Le tableau « Le Couronnement de la Vierge » de Paolo Veneziano

Venise : le musée de l'accademia

Le tableau « Le Couronnement de la Vierge » de Paolo Veneziano

Vous pouvez maintenant entrer dans le musée par la porte située en façade.

En pénétrant, nous trouvons au rez-de-chaussée, la billetterie et le vestiaire. Montons ensuite à l’unique étage par l’escalier qui se trouve à droite. Une fois en haut, arrêtons-nous dans la salle n°1. Positionnez-vous devant le premier grand tableau qui s’offre devant vous au débouché de l’escalier : c’est « Le Couronnement de la Vierge » de Paolo Veneziano.
Cette salle 1 nous présente une période charnière où la peinture vénitienne oscille entre la tradition byzantine d’un côté et la peinture gothique proprement vénitienne des 14ème et 15ème siècles de l’autre côté. Cette oscillation n’est que le reflet des orientations géo politiques de la cité elle-même. En effet, Venise continue toujours d’avoir de forts échanges avec l’orient de culture byzantine, mais en parallèle, Venise a entamé une politique de conquête de la Terre ferme autour d’elle. Cette conquête de ce qui sera l’actuelle Vénétie apportera des influences plus « gothiques ». Nous le verrons ici avec l’analyse du « Couronnement de la Vierge » allié à celui du « Polyptique de l’Annonciation ».

Le « Couronnement de la Vierge » de Paolo Veneziano, daté de 1350, est caractéristique de cette période. Paolo Veneziano, considéré comme la première vraie personnalité de la peinture vénitienne, est souvent décrit comme, « le plus grand des peintres byzantins, et le premier des Vénitiens ». Devant vous, un polyptyque, c’est-à-dire un vaste ensemble pictural composé de multiples tableaux encadrés d’une architecture sculptée et dorée. Ici les tableaux sont étroits, ce qui est typique de l’art byzantin. L’œuvre représente, au centre, le Couronnement de la Vierge par Jésus. Puis de chaque côté, quatre scènes de la vie du Christ : à gauche, la Nativité, le Baptême, la Cène, l’Arrestation au Mont des Oliviers ; à droite, la Montée du Calvaire, la Crucifixion, la Résurrection et l’Ascension. Enfin, en haut, des petites scènes racontent la vie de Saint François d’Assise. Aux extrémités de cette frise, la Pentecôte et le Jugement dernier. Ces scènes très descriptives ont pour but d’inculquer aux fidèles illettrés des éléments de catéchisme.

L’œuvre de Paolo Veneziano est dans le respect de l’art byzantin, par sa thématique et par son style. Observons les petites scènes des Vies du Christ et de Saint François. L’artiste utilise le fond d’or comme s’il s’agissait d’une peinture byzantine, enlevant toute profondeur aux personnages et réduisant la représentation à deux dimensions. Il crée des effets de lumière par l’utilisation de filets d’or apposés sur les aplats de couleurs, qui sont les plages uniformes de teintes. Enfin, il peint des personnages hiératiques, comme dans les icônes byzantines, et seule la spiritualité leur donne vie.

Mais l’artiste intègre aussi les apports nouveaux du gothique international venu de la Terre ferme. Admirons, à cet égard, le panneau central du Couronnement. Quatre caractéristiques essentielles de ce style y apparaissent : tout d’abord un graphisme plus souple. Voyez les figures du Christ parcourues par de somptueuses arabesques.
Ensuite une composition plus dynamique : les « anges en concert » forment un véritable bouquet et donnent une vivacité novatrice.
Autre innovation : un penchant pour les effets décoratifs « fleuris » très marqués dans les vêtements et la tenture.

Quatrième caractéristique enfin : C’est le triomphe de la couleur : le bleu et le rouge des vêtements du Christ et de la Vierge tranchent sur le jaune de la tenture, le rouge des coussins et les tons variés et vifs du chœur des anges.
Ainsi, l’œuvre de Paolo Veneziano marque l’émergence d’un genre typiquement vénitien, le style gothique « fleuri ». Fleuri car très ornementé de motifs floraux. C’est un mélange d’art byzantin et du gothique international. Ce style marque le début d’une école vénitienne picturale autonome.

Traversons maintenant la salle. Tout au fond de celle-ci, vous reconnaîtrez facilement l’imposant polyptyque de Lorenzo Veneziano appelé « Polyptyque de l’annonciation » ou « Polyptyque Lion », du nom du commanditaire de l’œuvre Domenico Lion.

Cette peinture a été réalisée en 1359, quelques années après celui du « Couronnement de la Vierge ». Elle est déjà parfaitement représentative d’un gothique vénitien, qui s’éloigne davantage encore du style byzantin.

Le polyptyque représente l’Annonciation entourée de seize saints. Lorenzo Veneziano n’a aucun lien de parenté avec son prédécesseur. Mais ils ont un point commun, ils sont vénitien, « veneziano » en italien. Lorenzo réalise ici une œuvre très différente de celle du maître Paolo. Influencé par le gothique européen de la Terre ferme, il adoucit encore plus la spiritualité des personnages bibliques et cherche à les rendre plus humains. Les saints, sous lesquels sont inscrits leur nom, semblent être des portraits de contemporains. L’artiste renforce aussi le rôle de la couleur. Il développe une palette toute personnelle, d’une grande douceur. Admirez le rose tendre relevé de reflets d’or, les rouges vifs et clairs et les bleus sur les revers gris perle des vêtements : Lorenzo Veneziano célèbre la couleur par la variété, les nuances et les dégradés lumineux. Il crée ensuite une lumière claire et chatoyante, qui émane des couleurs elles-mêmes. Il abandonne ainsi la lumière de Paolo créé à partir de filets d’or. Son style est aussi plus nerveux avec un dessin plus dynamique encore et des perspectives en diagonale qui font ressortir les volumes. Prenons l’exemple de l’une des niches. Voyez celle de Marie Madeleine, à droite de la vierge, juste après St Jean. Vous voyez ? Le rythme alangui des lignes et des couleurs, les ornements floraux de son somptueux manteau et l’humanité de son regard, la rendent particulièrement sensuelle. Tout cela, les volumes, c'est-à-dire la 3ème dimension, et la sensualité- éloigne encore cette œuvre des canons byzantins.

Les Veneziano sont les pères du gothique vénitien dit « fleuri » qui dure jusqu’en 1450 en peinture et plus encore en architecture. Le Palais des Doges et le célèbre Ca’ d’Oro en sont les plus beaux exemples. Ils sont les fondateurs de l’école picturale vénitienne qui prendra tout son essor aux 15ème et 16ème siècles. Et c’est ce que nous allons découvrir maintenant.


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