Venise insolite : San Marco

"Venise insolite: San Marco" est un guide touristique qui vous invite à découvrir des sites méconnus de la ville de Venise. Ce guide vous emmène dans les salles du Ridotto à l'Hôtel Monaco et Grand Canal, la première maison de jeux administrée par l'État. Vous pouvez également découvrir le Losange de porphyre de l'Atrium de la Basilique Saint-Marc, l'endroit précis où Frédéric Barberousse s'est agenouillé devant le pape en 1177. Le guide vous présente également la mystérieuse lettre de félicitations du prêtre Jean et l'origine du nom de Bucintoro. Enfin, le guide aborde la plaque de l'église San Geminiano, une église détruite par Napoléon, mais qui était mal aimée des Vénitiens. Une balade culturelle à travers Venise en compagnie des guides Jonglez, à la découverte de sites à l'écart des grands classiques touristiques de la Sérénissime... Ainsi, aventurons-nous autour de la célèbre piazza San Marco, le cœur historique de la ville :

Les salles du Ridotto à l’Hôtel Monaco et Grand Canal

“La première maison de jeux administrée par l’Etat”

Près de la place Saint-Marc, a l’intérieur de l’hotel Monaco et Grand Canal, les anciens locaux du Ridotto ont été récemment réouverts au public. Tout de suite après l’entrée, à droite, un bel escalier mène à l’étage « noble » (piano nobile) qui s’ouvre sur une somptueuse salle centrale entourée de huit autres pièces, selon le dispositif conçu par l’architecte Maccaruzzi au XVIIIe siècle.

Les murs et le plafond de la plus grande salle (sur deux niveaux) sont ornés de luxueuses décorations imitant le marbre coloré, agrémentées de miroirs et de festons élaborés de fleurs, de fruits et de feuillages en stuc. Les autres pièces sont rehaussées de motifs en marbre et en stuc aux thèmes floraux, avec des rubans, des volutes et des coquillages.

Le palais appartenait à l’origine à la famille Dandolo. Après avoir accueilli l’ambassadeur de France au XVIe siècle, il fut loué en 1638 à l’Etat qui le transforma en une maison de jeux publique, surnommée Il Ridotto.

Le Ridotto – ouvert pendant la période du carnaval qui, à l’époque, durait plusieurs mois – était administré par des nobles déchus (qu’on appelait barnabotti parce qu’ils résidaient à San Barnaba dans des logements que leur attribuait la République Sérénissime). Pour les habitués – à l’exception des croupiers – le port du masque était obligatoire.

Bien qu’il fut réputé dans toute l’Europe et que l’Etat y renflouat volontiers ses caisses, le Ridotto dut fermer ses portes en 1774. Après plusieurs passages à vide, les salles du Ridotto ont été occupées à des époques assez récentes par le Cinéma Modernissimo et par le théâtre du Ridotto. Aujourd’hui, il accueille des évènements (congrès, fêtes, concerts et banquets) organisés par l’hôtel Monaco.

Les ridotti (« réduits ») étaient de petits espaces où les Vénitiens se retiraient pour jouer à des jeux de hasard tout en entretenant leurs relations sociales et politiques, sans oublier les plaisirs de la chair. Le terme fut employé à Venise dès la fin du XIIIe siècle. Selon la tradition, on s’adonna d’abord aux jeux de hasard en plein air, sur la Piazzetta, en face du bassin de Saint-Marc, entre les deux colonnes du lion ailé et de saint Théodore, là où avaient également lieu les exécutions capitales.

Il ne fallut pas longtemps pour que les jeux se propagent dans tous les milieux, au point que le gouvernement vit d’un bon oeil le transfert de ces divertissements dans des espaces fermés.

Infos pratiques :

Le losange de porphyre de l’Atrium de la Basilique Saint-Marc

“L’endroit précis où Frédéric Barberousse s’est agenouillé devant le pape en 1177”

Dans l’atrium de la basilique Saint-Marc, devant le portail principal, un très discret losange de porphyre marque l’endroit où l’empereur Frédéric Ier dit Barberousse s’agenouilla devant le pape Alexandre III, le 24 juillet 1177, avant d’être reçu au palais des Doges. Ce geste, humiliant pour celui qui avait envisagé de s’emparer de l’ensemble des territoires des empereurs romains dont il se considérait l’héritier, signifiait qu’il acceptait de reconnaître le pape Alexandre III comme unique pape de la chrétienté et qu’il renonçait ainsi au pouvoir de nommer les évêques, qu’il laissait désormais au seul pape. Peu après l’élection en 1159 d’Alexandre III, Frédéric Barberousse avait en effet fait nommer par un collège de cardinaux sous sa coupe l’antipape* Victor IV (qui sera suivi des deux autres antipapes Pascal III et Calixte III). Les grands États catholiques (France, Angleterre, Sicile, et royaumes ibériques), en lutte d’influence avec l’Empire germanique, reconnurent Alexandre III et celuici excommunia Barberousse en 1160. La guerre éclata et, après la défaite de Barberousse à Legnano en 1176, Venise fit en sorte de devenir le lieu de la réconciliation du pape et de l’Empereur. L’événement était important : servant l’intermédiaire, il permettait à Venise de se mettre au niveau des deux protagonistes et d’acquérir par là même un prestige considérable. Mis à l’écart à Ravenne puis à Chioggia, alors que le pape était déjà à Venise, Barberousse dut abjurer les antipapes qu’il avait nommés avant de faire son entrée dans la basilique. 

