Les Derviches Tourneurs : Une danse spirituelle au cœur du soufisme
Les derviches tourneurs sont l’un des symboles les plus fascinants et emblématiques de la Turquie. Leur danse mystique, appelée sama, est bien plus qu’une simple performance artistique : c’est un rituel spirituel issu de la tradition soufie, une quête d’union avec le divin par le mouvement, la musique et la méditation. Pour comprendre cette pratique unique, il faut plonger dans l’histoire et la philosophie de l’ordre Mevlevi, auquel appartiennent ces danseurs.
Les origines : l’ordre Mevlevi et Jalal al-Din Rumi
Les derviches tourneurs sont issus de l’ordre Mevlevi, une branche soufie de l’islam fondée au XIIIᵉ siècle à Konya, en Anatolie centrale. Cet ordre doit son nom et son essence à Jalal al-Din Rumi, un poète mystique et philosophe persan également connu sous le nom de Mevlana ("notre maître").
Rumi prônait l’amour universel, la tolérance et la quête spirituelle par l’élévation de l’âme. Il considérait la musique, la danse et la poésie comme des moyens puissants de rapprocher l’être humain de Dieu. Sous son inspiration, ses disciples développèrent la cérémonie du sama, une méditation en mouvement accompagnée de musique et de chants sacrés.
La danse des derviches : un rituel cosmique et spirituel
La sama des derviches tourneurs est bien plus qu’une simple danse : c’est un rituel hautement symbolique qui représente l’harmonie de l’univers et l’union mystique avec Dieu.
Les étapes du rituel
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La préparation : La cérémonie débute par une improvisation musicale jouée au ney (flûte traditionnelle turque) accompagnée de tambours. Les derviches entrent dans la salle et effectuent trois tours symboliques, représentant les étapes de la purification spirituelle.
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Le dépôt du manteau : Les derviches retirent leur manteau noir, symbole de l’attachement au monde matériel, révélant leur tenue blanche qui représente la pureté de l’âme.
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Le début de la danse : Les derviches adoptent leur posture caractéristique :
- Une main tournée vers le ciel pour recevoir la grâce divine.
- Une main tournée vers la terre pour la transmettre à l’humanité.
- La tête légèrement inclinée en signe d’humilité.
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La rotation : Les danseurs commencent à tourner sur eux-mêmes, lentement d’abord, puis de plus en plus rapidement. Cette rotation évoque :
- Le mouvement des planètes autour du soleil.
- La connexion spirituelle entre l’homme et l’univers.
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La musique et le chant : La danse est accompagnée de versets poétiques de Rumi, chantés ou joués au ney, créant une atmosphère méditative et transcendantale.
Une quête d’élévation
Le mouvement circulaire des derviches n’est pas qu’une performance physique : il vise à atteindre un état modifié de conscience. En tournant, les danseurs transcendent leur ego et leur individualité pour s’unir au divin, dans une quête de paix intérieure et d’harmonie universelle.
Les symboles des derviches tourneurs
Chaque élément du rituel des derviches tourneurs est porteur d’une signification profonde :
- Le manteau noir : La matérialité et les attachements terrestres.
- La robe blanche : La pureté spirituelle.
- La toque (sikke) : La pierre tombale de l’ego, marquant la mort symbolique de l’ego pour atteindre une renaissance spirituelle.
- Le mouvement circulaire : L’harmonie cosmique et le cycle de la vie.
Une tradition longtemps menacée
L’apogée sous l’Empire ottoman
Sous l’Empire ottoman (1299-1923), l’ordre Mevlevi joua un rôle majeur dans la culture et la spiritualité de l’époque. Les derviches étaient respectés pour leur dévouement et leur contribution à l’art, la musique et la philosophie.
L’interdiction par la République turque
En 1925, sous le gouvernement de Mustafa Kemal Atatürk, les ordres soufis, y compris les Mevlevis, furent interdits dans le cadre de la modernisation et de la sécularisation du pays. Les cérémonies des derviches furent limitées, et nombre de leurs centres spirituels furent fermés.
Une renaissance
Ce n’est qu’en 1950 que les derviches furent autorisés à reprendre leurs activités sous une forme plus culturelle et artistique. Aujourd’hui, la sama est reconnue comme un patrimoine culturel précieux, et l’ordre Mevlevi continue de perpétuer cette tradition.
Assister à une cérémonie
De nos jours, il est possible d’assister à des cérémonies de derviches tourneurs dans plusieurs endroits en Turquie, notamment :
- Konya : La ville de Rumi reste le centre spirituel de l’ordre Mevlevi. Chaque année, en décembre, un festival célèbre l’anniversaire de la mort de Rumi avec des représentations authentiques.
- Istanbul : Des spectacles sont organisés dans des lieux comme le Centre culturel Hodjapasha ou le monastère de Galata.
- Cappadoce : Des représentations sont proposées dans les caravansérails, offrant un cadre historique unique.
Attention aux spectacles touristiques
Dans les zones très fréquentées par les visiteurs, certaines performances sont davantage des divertissements que des cérémonies authentiques. Pour une expérience spirituelle fidèle à la tradition, privilégiez les lieux où l’ordre Mevlevi est encore actif.
Une tradition universelle et intemporelle
Les derviches tourneurs incarnent une spiritualité profonde et un lien unique entre l’art et la foi. Bien que fortement ancrée dans la culture turque, leur quête d’harmonie universelle et leur recherche d’élévation trouvent une résonance universelle. Assister à une sama, c’est non seulement plonger dans un patrimoine culturel millénaire, mais aussi ressentir une connexion unique avec l’infini et le divin.