Langue régionale dans les Alpes

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En 1902, dans l'espace « Haute-Savoie » de la collection connue des guides régionaux Boule, Joseph Désormaux (grand dialectologue savoisien) contait : « En Savoie, on parle français. » Pas tant que ça finalement, car, à l'époque, de nombreux citoyens pensaient qu'avant l'annexion de la France, en 1860, l'italien était la langue usuelle. Oui, on y emploie bien le français, même si la Savoie vit aujourd'hui les dernières années d'un bilinguisme pluriséculaire entre le patois et la langue de Molière.

Il n'est pas nécessaire de tendre longtemps l'oreille pour découvrir quelques notes de ce particularisme régional. Pourquoi cet accent assez traînant, presque suisse, d'où cette interversion des mots, des genres, pourquoi cette modification de certaines terminaisons (Chamonix se dit « Chamoni », La Clusaz, « La Cluz »...) ?

Le patois savoyard n'est ni d'oïl ni d'oc, il est de la famille du franco-provençal. C'est une langue intégralement restée langue de référence pour la plus grande partie de la population jusqu'au XXe siècle et malgré tout mal connue.

Le franco-provençal est actif dans toute la Suisse romande, la vallée d'Aoste, trois vallées piémontaises, la Bresse, le Bugey, le Forez, la moitié du Dauphiné jusqu'à Lyon... Le franco-provençal n'a jamais été la langue d'un Pays et a subi la dispersion des divers dialectes, non écrits, dont les écarts de vocabulaire et de prononciation limitaient de temps à autre l'intercommunication.