L’Eglise Saint-Sauveur

Stare mesto : du pont charles a la place namesti

L’Eglise Saint-Sauveur

Il nous reste à évoquer l'église du Saint-Sauveur. Alors, si le pont est derrière nous, l'église Saint-François sur notre gauche, alors l'église du Saint-Sauveur est en face de nous.
Cette église est déjà plus théâtrale et son message est plus expressif que celui de l’église des Chevaliers de la Croix.
Essayons de comprendre pourquoi en racontant son histoire et en la décryptant. L'histoire de cette église commence à la fin du 16e siècle dans le style de la Renaissance italienne. Un siècle plus tard, les Jésuites décident de faire de Prague leur quartier général pour toute l'Europe centrale et ils font l'acquisition de vastes terrains sur lesquels ils bâtissent, en quelques décennies, le plus vaste ensemble architectural de la ville après le Château de Prague : c’est le Clementinum.
On a parlé d'une forteresse imprenable, d'un Etat dans l'Etat, d'un bastion du conservatisme romain. Mais on oublie aussi que le Clementinum fut une université de haut niveau qui a formé la plus grande partie des élites de Prague durant plus de deux siècles ! Et aujourd'hui, c’est la Bibliothèque nationale de la République Tchèque.
Pour le moment retenons simplement que les Jésuites occupaient un vaste îlot au coeur de la Vieille-Ville, le Clementinum, et qu'il était possible d'y accéder depuis la place des Chevaliers-de-la-Croix par une porte située juste à gauche de la façade du Saint-Sauveur. Une porte qui est d'ailleurs toujours accessible.

Regardons maintenant l'église du Saint-Sauveur -c'est-à-dire du Christ-.
Première remarque, elle est très bien placée, juste dans l'axe de la tour du pont Charles. N’oublions pas que tout le monde qui passait d’une rive à l’autre était obligé de déboucher de cette tour et tombait face à l’église. Bref, un bel emplacement.
Seconde remarque, si l'on compare le Saint-Sauveur avec l'église de Saint-François, qui est à gauche de la place, le contraste est saisissant. Ici, vous pouvez déjà remarquer que les effets plastiques sont très marqués, que le contraste entre l'ombre et la lumière est très appuyé, et que la façade regorge de moulures, ou encore de statues nichées un peu partout. Bref, c’est un baroque bien plus démonstratif que nous voyons. L’architecte, un certain Caratti, insiste sur l'aspect théâtral de la façade. Ainsi, il décide d'accentuer la division en deux parties de cette façade : au rez-de-chaussée, il ajoute un portique percé de trois arches. Sur ce portique, il installe un balcon qu'il anime avec 6 statues, les 4 pères de l'Eglise d'Occident au centre et un saint évêque à chaque extrémité. La partie supérieure de la façade reçoit aussi son lot de statues, cette fois ce sont les 4 Evangélistes, accrochées le long des deux rampants -les parties qui montent- du pignon. Au sommet, c'est la silhouette sombre du Christ-Sauveur qui bénit le monde au-dessus d'un tympan où s'étalent en grosses lettres d'or les lettres I. H. S, monogramme du nom de Jésus, mais qui peut aussi se lire : Jesus Habemus Socium, c'est à dire : « Nous avons Jésus pour allié ». C’est le slogan de la Contre-Réforme !
En définitive, cette façade fait bien penser à un arc de triomphe, triomphe de la foi, triomphe aussi de la lumière sur l'obscurité, remarquez la différence de luminosité entre les deux étages, et au final de la vérité sur le mensonge. Tout un programme.


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