Les sculptures de la façade

Vienne : la hofburg et ses dependances

Les sculptures de la façade

A part l’entrée à la romaine, l’autre aspect intéressant de cet ensemble, c’est la place donnée à la sculpture. On peut parler ici d’un véritable programme, dans le sens où le choix des sujets est raisonné et leur place bien déterminée. Regardez les différents groupes sculptés dispersés le long de la façade. Commençons par l’extrémité gauche de la façade. Regardez la tourelle couronnée par une petite coupole. Regardez à ses pieds maintenant : il y a une fontaine qui est encore une allégorie de l’Autriche. C’est « l’Autriche, dominant les terres ». Regardez sous la coupole de gauche maintenant. A ses pieds, là encore, il y a une fontaine. Et là encore une allégorie. C’est « l’Autriche dominant les mers». Ainsi, en soi, rien de très nouveau dans ces représentations interchangeables d’une nation à l’autre. Pourtant, à Vienne, et à la Hofburg en particulier, elles disent beaucoup sur l’image que l’Autriche veut véhiculer d’elle-même en cette fin de 19e siècle. Retrouvons-nous devant ce groupe sculpté représentant « L’Autriche dominant les mers », à gauche de la façade.

Vous êtes maintenant devant l’allégorie de « L’Autriche dominant sur les mers ». Décrivons-la. Le groupe représente une jeune femme sensuelle et triomphante. Vous l’aurez compris, c’est l’Autriche. On la voit à la proue d’un bateau qui semble littéralement jaillir du bâtiment de la Hofburg. Que fait-elle ? Et bien, elle surprend des figures allongées sur le rivage, et surtout elle entraîne dans les profondeurs de la mer les puissances maléfiques représentées sous l’aspect d’un monstre marin et d’un homme. Voyez à gauche de la scène maintenant : on voit Neptune, le dieu des océans, accoudé sur un rocher, trident en main. Il observe la scène avec curiosité. En bref, lui, le Dieu de la Mer semble donner ses pouvoirs à l’Autriche pour être sa police des mers. Il n’y a pas à dire : c’est une belle œuvre, qui raconte beaucoup. Elle a été faite en 1895 par l’un des plus vigoureux représentants du style néo-baroque, Rudolf Weyr. Ensuite, pour mieux comprendre cette œuvre, rappelons quelques faits : le 1er est que l’Autriche n’eut globalement pas de marine de guerre importante avant le milieu du 19e siècle. Ensuite, pour comprendre cette œuvre de 1895, il faut penser à 1866. Car à cette date, la Prusse inflige une très sévère défaite à l’Autriche lors de la Bataille de Sadova. C’est la fin de l’empire autrichien, car l’année suivante la Hongrie, le dernier fleuron de l’Empire, allait gagner plus d’autonomie et l’empire ne serait plus l’empire d’Autriche mais l’empire austro-hongrois. Et il le restera jusqu’en 1918. Mais, dans cette période pas très gaie pour Vienne, il y eut une lumière, une compensation : ce fut une victoire navale dans l’adriatique où l’Autriche envoya par le fond la flotte du jeune royaume d’Italie. Il est clair que cette victoire fut très importante. Alors que les autres puissances européennes ne parlaient que de l’humiliation de Sadowa, à Vienne on chantait l’Adriatique et toutes les mers du monde !


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