier, lequel, à l’église Saint-André-des-Quatre-Fontaine –à Rome-, rabat aussi les angles de la façade pour davantage hisser son église vers le ciel. Un modèle qui devait être familier à Jean-Baptiste Mathey qui suivit toute sa formation à Rome.
Sensation de verticalité, aspect compact de la façade, tout est en place pour faire surgir la coupole de l'église comme un diable d'une boîte : une coupole monumentale, libérée de toute pesanteur et comme guidée vers le ciel par des anges perchés sur la façade et exhibant les attributs de la Passion du Christ : la colonne de la flagellation, le voile de sainte Véronique, ou la Croix du Christ. Et c'est bien encore cette coupole qui a marqué les esprits au début du 18e siècle. Au point que l'un des objectifs des Jésuites, dit-on, fut de faire encore mieux que l’église des Chevaliers –de-la-Croix ! Ils y parviendront, c'est vrai, quelques décennies plus tard, mais de l'autre côté du pont à Mala Strana, en construisant la coupole de leur église Saint-Nicolas. Depuis, le dialogue entre la rive droite et la rive gauche passe autant par le pont Charles que par ces deux coupoles qui se regardent en chien de faïence.

Précisons qu'il est possible d'entrer dans l'église lors des concerts qui y sont organisés. C'est alors l'occasion d'admirer la fresque de la coupole représentant le « Jugement dernier », réalisée en 1723 par Venceslas Reiner, un artiste comparable à Brokof pour la peinture, c'est-à-dire puissant et expressif. Par exemple, le tour de force du peintre dans ce décor de la coupole, c'est le véritable amoncellement de corps tournoyant et comme aspiré par le vide. Encore un clin d’œil à Rome.


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