Le Covent Garden

West end des noctambules : un monde de spectacles.

Le Covent Garden

Traversons maintenant St Martin Lane et prenons juste en face : New Row. New Row est une jolie petite rue aux façades colorées et fleuries en été. Très Angleterre fin du 19e, c’est une rue piétonne qui mène directement à Covent Garden.

Toutes les rues que nous prendrons maintenant sont en enfilades et mènent directement à Covent Garden. Allons jusqu au carrefour avec Bedford Street et traversons pour atteindre King street.

Prenons King street qui arrive directement sur Covent Garden. Tournons à droite et plaçons-nous devant l'église qui se trouve à quelques 15 mètres de nous.

Covent Garden qui veut dire « jardin du couvent » était à l'origine le jardin d'un couvent. Et celui-ci dépendait de l'abbaye de Westminster. Comme tous les autres, il sera supprimé au 16e siècle au moment de la rupture du roi Henry 8 avec le Pape et l'église catholique romaine. Ses biens sont alors revendus au plus offrant et ce sont les comtes de Bedford qui vont acheter l'endroit. Leur propriété londonienne jouxte le couvent et cet achat leur permet de l'agrandir considérablement. L'un d'entre eux, Lord Francis Russel, décide de mener ici une opération immobilière d'importance pour transformer ce jardin paisible en l’un des lieux les plus mondains de Londres. Nous sommes au 17e siècle. Les deux pôles d’attraction sont toujours la « city » bien sûr, c'est-à-dire la ville de Londres et Westminster, village à forte densité d’activités royales. Entre les deux, c’est quasiment la campagne. Cela dit, lorsque le roi fait construire son palais à Whitehall –qui est plus proche de Westminster que de la City- le centre de gravité commence un peu à se déplacer, et les quartiers entre Westminster et la City commencent alors à prendre forme. Ce sera le cas de Covent Garden, qui –disons pour simplifier- est lui-même à mi chemin entre Whitehall et la City.
Et c’est Inigo Jones, architecte tout imprégné de classicisme, qui sera chargé des travaux. La noblesse ne veut pas s'éloigner du lieu de résidence du souverain et sera prête à venir s'installer dans de somptueux palais pour peu qu'elle trouve à se distraire sur place. Covent Garden semble donc être le lieu tout désigné pour une opération rentable.

Et le chantier commence. Autour d'une superbe place s'ordonneront palais princier et lieux de distraction. On construira un théâtre, mais aussi une église pour la religion réformée, le comte y tient beaucoup…
Malheureusement pour le commanditaire, les frais engagés dépassent largement le budget prévu et il est contraint d’y faire des coupes sombres. Une fois la place organisée, il ne pourra payer que pour 2 côtés d'arcades. Celles que nous voyons aujourd'hui sur le côté gauche de la place lorsque l’on arrive datent du 18e. Cela dit, en gros, elles reprennent le projet initial.

Toujours à court d’argent, Lord Francis Russel demande que l'église soit très simple, "dans le style d'une grange", dit-il. Qu’à cela ne tienne : un peu énervé de voir son projet raboté, Inigo Jones fait savoir que le comte aura "la plus belle grange d'Europe". C'est l’église que vous voyez, devant laquelle nous sommes maintenant et c’est le seul édifice restant du projet initial. Effectivement très simple, elle a gardé son nom de grange puisqu'on la désigne souvent comme la "grange St Paul".
Ses formes très classiques avec frontons et colonnes correspondent au goût classique d'Inigo Jones inspiré par l'Antiquité et la Renaissance. On dirait la façade d'un petit temple grec. Cette trop grande simplicité choqua les contemporains de l'architecte qui ne concevaient pas une église autrement que gothique. La façade que vous voyez et qui donne sur la place n'est curieusement pas la façade principale. St Paul est l'église des acteurs parce que ces derniers étaient nombreux à la fréquenter avant ou après le spectacle pour calmer le stress ou méditer dans le silence et le recueillement. A l'intérieur, de nombreuses plaques rappellent leur présence. Le porche à colonnes sert souvent d'abri aux artistes de rues. Et en fait, c’est la poursuite d’une ancienne tradition qui existait déjà au 17e siècle. Nous savons, par exemple, qu'en 1662 une pantomime fut donnée sous le porche de St Paul pour les fêtes de Noël.
Aujourd'hui, il existe même un festival des artistes de rues qui a lieu au mois de septembre.


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