La sala de Audiencia

Visite de l'alcazar de seville

La sala de Audiencia

Et maintenant, prenons la porte opposée à celle par laquelle nous sommes arrivés afin d'entrer dans la sala de Audiencia.

La Sala de Audiencia ou salle d’audience, vous l’aurez compris- faisait aussi partie de l'ancienne Casa de Contratacion. Nous verrons d’ailleurs qu’elle évoque bien plus le souvenir de la conquête des Amériques que la salle précédente. En effet, le tableau, les tapisseries et les blasons qui s’y trouvent ont été réunis pour faire l’apologie de la puissance espagnole durant la Renaissance. N’oublions pas que Séville fut le point de départ de Christophe Colomb et ensuite la capitale du commerce de l’Atlantique. Maintenant, décrivons ces rappels historiques.

Nous nous tenons donc dans une pièce plus petite que la précédente et de forme presque carrée. Regardons tout d’abord le plafond. Celui-ci est composé d’un très bel ensemble de petits caissons dorés du 16ème siècle, dessinant des motifs géométriques.
Sous le plafond, les murs sont entourés par une double frise de marbre au beau décor plateresque. Mais quelle est la signification de ce mot plateresque ? Et bien, il désigne en fait un style décoratif de la Renaissance, particulièrement employé sous le règne des Rois Catholiques. Plateresque vient de "plata" l'argent : il rappelle le travail des orfèvres, qui était alors très ouvragé. Cet art aimait couvrir les surfaces de motifs de rinceaux végétaux, de coquilles, afin de ne laisser pratiquement aucun espace vide.
Maintenant, regardons la corniche sculptée dans le marbre, c’est-à-dire le bandeau, qui court tout autour de la pièce, au-dessus, juste au-dessus des tentures rouges. Elle nous montre une alternance de petits amours potelés qui jouent à se combattre et des médaillons montrant des masques d'hommes. Ces motifs témoignent de l’influence du répertoire décoratif de la Renaissance italienne. Au-dessus, de cette frise de putti ou enfants dodus, la frise supérieure est ornée d’arabesques sinueuses qui encadrent des candélabres. Là encore, nous retrouvons l’empreinte italienne. Donc, cet ensemble fastueux, formé par le plafond et ces frises somptueuses, qui forment un ensemble plateresque : on y retrouve horreur du vide et motifs renaissants. Les murs sont intégralement tapissés de bandes rouges foncées et rouges claires en alternance. Au milieu des bandes les plus sombres, nous voyons des blasons. Ce sont les armoires des amiraux de Castille. Maintenant, considérons le triptyque qui se trouve sur le mur qui se trouve à droite de la fenêtre, lorsque nous sommes face à celle-ci. Ce très beau polyptyque est le Retable de la Vierge des Marins et des navigateurs. Il s'agit d'un polyptyque, c'est-à-dire un tableau divisé en plusieurs panneaux, chacun montrant une scène différente. Sur le panneau central, nous voyons la Vierge qui se tient debout, au-dessus d’un paysage marin. De ses bras écartés, elle tient son manteau tendu, qui protège comme une tente les fidèles qui sont agenouillés à ses pieds. Il s’agit de la représentation traditionnelle de la Vierge de Miséricorde, car elle protège les fidèles de son manteau.
Parmi les fidèles, on aperçoit, à la droite de la Vierge, un homme blond, aux cheveux mi-longs, vêtu de noir portant une sorte de casquette : c’est un portrait de Christophe Colomb. Et regardez bien, toujours sous le manteau de la vierge, on peut aussi reconnaître parmi les modèles un Indien. Passons aux 4 panneaux latéraux maintenant : ils nous montrent chacun un saint : le panneau en haut à droite représente un moine dominicain, tenant un bateau. C’est Sant’Elmo, patron de la marine espagnole. En dessous de sant’Elmo se trouve saint Jean-Baptiste. A gauche de la Vierge, en haut, nous pouvons reconnaître saint Georges. Regardez en dessous maintenant : on voit un cavalier armé d’une lance qui piétine sa victime, représentée sous les traits d’un sarrazin, d’un maure comme on disait aussi. Reconnaissez-vous ce cavalier ?? Nous allons vous aider : sachez que c’est un saint. Et d’habitude, on le voit plutôt représenté en pèlerin avec son bâton et sa coquille. Eh oui, il s’agit de saint Jacques ou Sant’Iago. Il est représenté ici en matador, c’est-à-dire, littéralement, en « tueur de maures ». Ce retable est donc remarquable à plusieurs titres : parce qu’il évoque pour la première fois la découverte des Amériques ; on y voit aussi la première représentation d'Indiens d’Amérique. Enfin, il ne faut pas manquer d’apprécier la très grande qualité de cette œuvre, peinte par Alejo Fernandez qui fut très influencé par la peinture flamande comme le montrent les tons saturés, le goût des détails. Voyez comme les draperies des personnages ont des plis aux arrêtes vives alors que leurs propriétaires ont des attitudes encore raides. Enfin, cette influence flamande se fait surtout sentir dans le rendu de l’espace. Le peintre préfère rendre l’idée de la profondeur non pas en se fondant sur les lignes de fuite, mais en s’appuyant sur les couleurs. Ainsi, il dégrade subtilement les couleurs du paysage marin vers le fond du tableau. Les couleurs les plus intenses sont disposées au premier plan, tandis que des couleurs très claires dans les tons bleutés sont situées à l’arrière-plan. Donc, cela donne plus de présence et de pesanteur charnelle aux personnages du premier plan, traités eux en couleurs beaucoup plus denses et vives. C’est ce qu’on appelle la perspective aérienne. Devant le retable de la Vierge des Marins, sur la gauche, se trouve la maquette d'un navire ; il s'agit de la maquette de la Santa Maria, qui est l'un des trois vaisseaux sur lequel partit Christophe Colomb lors de sa première expédition vers l’Ouest, en octobre 1492. Un navire historique donc. Si vous voulez, prenez le temps de flâner dans cette salle.


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