La famille Bellini

Venise : le musée de l'accademia

La famille Bellini

Maintenant, allons vers la salle 4. Pour cela il faut monter l’escalier pour rejoindre la salle suivante. La traverser en continuant tout droit et passez la porte de gauche qui se trouve alors face à vous. Nous sommes salle 4.

La salle n°4 est principalement dédiée à la famille Bellini. Cette étape est capitale, car elle figure l’émergence de la Renaissance vénitienne à travers les influences florentines et flamandes. D’ailleurs, dans cette salle, nous allons découvrir des œuvres des membres de la famille Bellini, mais aussi des œuvres du florentin Piero della Francesca et du flamand Hans Memling. Ainsi, nous pourrons mieux saisir les influences exercées par les uns sur les autres. Les œuvres sont ici de faibles dimensions, car elles font partie de tableaux d’autels privés, mais elles comptent parmi les plus célèbres et les plus belles du musée.

Alors commençons par la présentation de la famille Bellini : elle se compose de trois artistes peintres : Jacopo Bellini et ses deux fils, Gentile et Giovanni. Le père est le fondateur de l’atelier de peinture familial. Il y forme ses deux fils, ceux-ci en seront les héritiers après sa mort en 1470. Que les membres de la famille travaillent avec le maître était alors très classique. L’atelier a un rôle fondamental à l’époque de la Renaissance. Il est l’endroit où de jeunes artistes, appelés plus tard à collaborer avec le maître, notamment pour les œuvres de grand format, s’initient aux secrets du métier. Ils copient dessins et peintures pour parvenir à imiter parfaitement le style du maître et être en mesure d’exécuter des parties plus ou moins étendues de ses tableaux, sans nuire à l’harmonie de l’ensemble.
Les frères Bellini ont donc un atelier renommé où les commandes affluent. A l’époque, c’est Gentile qui a le plus de commandes. Pourtant, aujourd’hui, c’est Giovanni Bellini qui est le plus célèbre de la famille, car il est considéré comme le fondateur de la peinture moderne à Venise.

Regardons maintenant les tableaux.
Dans un premier temps, positionnez-vous face au mur de la porte d’entrée. Vous observez, à droite de la porte, une « Vierge à l’Enfant » du Pere, Jacopo Bellini, de 1452.

La Vierge conserve des traits byzantins et gothiques, mais visages et costumes sont ceux des contemporains de l’artiste. Jacopo Bellini mêle ainsi la tradition byzantine et les nouveautés de la Renaissance. Formé à Florence, il intègre le raffinement du gothique international et la notion de perspective redécouverte à la Renaissance. Par cette œuvre, Jacopo Bellini montre combien il est à la charnière entre gothique et renouveau de la peinture vénitienne.
Son fils, Giovanni Bellini, est artistiquement formé par son père, et sera aussi influencé par les apports de la Terre ferme. A cette époque, la Vénétie connaissait un véritable bouillonnement culturel, elle était le carrefour de l’art toscan et de l’art flamand. Giovanni Bellini sera le premier à intégrer ces différentes influences, et deviendra ainsi le précurseur de la peinture vénitienne de la Renaissance.

Avant de découvrir ses œuvres, regardons celles de quelques très célèbres artistes européens qui illustreront les apports que Giovanni Bellini a reçus.
Tout d’abord, à droite de la Madone à l’enfant que nous venons d’admirer, il y a le « SAINT GEORGES » d’ANDREA MANTEGNA. Allons le voir.
Ce grand artiste italien influença son beau-frère Giovanni Bellini, en particulier à travers l’élaboration des paysages. Ainsi, la route sinueuse qui creuse l’espace dans ce paysage sera reprise par Bellini dans nombre de ses oeuvres, comme les paysages minéraux. Ce Saint Georges, par sa grâce, n’est pas sans rappeler l’humanité qui affleure dans les traits des personnages de Bellini.

Autre artiste qui influença le peintre vénitien : Piero della Francesca. Vous pouvez voir l’une de ses œuvres, sur le même mur que l’œuvre de Mantegna. Daté de 1450, le « SAINT JEROME ET UN DEVOT » ne put qu’inspirer Bellini qui y puisa sa connaissance de la perspective. Car cet artiste toscan de la Renaissance est le grand innovateur de la perspective. Elle résulte de la construction géométrique de la composition et des paysages lointains, où figurent des villages fortifiés, comme on peut aussi le voir dans les œuvres de Bellini. L’importance de Pierro della Francesca est considérable puisqu’il a diffusé son art dans toute l’Italie du Nord.
Si paysage et perspective appartiennent à la Renaissance alors qu’ils sont inconnus à l’époque gothique, c’est parce que la Renaissance trouve sa source dans l’humanisme. Dieu n’est plus au centre du monde comme au Moyen-Age, c’est l’homme qui est au centre du monde. On peut simplifier en disant que la peinture médiévale n’est que religieuse et n’a qu’un objectif symbolique alors que celle de la Renaissance présente le monde contemporain comme il est. L’homme doit alors être replacé dans son espace. Et c’est un point éminemment important, car l’espace impose l’introduction de la troisième dimension, et donc de la perspective et du paysage. Mentionnons en outre que l’humanité des personnages se révèle aussi à travers le genre du « portrait », genre qui fait alors son apparition en peinture.
Admirez enfin sur le mur opposé à celui auquel vous faites face, tout à fait à droite le « PORTRAIT D’UN JEUNE HOMME AU BONNET NOIR » de HANS MEMLING.

Cette peinture de Memling est située au centre de la paroi. Peintre flamand de l’Ecole de Bruges du 15ème siècle, il est l’un des artistes du nord qui influença les peintres vénitiens. Nombre de leurs œuvres étaient d’ailleurs présentes dans la Sérénissime. Giovanni Bellini empruntera à cette peinture son goût du réalisme et cette lumière diffuse pleine de douceur.

Voilà pour les influences. Maintenant, voyons comment elles ont été intégrées par le maître Giovanni Bellini. Réalisées au tout début du 16ème siècle, deux de ses œuvres en rendent bien compte : la première est la « VIERGE A L’ENFANT ENTRE SAINTE CATHERINE ET SAINTE MARIE MADELEINE » qui se situe, à gauche, sur le même mur que l’œuvre de Memling. Admirons-la.

L’œuvre révèle un réalisme et une humanité digne des influences flamandes. Regardez, Sainte Marie Madeleine avec ses longs cheveux ondulants, dont les traits, particulièrement remarquables de sensualité, forment un véritable portrait. L’artiste crée toute une atmosphère recueillie grâce à la douceur et la délicatesse du trait, et, grâce à la lumière chaude qui s’accroche aux bijoux des deux saintes, à leur visage grave et à leurs mains.


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