La salle de justice

Visite de l'alcazar de seville

La salle de justice

Maintenant, avançons-nous vers le mur percé de 3 arcades, sans le franchir. Nous allons tourner à gauche devant nous se trouve un petit escalier que nous allons emprunter afin de pénétrer dans la salle de justice.

Nous nous trouvons dans la salle dite salle de justice ou la salle du conseil.
Cette salle fut construite par Alphonse 11, après 1340, sur les ruines de l’ancien palais almohade. Rappelons que les Almohades étaient une tribu berbère qui unifia le Maroc et l’Andalousie du 12ème au milieu du 13ème siècle. La Giralda et la Torre del Oro, deux symboles architecturaux de Séville, furent construits sous la domination almohade.
Cette salle est appelée salle de justice, car c'est là que le roi Pierre le Cruel y rendait ses jugements. Il n’y fit pas que cela, car il y fit aussi exécuter son demi-frère Don Fabrique en 1358, car celui-ci s’opposait à sa politique.
Maintenant que nous savons à quel usage était réservée cette pièce, attardons nous sur un banc afin de mieux la contempler. Nous pouvons en effet admirer ici un très bel exemple d’art mudéjar, mais que signifie le mot "mudéjar" qui est si souvent employé pour décrire certains monuments de Séville ? Le mot mudéjar désigne un style qui fut pratiqué par des artistes musulmans qui travaillaient, à partir du milieu du 13ème siècle, pour le compte des chrétiens et des juifs dans l'Andalousie reconquise par les chrétiens. C'est un style souvent exubérant, qui mélange des motifs orientaux à des motifs gothiques. Par la suite, ce style continuera à être employé par des artisans chrétiens. Et maintenant, observons que la salle : elle est carrée et est percée de 2 portes qui se trouvent face à face. La première est celle que nous venons d’emprunter pour entrer. La seconde mène au patio des stucs, le patio del yeso en espagnol. La pièce ne comprend aucun meuble mais ses murs sont percés de niches. Celles-ci sont occupées, dans leur partie basse par des bancs recouverts d’azulejos. Rappelons que les azulejos, qui sont omniprésents en Andalousie, sont des carreaux de faïences colorées. Nous aurons l’occasion, au cours de notre visite, de détailler différentes techniques d’azulejos, car celles-ci varièrent selon les époques. Mais revenons aux niches : nous voyons que leur partie supérieure est complètement recouverte de magnifiques stucs. Le stuc est un matériau qui a été très employé en Andalousie et il le fut en particulier dans les palais nasrides de Grenade. Rappelons que cette salle fut construite et décorée au 14ème siècle. Et cela nécessite un petit point d’histoire.
Alors, certes, au 14ème, l’Andalousie est en grande partie reconquise par les chrétiens. Mais, il reste encore une enclave musulmane autour de Grenade qui ne sera définitivement reconquise qu’en 1492 par les rois catholiques, Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon. Mais, jusqu’à cette date, c’est la dynastie nasride qui règne sur le petit royaume de Grenade. Les émirs de Grenade versent pendant 2 siècles une tribu au roi de Castille. Et, pour maintenir de bonnes relations avec celui-ci, ils n‘hésitent pas à envoyer des artisans, dont font partie ces stucateurs, au service du souverain chrétien. C’est leurs merveilleux ouvrages que nous pouvons admirer ici et qui appartient déjà à l’art mudéjar. Nous pouvons en effet savourer les délicats méandres formés par ces reliefs de stucs qui s’entrelacent pour former des motifs d’arabesques. Voyez comme ces rinceaux végétaux sont stylisés et s’intègrent parfaitement dans la découpe géométrique des panneaux de stucs qui empruntent soit la forme de rectangles soit épousent les arcades des niches. Prenez le temps de regarder les figures en détail ainsi que les trajets suivis par ses arabesques. Voyez ce souci du détail, cette finition impeccable. Si nous regardons encore plus attentivement ce décor en stuc, nous pouvons remarquer de petites traces de couleur. Cela confirme ce que nous aurons l’occasion de mieux apprécier plus loin, dans le salon des ambassadeurs : les stucs mudéjars, comme ceux qui ornent les palais de l’Alhambra de Grenade étaient donc polychromes !
Au sommet des murs, nous voyons des fenêtres. Mais, la lumière, loin d’en jaillir violemment est filtrée doucement par des jalousies de marbre, qui correspondent aux moucharabiés arabes. Bref, une volonté de douceur qui s’exprime par la maitrise des flux de lumière.
Admirons maintenant le plafond à caissons, car il est, de nos jours, le plus ancien de l’Alcazar. Ce type de caissons, formés de motifs polygonaux qui s’imbriquent les uns dans les autres pour s’organiser en étoiles, est appelé artesonado. Il s’agit encore d’une tradition orientale. Le bois de cèdre pouvait être incrusté d’ébène et de nacre pour compléter ce décor raffiné et somptueux. Et puis, notons que ce plafond est tout sauf écrasant. Maintenant, baissons les yeux vers le sol. Celui-ci a été refait récemment. Il est pavé de tomettes et ponctué d‘azulejos, disposés géométriquement autour d’un joli bassin circulaire en marbre blanc. Cette fontaine est installée à fleur de terre. Il en jaillit un petit filet d'eau qui le remplit doucement. Nous pouvons entendre le faible bruissement de l'eau. De cette fontaine basse part un canal qui relie la salle de justice au patio suivant que nous ne pouvons admirer que de l'extérieur. Ainsi, dans sa disposition, cette salle de justice a une allure bien orientale. Pénombre, fraîcheur, murmure de l’eau, tout nous invite au recueillement et à la méditation. Cette organisation de l'espace est caractéristique de la tradition musulmane. L'eau est un élément essentiel dans l'imaginaire de ces descendants des nomades du désert et le petit canal qui mène au patio del Yeso ou Patio des stucs évoque, par delà le plan traditionnel des jardins arabes, le fleuve du paradis.


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