L’histoire de la ville

Une découverte de bruges

L’histoire de la ville

Reportons-nous par l’imaginaire au Haut Moyen Age, plus précisément au 9e siècle, c’est-à-dire au moment où le grand empire de Charlemagne commence à s’effriter, et où de terribles pillards font leur apparition dans nos contrées : les vikings. Car c’est à eux que Bruges doit son existence. Depuis la mer, située à une vingtaine de kilomètres d’ici, pénétrait un grand canal naturel, le zwinne. Et les drakkars l’ont emprunté, et se sont arrêtés à cet endroit, car après, le canal n’était plus navigable. Les grands guerriers blonds ont alors débarqué et installé un petit camp provisoire, auquel ils ont donné le nom de «Brougghia», ce qui signifie dans leur langue «débarcadère». À partir de là, tout va très vite. Le premier comte de Flandre, Baudouin-bras-de-fer, s’empresse alors de faire édifier à cet endroit une citadelle, afin d’éviter le retour des vikings et aussi afin de protéger la côte toute proche. Comme les temps sont assez troublés, des habitants vont vite venir s’installer à l’ombre de ce château, et ils gardent le nom de « Brougghia » pour la petite agglomération qui commence à se former. Avec le temps, brougghia devient Bruges.
Quand nous disions que tout va très vite, en voici la preuve. Imaginez. La citadelle est construite au milieu du 9ème siècle. Des habitants viennent s’y installer. Et en 875, les premières pièces de monnaie brugeoise sont déjà battues ! Puis dès le début du 10e siècle commence à s’élever une grande église, Saint-Donatien, qui deviendra plus tard la cathédrale de la ville ! Et pas n’importe quelle cathédrale ! car cette église, aujourd’hui disparue, a été construite sur le modèle prestigieux de la chapelle circulaire du palais d’Aix-la-Chapelle, l’ancien palais de Charlemagne ! Cela témoigne du prestige que la vile entendait avoir. Et vers 1200, a lieu la première grande foire commerciale internationale de la ville.
Eh oui. Car c’est là la grande force de Bruges : elle est particulièrement bien placée. Elle est à l’aboutissement du canal du Zwinne, qui lui donne un accès direct à la mer. Elle est la
première ville de Flandre rencontrée par les voyageurs venus du Nord, d’Angleterre et d’ailleurs. Rien d’étonnant donc à ce qu’elle devienne très vite la plus grande ville commerciale de Flandre. Elle attire des marchands de toute l’Europe, notamment les gens des villes allemandes de la Ligue hanséatique, une grande association commerciale. Beaucoup de grands commerçants et banquiers d’Europe y ont des filiales, notamment des Italiens. Car ils sont nombreux à Bruges à cette époque. Tous ces gens richissimes se donnent un cadre de vie fastueux, d’où la beauté encore présente de la ville. Cela culmine au 15e siècle, l’époque des fameux peintres dits « primitifs flamands », Vanne èïck, Mèmling, et bien d’autres. Vous pourrez d’ailleurs les découvrir dans les différents musées de la ville, que nous vous signalerons lors de notre parcours.