*Antipape : papes élus dans des circonstances particulières, un autre pape étant en place au même moment. Non reconnus officiellement par l’Église catholique, la plupart de ces antipapes ont été tout simplement nommés par des souverains pour servir leur intérêt propre.

Infos pratiques :

  • Basilique Saint-Marc
  • Devant le portail principal
  • Ouverts tous les jours de 9h45 à 17h
  • Dimanches et fêtes 14h à 17h (16h de novembre à Pâques)

(San Marco vu du campanile de la basilique San Giorgio Maggiore. - Jean-Pol GRANDMONT)

La mystérieuse lettre de félicitations du prêtre Jean

Après la signature de la paix, le pape et l’Empereur auraient, selon la légende, reçu une carte du mystérieux prêtre Jean. Considéré par certains comme l’empereur d’Orient, celui-ci jouissait d’une réputation légendaire que les Templiers propagèrent, affirmant qu’il vivait dans un mystérieux royaume quelque part en Asie, qu’il était pape et Empereur à la fois et qu’il fut même couronné par la mère de Dieu. Dans cette lettre, le prêtre Jean félicitait Alexandre III et Barberousse pour la paix qu’ils avaient conclue.

Il semble que cette lettre, pleine de considérations sur la concorde entre les peuples et sur la Vierge Marie, ait été fabriquée par les Templiers eux-mêmes. Pour plus d’informations sur le mythique prêtre Jean, qui fut en partie à l’origine des expéditions maritimes portugaises, entreprises entre autres dans le but d’aller à sa rencontre et de permettre ainsi de prendre à revers, entre l’Europe occidentale et l’Asie, les musulmans du Proche-Orient, voir chez Jonglez le guide Lisbonne insolite et secrète. 

D’où vient le nom de Bucintoro ?

Selon la tradition, c’est à la suite de cette paix entre Alexandre III et Barberousse que le pape, en remerciement des efforts diplomatiques de Venise, offrit un anneau au doge. Celui-ci prit ensuite l’habitude de le jeter dans l’Adriatique afin de symboliser les épousailles entre Venise et la mer, le jour de l’Ascension. Le navire sur lequel le doge embarquait pour cette cérémonie ne prit le nom de Bucintoro qu’en 1311, au moment où les Templiers étaient exterminés en France.

Si l’une des versions qui circulent sur l’origine du mot parle d’une embarcation médiévale à plusieurs rames du nom de « bucio » ou « bucin », le « oro » final venant de la décoration dorée du navire, selon d’autres sources, le nom de Bucintoro viendrait de Beaucéant, le nom du drapeau des Templiers, dont la maison hébergea le pape à Venise en 1177.

Ce furent également les Templiers, qui constituaient aussi la garde rapprochée du pape Alexandre III, qui, avec leur flotte et leurs possessions en Terre sainte, permirent en grande partie de maintenir le flux commercial de Venise avec l’Orient. Le nom de beaucéant, lui-même, viendrait, en langue d’oïl, de la contraction de « beau » et « céant », à savoir la beauté intérieure ou spirituelle. 

La plaque de l'église San Geminiano

“Une église détruite par Napoléon, mais mal aimée des Vénitiens ?”

Devant l’entrée du musée Correr, une plaque rappelle la destruction en 1807 de l’église de San Geminiano – construite en 1557 par Sansovino – pour construire la fameuse aile Napoléonienne. À cette occasion, on égara les restes du banquier John Law ainsi que de Sansovino (qui sont désormais dans le baptistère de la basilique Saint-Marc), ce qui provoqua une belle colère impériale.

Il est intéressant de noter que, contrairement à ce que l’on entend souvent, de nombreux Vénitiens trouvaient l’église de Sansovino très peu esthétique : Cicognara* jugeait ainsi que les défauts de l’intérieur de l’église devaient certainement être moindres que ceux de l’extérieur ! Visentini, dans son livre Observation sur les Erreurs des Architectes (1771-1775) n’était pas moins tendre sur les défauts de conception de la façade. À sa décharge, au moment où Sansovino entreprit les travaux de l’église, il était déjà occupé sur d’autres chantiers plus importants, comme ceux des grands escaliers de la bibliothèque Marciana et du palais des Doges.

