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Quand on atterrit à l'aéroport Juan Santamaría, la plupart des voyageurs filent vers le Pacifique ou vers le volcan Arenal sans regarder la montagne verte qui domine la piste au nord. C'est Heredia, la plus petite province du pays et l'une des plus riches en caféières, en forêt de nuages et en villages coloniaux. Le centre-ville se trouve à 12 kilomètres de l'aéroport, le volcan Barva à 25, et le parc national Braulio Carrillo, l'un des plus vastes du Costa Rica, commence là où s'arrêtent les dernières plantations. Pour une première ou une dernière nuit au Costa Rica, ou pour trois jours de montagne avant la plage, la province mérite mieux qu'un simple passage.
La ville de Heredia et son centre historique
Heredia a été fondée en 1706 et garde le surnom de « ciudad de las flores », en référence à la famille Flores qui comptait parmi ses premiers habitants. Le parc central, ombragé de grands arbres, est entouré de trois bâtiments qu'il faut voir : l'église de l'Immaculée Conception, achevée en 1797 et toujours debout malgré plusieurs séismes, El Fortín, une tour de guet de 1876 aux meurtrières construites à l'envers (elles s'élargissent vers l'extérieur, ce qui rendait les tireurs vulnérables), et la Casa de la Cultura, ancienne résidence du président Alfredo González Flores.
Le marché municipal, à deux rues de là, vaut une heure en fin de matinée. On y trouve les fromages de Barva, les fruits de la région et des sodas (petits restaurants familiaux) qui servent le casado, le plat du midi costaricien, pour quelques milliers de colones. La ville abrite aussi l'Université nationale, ce qui lui donne une vie de cafés et de bars plus animée que sa taille ne le laisse penser.
Barva et la route du café
Au nord de la ville, la route grimpe vers Barva, un village colonial dont la place centrale, bordée de maisons d'adobe aux toits de tuiles, est l'une des mieux conservées du Costa Rica. C'est ici que commence la zone caféière. Les plantations de Santa Bárbara, de San Rafael et de San Isidro produisent un café d'altitude (entre 1 200 et 1 700 mètres) réputé pour son acidité et ses notes de fruits rouges.
Deux visites se détachent. Café Britt, à Mercedes Norte, propose depuis les années 1990 un parcours théâtralisé dans la plantation et la torréfaction, en anglais et en espagnol, avec dégustation à la fin ; c'est la visite la plus accessible pour une première approche. Pour quelque chose de plus intime, la finca Doka Estate, un peu plus haut sur les pentes du Poás, à cheval sur la limite avec Alajuela, est une exploitation familiale fondée en 1940 où l'on suit tout le processus, du cerisier au séchage au soleil. En saison de récolte, de novembre à février, on croise les cueilleurs dans les rangs.
Plusieurs petits producteurs de la zone, comme la finca Rosa Blanca à Santa Bárbara, cultivent en bio et ouvrent leurs portes sur réservation. Rosa Blanca est aussi l'un des hôtels de charme les plus connus du pays, une douzaine de chambres au milieu des caféiers avec vue sur la vallée centrale.
Le volcan Barva et la forêt de nuages
Le secteur Barva du parc national Braulio Carrillo est l'un des endroits les moins fréquentés du Costa Rica, et c'est son principal attrait. On y accède par Sacramento, au bout d'une route qui se transforme en piste sur les derniers kilomètres. Depuis le poste des gardes, un sentier de 3 kilomètres monte à travers une forêt de chênes couverts de mousse jusqu'à la lagune Barva, un lac de cratère de 70 mètres de diamètre entouré de brume la plupart du temps. Les quetzals se voient entre mars et juin. Le sentier est ouvert de 8 h à 16 h, l'entrée coûte environ 12 dollars pour les étrangers et il fait souvent moins de 10 degrés au sommet, à 2 900 mètres.
Plus accessible, le mirador de San Rafael, sur la route de Monte de la Cruz, offre une vue sur toute la vallée centrale et, par temps clair, jusqu'au volcan Irazú. Les restaurants de la route de Monte de la Cruz servent de la truite pêchée sur place et de la soupe de haricots noirs, et c'est là que les familles de San José viennent déjeuner le dimanche.
Vers Sarapiquí : la descente côté Caraïbes
Heredia ne se limite pas aux hauteurs. La province s'étend au nord jusqu'à la plaine de Sarapiquí, à deux heures de route par la nationale 32 qui traverse le parc Braulio Carrillo. Le changement de paysage est brutal : on quitte le café à 1 500 mètres et on arrive dans la forêt tropicale humide à 100 mètres d'altitude. Puerto Viejo de Sarapiquí est la base pour la station biologique La Selva, l'un des centres de recherche tropicale les plus importants d'Amérique, qui propose des visites guidées, et pour le rafting sur le río Sarapiquí. Un aller-retour dans la journée est possible depuis Heredia, mais une nuit sur place permet de faire la marche à l'aube, quand les singes hurleurs et les toucans sont actifs.
Se déplacer dans la province
Le centre de Heredia se visite à pied, et des bus relient la ville à San José toutes les dix minutes. Mais dès qu'on vise Barva, les fincas, le volcan ou Sarapiquí, les transports publics deviennent compliqués : pas de bus jusqu'au secteur Barva du parc, horaires espacés vers Santa Bárbara, et aucun moyen simple d'enchaîner plusieurs plantations dans la même journée. Les taxis et les transferts privés existent, mais le total grimpe vite sur deux ou trois jours.
La solution la plus simple reste de louer une voiture dès l'arrivée. Plusieurs loueurs locaux proposent la location de voiture à Heredia au Costa Rica avec prise en charge à l'aéroport ou en ville, ce qui évite de traverser la circulation de San José avec les bagages. Adobe Rent a Car, une entreprise costaricienne qui existe depuis les années 1990, a une agence à Heredia et inclut l'assurance locale obligatoire dans ses devis, un point à vérifier chez n'importe quel loueur pour ne pas avoir de surprise au comptoir. Un véhicule 4x4 n'est pas indispensable pour la ville et les plantations, mais il est plus confortable pour la piste de Sacramento et pour la saison des pluies, de mai à novembre.
Côté conduite, les routes de la province sont asphaltées et bien indiquées, les distances sont courtes (Heredia-Barva 5 kilomètres, Heredia-Sacramento 20, Heredia-Sarapiquí 90) et l'essence se trouve partout dans la vallée. Les deux pièges classiques sont les ralentisseurs non signalés à l'entrée des villages et l'absence de réseau mobile dans le parc Braulio Carrillo : il vaut mieux télécharger la carte hors ligne avant de quitter la ville.
Quand venir et combien de temps rester
La saison sèche, de décembre à avril, donne les meilleures chances de voir la lagune Barva dégagée et de visiter les plantations pendant la récolte. La saison des pluies est plus verte, moins chère et parfaitement praticable si l'on garde les randonnées pour le matin ; en vallée centrale, il pleut surtout l'après-midi.
Deux jours suffisent pour la ville, Barva et une finca ; trois si l'on ajoute le volcan ; quatre avec une nuit à Sarapiquí. Et pour ceux qui n'ont qu'une soirée avant un vol matinal, dormir à Heredia plutôt que dans un hôtel d'aéroport permet de dîner sur une place coloniale et d'être à l'enregistrement en quinze minutes le lendemain, sans passer par la capitale.