Cette époque de splendeur du 15e siècle coïncide aussi avec le gouvernement des Grands de Bourgogne. A l’époque, tous les Pays-Bas et la Belgique actuelle faisaient partie de ces États de Bourgogne. Nous dirions même qu’ils en étaient le joyau. Les Ducs, attirés par le prestige des villes flamandes, y séjournaient le plus fréquemment, augmentant encore l’éclat des lieux.
Mais voilà. Cela n’a malheureusement pas continué au-delà du 15e siècle, et la ville va peu à peu décliner. Pourquoi ? Il y a à cela plusieurs raisons, mais la principale est l’ensablement progressif du canal du Zwinne. Peu à peu, la ville perd son accès à la mer. A la fin du 15e siècle, de nombreux marchands commencent à déménager pour Anvers, qui deviendra au 16e siècle le nouveau grand port de Flandre, et donc attirera les richesses. Ainsi, si la grande culture flamande du 15e siècle se concentre à Bruges, la ville rayonnante du 16e siècle sera Anvers. Bruges tentera alors de vivre – ou plutôt de survivre – assez difficilement. Pendant quatre siècles, elle deviendra une ville morte, repliée sur elle-même. Elle ne sera pas touchée par la révolution industrielle de la fin du 18e siècle et du 19e siècle. C’est d’ailleurs ce qui a sauvé la ville. Bruges doit sa beauté à sa pauvreté passée. Car si elle était restée une grande ville commerçante et entreprenante, nul doute que bien des rues et des bâtiments auraient été détruits pour laisser place à des édifices plus modernes.
Au 19e siècle, la ville n’est donc plus qu’une ombre de son passé médiéval. Ses rues silencieuses sont peuplées de petits bourgeois, de religieuses et religieux, de dentelières travaillant sur le pas de leur porte. Et bientôt, arrivent les Anglais !
Après la bataille de Waterloo, en 1815, de nombreux vétérans de l’armée anglaise viennent séjourner en Belgique, désireux de montrer à leurs familles l’endroit où ils ont vaincu Napoléon. Ils passent donc forcément par Bruges, à l’aller comme au retour, et ils constatent que la vie n’y est vraiment pas chère du tout, contrairement à l’Angleterre. Avec leur pension de soldat, ils y ont un pouvoir d’achat important. Aussi, beaucoup d’entre eux s’installent-ils dans la ville. Ils sont à l’origine d’une importante colonie britannique à Bruges, qui compte plusieurs milliers de personnes au milieu du 19e siècle ! Ces bourgeois anglais seront les premiers à redécouvrir les merveilles médiévales de la ville, à les aimer et à les faire connaître. Ils admirent profondément cette ville, d’autant plus qu’à cette époque, le Moyen Age est très à la mode. C’est l’époque du fameux courant néo-gothique, dont les Anglais sont le fer de lance. Et ainsi Bruges devient-elle peu à peu une ville touristique.
Il y a un autre élément qui va faire mieux connaître Bruges et donner à des milliers de visiteurs l’envie de s’y rendre. C’est la fameux roman de l’auteur belge Georges Rodenbach : « Bruges la morte ». Georges Rodenbach faisait partie du courant symboliste, un mouvement de la fin du 19e siècle qui privilégiait la rêverie, mais avait aussi un côté sobre, car il aimait évoquer les regrets, la mélancolie liée à la décadence, les soupirs en pensant à la grandeur passée. Aussi Bruges, cette ville morte qui portait les traces de sa splendeur d’antan, fascinait-elle les symbolistes, les peintres comme les écrivains. Aussi, nous ne pouvons que vous conseiller de lier « Bruges la morte », que vous trouverez facilement en librairie. C’est un peu l’état d’esprit qui a présidé au développement du tourisme dans la ville. Car ce livre, originellement en français, mais traduit dans de nombreuses langues, a eu un immense succès, et ses lecteurs ont alors désiré voir de leurs yeux les décors évoqués par Rodenbach.
Et voici comment Bruges est devenue ce qu’elle aujourd’hui, une ville qui reçoit 3 à 4 millions de visiteurs par an. On pourrait presque dire que c’est un peu trop, et il y a sans doute des moments où on aimerait avoir un peu plus d’espace. Dans ces moments-là, mieux vaut alors laisser tomber pour un instant les grands monuments, et flâner dans les ruelles ou au bord des canaux. Car Bruges n’est remplie de touristes que dans un périmètre très petit. En dehors de ces zones, la ville est largement aussi belle, mais bien plus agréable, parce que pratiquement vide de visiteurs. Nous vous en montrerons un exemple dans quelques instants, au début de notre circuit.
Pour terminer, notons encore que Bruges n’est pas qu’une ville touristique. En effet, un nouveau dynamisme est apparu à la fin du 19e siècle, notamment sous l’impulsion du roi des Belges de l’époque, Léopold 2. Celui-ci avait préconisé la reconstruction d’un port pour la ville, non plus dans la ville même, mais sur la côte. C’est le port de Zéébruges, décentralisation de la ville dans la zone côtière. Il a été inauguré en 1900. Mais ne nous attardons pas sur cette vie économique actuelle. Laissons-nous porter par la magie de la ville en commençant notre circuit.


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