La Tour de l’Horloge

Venise : place saint marc

La Tour de l’Horloge

La tour de l’horloge est un élément artistique et politique essentiel de Venise. Elle se trouve à gauche de la Basilique St Marc, et l’arche de sa base permet l’accès à l’une des rues qui partent en lacet derrière la place. Et pour ce faire, revenons à l’aménagement de la place elle-même. C’est du 14ème au 16ème siècle qu’elle prend sa dimension et sa configuration actuelles. Le Palais des Doges, ravagé par plusieurs incendies, est reconstruit dès le 14ème siècle, puis, fin 15ème et pendant tout le 16ème siècle. L’espace où vous vous trouvez se modifie. Afin de suivre cette évolution, plaçons-nous devant la Tour de l’Horloge.

Nous allons donc à présent commenter cette tour. Elle est d’une architecture classique, cette tour, haute de 32 mètres, vous apparaît aujourd’hui complètement intégrée à la Place Saint Marc. Mais à la fin du 15ème siècle, elle est à l’origine d’un réaménagement total de l’espace. Mauro Codussi, son architecte, est aussi l’urbaniste qui repensa le premier la place et qui fit de la Tour de l’Horloge, le symbole de ce bouleversement. Imaginons la place telle qu’elle était alors : vous comprendrez qu’elle n’aurait, en l’état, jamais acquis l’aura mondiale qu’elle a aujourd’hui !

Nous sommes en 1496 : Venise, maîtresse de la Terre ferme, perd progressivement son emprise sur le commerce maritime en Orient face aux assaillants ottomans. Cette limitation de son pouvoir s’accompagne d’une réduction de ses ressources financières. Mauro Codussi est choisi pour son modernisme, car il est pionnier d’un style nouveau à Venise: celui de la Renaissance. Il se voit alors confier un projet d’ampleur : la construction d’édifices prestigieux destinés à montrer aux Vénitiens et à leurs ennemis, une cité fière et encore riche. Pour ce dessein politique mêlé de rêve de grandeur, l’architecte choisit le schéma de l’arc triomphal. La tour devient alors porte monumentale, entrée symbolique de la ville, passage obligé pour aller jusqu’au pont du Rialto, le centre économique de Venise.

Cette tour n’est toutefois pas qu’une simple tour honorifique. Dotée d’une horloge monumentale, véritable événement à l’époque, elle est aussi un calendrier de référence pour tous les marchands qui passent par Venise. Une fonction sociale qui montre combien la mesure du temps naît du souci de ponctualité, d’abord dans l’Église puis rapidement dans le commerce. Ainsi, la Tour de l’Horloge, symbole du commerce actif de Venise, est copiée, à partir du 16ème siècle, par toutes les villes conquises de la Terre ferme. Ce style de tour devient, dès lors, le signe visible de la domination vénitienne.

Revenons à l’horloge même. Elle est non seulement un symbole de Venise, elle est non seulement un chef-d’œuvre artistique avec un cadran très ouvragé, mais c’est aussi un chef-d’œuvre technique par son mécanisme unique au monde. C’est la seule horloge à posséder trois cadrans : deux à l’extérieur, l’un donne sur la place, l’autre donne sur la rue située derrière la tour. Le troisième est un cadran de contrôle qui se trouve à l’intérieur de l’édifice, éclairé par les petites fenêtres rondes situées aux quatre angles. Le mécanisme est constitué de deux systèmes à poids, communicants, mais différents. Celui du mouvement anime le cadran et celui de la sonnerie actionne les deux jacquemarts. Les jacquemarts sont ces statues en bronze de près de 3 mètres de haut qui sonnent la cloche au sommet de la tour. Le cadran, lui, est divisé en deux parties : une partie immobile en marbre au décor d’or. Une partie centrale mobile en tôle de cuivre émaillée et qui tourne sur son axe. Alors, sur ce cadran sont indiqués, depuis le bord extérieur du cadran jusque l’intérieur : tout d’abord les heures, désignées par l’aiguille au bout de laquelle est fixé un visage humain auréolé comme un soleil. Viennent ensuite les signes du zodiaque qui représentent les mois, puis les phases lunaires figurées par un croissant de lune inscrit dans une voûte céleste. Et pour finir, il y a la Terre immobile, située au centre du cadran. C’est à dire au centre de l’univers, et cela en conformité avec la vision de Ptolémée, l’astronome grec du 2ème siècle. Et cette vision prévalait encore au début du 15ème siècle.

Regardez maintenant au-dessus du cadran. Vous y verrez la statue d’une Vierge à l’Enfant entourée, à gauche, par des chiffres romains qui marquent les heures et, à droite, par des chiffres arabes qui égrènent les minutes par tranche de 5. Là aussi, c’est le mécanisme du mouvement qui actionne les chiffres ainsi que les statues mécaniques en bois des Rois Mages. Les jours de l’Ascension et de l’Épiphanie, ils sont précédés de l’ange Gabriel qui défile devant la Vierge.
Au-dessus de l’ensemble, le lion ailé de Saint Marc trône sur un fond étoilé. Et on remarque du même coup que le lion ailé, qui est le symbole de la Cité, et par la même du pouvoir politique, domine l’Église, incarnée par la statue de la Vierge, et, la connaissance scientifique, imagée par le cadran. En fait, c’est le sénat de Venise qui est à l’origine de cette tour et, au fait de sa gloire, l’orgueilleuse cité déclare n’avoir de compte à rendre à personne.

…Nous pouvons aussi nous dire que cette tour est un peu l’image de la vanité, car, aujourd’hui, nous savons que, de cette période date aussi le début inexorable de la sérénissime.
La Tour de l’Horloge donna lieu à deux modifications architecturales. La première, quelques années après son édification, est le rajout des deux façades latérales réalisées par Pietro Lombardo, l’un des grands artistes vénitiens du début de la Renaissance, omniprésent par ses œuvres dans la Sérénissime. Ce réaménagement entraîna la destruction d’une partie des bâtiments latéraux antérieurs pour renforcer la dimension théâtrale de la Piazzetta vue depuis la mer. La seconde transformation fut, au 18ème siècle, la surélévation des ailes par deux étages en retrait avec balcon et le rajout des huit colonnes qui ornent les portiques du rez-de-chaussée.
Le mécanisme de l’horloge fut, lui-aussi, l’objet de maintes restaurations et remaniements. Dans son état actuel, il date de 1757. Et, un siècle plus tard, il devient la référence horaire de toutes les horloges de la ville, grâce au perfectionnement de la précision du pendule. Mais, en 1916, la ville, décrétant le couvre-feu, désactive le mécanisme de sonnerie qui ne sera réactivé qu’en 2001 par Piaget, l’une des manufactures horlogères helvétiques les plus prestigieuses au monde.


<< 4 - Le campanile de Sain...         6 - Les Vieilles Procura... >>

Sommaire complet du dossier :