La rue KIYAMACHI

Visite de kyoto : le quartier de gion

La rue KIYAMACHI

Continuons à marcher dans la ruelle après le théâtre. Peu après celui-ci, une fois au bout de la ruelle, tournez à gauche puis encore à gauche (2 fois à gauche donc) pour vous trouver dans la rue KIYAMACHI.

Cette rue est parallèle à la rue Pontocho et est plus large. Elle comporte même un petit trottoir le long de la TAKASE GAWA, ce canal parallèle à la rivière.
Avancez tout droit en restant sur le trottoir de gauche et la vous verrez l’envers du décor : c’est une succession de bars à hôtesses, de clubs, de love hôtels au design tapageur devant lesquels s’activent des rabatteurs… Dans ce quartier, on trouve donc des Geishas, mais aussi des Maiko et des Geiko. Essayons d’expliquer les nuances sur les trois termes : GEISHA, MAIKO et GEIKO.
Etymologiquement le terme GEI (Geille) désigne les arts tels que la danse, la musique, la calligraphie, la poésie, l’art floral, la peinture. Le suffixe SHA correspond à une personne.
Donc une GEISHA (Geille Sha) est une femme des arts.
Comme KO signifie « Enfant », logiquement le terme GEIKO (Geille Ko) s’applique à une enfant des arts, mais il s’agit en fait du nom attribué aux jeunes GEISHA de Kyoto.
Quant à la MAIKO (Maille Ko), c’est une apprentie GEISHA. A titre purement indicatif, MAI (Maille) signifie une danse. Entendons-nous bien, contrairement à la croyance populaire, qu’il s’agisse de GEISHA, de GEIKO ou de MAIKO, elles n’ont absolument rien en commun avec la prostitution. Ces jeunes femmes vouent une partie de leur vie à l’amour des arts traditionnels et à leur enseignement de qualité unique à Kyoto. Leur éducation artistique commence en général entre 14 et 16 ans et elles consacrent environ 15 ou 20 ans à leur carrière. Par la suite elles se marient ou se reconvertissent en professeurs d’art traditionnel. Si le Japon en comptait plus de 9000 au début du 20e siècle, elles ne seraient plus que 293 aujourd’hui, dont les trois quarts à Kyoto. Les contraintes et les difficultés de l’apprentissage n’incitent guère les jeunes filles à choisir délibérément cette voie.
Le principe pourrait être assimilé à celui d’une bourse ou d’un prêt étudiant. Une jeune fille passe un contrat avec la directrice d’une OKIYA. L’OKIYA est une sorte de pension qui héberge, éduque, instruit et nourrit quelques jeunes femmes durant de nombreuses années. Les frais d’éducation artistique et les dépenses d’habillement atteignent des sommes exorbitantes puisqu’à titre indicatif un kimono de GEISHA coûte entre 30 000 et 90 000 Euros. En contrepartie, chaque GEISHA s’engage à rembourser sa dette à l’OKIYA en fournissant des prestations artistiques aux clients, que ceux-ci soient hommes d’affaires, femmes admiratrices des arts ou familles respectueuses des traditions. Leurs représentations se déroulent dans des maisons de thé appelées OCHAYA qui disposent de salles dédiées au divertissement des clients. A raison de 400 Euros minimum par participant et par soirée, des années de travail semblent nécessaires pour rembourser à l’OKIYA.
Parfois un client esthète s’amourache d’une GEISHA au point de vouloir racheter la dette de celle-ci, ce mécène devient alors un DANNA SAN, que l’on traduirait par bienfaiteur plutôt que par souteneur. Si une GEISHA tombe amoureuse d’un client et se marie, elle doit perdre son statut de GEISHA. Chaque apprentie qui fait son entrée dans une OKIYA est parrainée par une aînée dont elle prendra le nom d’artiste tout au long de sa carrière. Ces noms se retrouvent indiqués sur des petites plaquettes en bois au dessus des portes d’entrée de chaque OKIYA. De prime abord, il reste assez difficile de distinguer une MAIKO d’une GEISHA car pour le novice, l’apparence est identique. Dans les deux cas, le visage est maquillé de blanc, les lèvres sont redessinées finement en rouge pour obtenir une bouche de petite taille jugée plus sensuelle, le kimono recouvre l’ensemble du corps hormis la nuque dégagée. Cette nuque blanchie forme un triangle pointe en bas qui caractérise la partie la plus érotique de la femme. Ce blanc était extrait de la fiente du rossignol il y a 250 ans et il fut ensuite obtenu à partir d’une poudre de plomb jugée plus propre mais interdite en 1934 pour cause de saturnisme. Mais au fait pourquoi ce blanc ? Quelle en était la fonction ? Eh bien, outre le caractère érotique du blanc sensé souligner la sensualité, il servait surtout à être mieux vue sous la lumière des chandelles. La large ceinture OBI nouée dans le dos laisse retomber ses deux pans librement qui évoluent en fonction des pas. Déroulée, cette ceinture ne mesure pas moins de 7 mètres. Les effets personnels sont toujours transportés dans un coffret emballé par un FUROSHIKI (Fouroshiki) une étoffe ou un foulard noué. Les chaussants sont blancs et de style TABI, donc avec le gros orteil séparé pour pouvoir marcher en GETA (Guéta), socques soit plates colorées et vernies soit à semelles hautes en bois brut avec un grelot métallique à l’avant. Le charme est dû au maintien du corps dans le kimono et à une réserve gracieuse.
Mais alors quels sont les critères permettant de différencier une MAIKO d’une GEISHA ?
Et bien, c’est la coiffure! Les chignons volumineux remontent sur la tête par une séparation de la chevelure en 4 ou 5 mèches enroulées en volutes et en coques et maintenues par des pinces, des épingles, des peignes et des cordons décoratifs.
Bien cessons de vous faire languir, une MAIKO porte beaucoup de fleurs dans sa coiffure, les plus jeunes apprenties présentent même une sorte de chapelet en fleurs qui tombe sur le côté du visage. La MAIKO ne porte pas de perruque, ses cheveux naturels constituent la coiffure.
Une GEISHA confirmée n’arborera pratiquement plus de fleurs dans sa coiffure qui est réalisée avec une perruque. Moins il y a de décorations florales dans la coiffe et plus son degré d’expertise artistique est élevé. D’ailleurs, l’environnement des MAIKO et des GEISHA reste encore souvent appelé : « Le Monde des Fleurs », particulièrement dans la littérature. La complexité et le volume de ces coiffures obligent à dormir sur un repose nuque particulièrement adapté, tout oreiller restant totalement à proscrire.


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