La chapelle gothique

Visite de l'alcazar de seville

La chapelle gothique

Nous allons sortir de ce salon en sortant par le Patio des Demoiselles, qui se trouve sur notre gauche. Une fois dans le patio, restons sous la galerie et tournons sur notre droite afin de longer cette galerie jusqu’au bout.

Au fond du patio, à droite, lorsque nous tournons le dos au Salon des Ambassadeurs, nous voyons un petit escalier que nous allons monter. Nous allons déboucher dans la chapelle gothique.

Nous sommes donc dans la capilla ou chapelle. Cette chapelle ainsi que les deux salons contigus ont été décorés sous le règne de Charles Quint et nous allons constater que le style décoratif change de manière importante Les trois salles que nous allons voir furent construites d’abord sous les Almohades, qui furent, rappelons-le, la dernière dynastie berbère à régner à Séville, juste avant la Reconquête. Au 13ème siècle, le roi de Castille, Alphonse 10 le Sage, fils de Ferdinand le Saint fit transformer ces salles en style gothique. Puis, la chapelle et les 2 grands salons qui la jouxtent furent ensuite redécorés au 16ème siècle par Charles Quint.
Regardons tout d’abord la chapelle et tournons-nous d’abord vers la droite. Devant nous se dresse un autel surmonté par un beau retable gothique. Le tableau représente la Vierge de la Antigua. La Vierge de la Antigua est associée aux découvertes de Christophe Colomb. En effet, celui-ci baptisa l’île d’Antigua du nom de cette Madone. Cette Vierge est tellement vénérée à Séville qu’il en existe plusieurs versions, dont une à la cathédrale et l’autre au musée des Beaux-Arts. Marie se tient debout, elle porte son fils sur son bras gauche et elle tient, dans sa main droite, une rose rouge. Au-dessus d’elle, deux anges en apesanteur la couronnent tandis qu’un troisième, qui les surplombe porte un voile blanc.
Ce panneau exalte donc à la fois la figure de la Vierge, mère du Rédempteur, ainsi qu’à travers elle le sacrifice futur du Christ. Comme toujours dans le gothique, les messages sont présents de façon symbolique. Regardez, Marie tient une rose rouge : c’est à la fois sa fleur, son symbole mais, de façon symbolique, la couleur rouge anticipe sur le sang versé par Jésus sur la croix. Ensuite, nous voyons un ange qui porte le voile blanc : il renforce cette symbolique de la crucifixion. Car dans la symbolique de la fin du Moyen Age, ce linceul fait référence au linceul du Christ et aussi au linge blanc qui couvre la boite dans laquelle, dans les églises, se trouvent les hosties. Hosties qui, rappelons-le, sont le symbole du corps du Christ. La Vierge est donc couronnée, car elle fut la mère du Sauveur.
Le fond du tableau est doré. Nous pouvons admirer un très beau travail de l’or piqueté qui forme des réseaux de végétaux et évoque le brocart. La Vierge incline la tête vers son fils d’un geste très élégant, voire précieux. Et maintenant, regardez bien le bord de son manteau : vous voyez ? La draperie de son manteau est cernée d’un trait plus sombre qui ondule de manière assez peu naturelle. La madone est plaquée devant un fond d’or, un peu comme une image collée. Seul le sol, peint dans les tons bruns, donne une légère impression de profondeur. Donc, préciosité, peu de profondeur, grâce décorative, tout ce retable renvoie à l’art gothique international en l’honneur dans toute l’Europe catholique autour de 1400.
Maintenant, tournons-nous dans la direction opposée de la Vierge. La chapelle s’étend de nouveau en longueur devant nous. Levons vers le ciel vers le plafond. Cette fois-ci, ce ne sont plus des caissons de l’art musulman ou mudejar mais une voûte gothique que nous voyons. Pour reconnaître une voûte gothique, c’est simple. On voit des arcs de pierre peints en jaune s’élever depuis les murs et les piliers pour se rejoindre et se croiser à angle droit au centre du plafond. Ces arcs sont appelés des Ogives. Et on dit donc de la voûte gothique que c’est une voûte sur croisée d’ogives.
Et maintenant, quelle est la décoration ? Les stucs ont disparu et on voit des azulejos mais ceux-ci ont été réalisés dans une technique bien différente de celle que nous avons évoquée précédemment. Ici, plus d’alicatados. En la regardons on voit bien que les carrés d’azulejos sont de plusieurs couleurs alors qu’auparavant chaque carré était d’une seule couleur. En effet, la technique avait progressé et les faïenciers utilisaient une glaçure, c’est-à-dire une sorte de pâte à base d’étain, qui permet de peindre des motifs sur le carreau. Les faïenciers s’en sont d’ailleurs donné à cœur joie et ont recouvert ainsi la partie inférieure des murs de motifs de grotesques verts et bleus sur un fond jaune d’or. Avançons vers le fond de la chapelle. Tout au bout sur le mur qui fait face à la Vierge de la Antigua, un autre tableau représente une Adoration des Mages. Cette très belle œuvre fut peinte en 1639 par Juan Leandro de la Fuente. La scène est peinte sur toile. Regardez sur le côté droit du tableau, la Vierge tient l’enfant sur les genoux. Elle se tient de trois quarts et regarde vers les Mages agenouillés devant elle. La dominante des couleurs est sombre, le contraste entre les ombres et la lumière est marquée. Si nous regardons le tableau de plus près, nous constatons que la touche du pinceau se voit très nettement, ce qui témoigne de l’influence de la peinture vénitienne de la Renaissance sur le peintre. Enfin, le cadrage serré ainsi que le naturalisme des visages des vieillards montre l’influence du Caravage qui fut très profondément ressentie en Andalousie dans le 2ème quart du 17ème siècle. Le Caravage fut ce peintre révolutionnaire, pourrions-nous dire, qui, à partir de 1500, peignit le premier des gens de façon réaliste. Bien sûr, pour ne pas heurter de trop son époque, il le faisait en prenant comme modèle des gens du commun, voir de la plèbe. Mais le pli était pris. Et on ne reviendrait plus en arrière.


<< 22 - Le Salon du Plafond ...         24 - La salle des tapisse... >>

Sommaire complet du dossier :