*Auteur avec A.Diedo et G.Selva en 1838-1840 du livre Le fabbriche e i monumenti cospicui di venezia.

Infos pratiques :

  • Sottoportego San Geminiano

Afin de laisser une trace dans la topographie de la ville, la commune a décidé le 18 janvier 1973 de nommer le Sotoportego (jusqu’à ce jour sans nom) situé au-dessus de la plaque du nom de Soportego San Geminian (en vénitien). L’autel de l’église est désormais visible dans l’église San Giovanni di Malta où il a été réinstallé.

La plaque de la destruction de la toute première église de San Geminiano

L’église San Geminiano de Sansovino ne fut pas la première église de San Geminiano à avoir été détruite : située à une dizaine de mètres, sur la droite, devant le café Florian, une pierre rappelle la destruction au XIIIe siècle de l’église des saints Geminiano et Mena, qui avait été édifiée par l’exarque de Ravenne, Narsès, au VIe siècle.

Venise insolite : Santa Croce
Sommaire

Crédits photos : Thomas Jonglez

 

San Marco, le cœur palpitant de Venise, recèle des trésors cachés et des histoires insolites qui méritent d'être découvertes. Voici quelques-uns des secrets les mieux gardés de ce quartier emblématique :

La Pala d'Oro

Située à l'intérieur de la basilique Saint-Marc, la Pala d'Oro est un chef-d'œuvre d'orfèvrerie médiévale. Cet autel en or, incrusté de pierres précieuses et d'émaux cloisonnés, est un trésor souvent négligé par les touristes. La Pala d'Oro raconte l'histoire de la vie du Christ et des saints à travers ses panneaux magnifiquement détaillés. Commandée par le doge Pietro Orseolo en 976, elle a été enrichie au fil des siècles et reste un symbole de la richesse et de la puissance de Venise.

  • Infos pratiques :
    • basilique Saint-Marc
    • Heures d'ouverture : du lundi au samedi de 9h45 à 17h, dimanches et fêtes de 14h à 17h (16h de novembre à Pâques)
Le puits secret de la cour du Palazzo Ducale

Dans la cour du Palazzo Ducale se trouve un puits secret que peu de visiteurs remarquent. Ce puits, autrefois utilisé pour approvisionner le palais en eau, est orné de sculptures délicates et de bas-reliefs. Il est situé dans un coin reculé de la cour, loin des circuits touristiques habituels. Ce puits est un vestige de l'ingénierie vénitienne médiévale, rappelant l'importance de l'eau dans la vie quotidienne de la Sérénissime.

  • Infos pratiques :
    • Palazzo Ducale
    • Heures d'ouverture : tous les jours de 8h30 à 19h (dernière admission à 18h)
La Biblioteca Marciana et ses trésors cachés

La Biblioteca Marciana, située sur la Piazzetta San Marco, est l'une des plus anciennes bibliothèques publiques d'Italie. Elle abrite des milliers de manuscrits et d'incunables rares. Parmi les trésors cachés de cette bibliothèque, on trouve des cartes maritimes anciennes, des œuvres de philosophes grecs et latins, et des manuscrits enluminés. Les salles de lecture, richement décorées, offrent une atmosphère de sérénité propice à la découverte.

  • Infos pratiques :
    • Piazzetta San Marco
    • Heures d'ouverture : du lundi au vendredi de 8h à 19h, samedi de 8h à 13h
La tour de l'horloge et ses secrets

La tour de l'horloge, ou Torre dell'Orologio, est un monument emblématique de la place Saint-Marc. Construite à la fin du XVe siècle, elle abrite une horloge astronomique complexe qui indique non seulement l'heure, mais aussi les phases de la lune et les signes du zodiaque. Moins connu, le mécanisme de l'horloge est accessible lors de visites guidées, offrant un aperçu fascinant de l'ingénierie de la Renaissance.

  • Infos pratiques :
    • place Saint-Marc
    • Visites guidées sur réservation
Le trésor caché de la Scuola di San Giorgio degli Schiavoni

La Scuola di San Giorgio degli Schiavoni est une petite confrérie située près de l'église San Giovanni di Malta. Elle abrite une série de peintures de Vittore Carpaccio, représentant des scènes de la vie des saints Georges, Tryphon et Jérôme. Ces œuvres, d'une grande finesse, sont souvent éclipsées par les attractions plus célèbres de Venise, mais elles méritent une visite pour leur beauté et leur détail.

  • Infos pratiques :
    • Calle dei Furlani, Castello
    • Heures d'ouverture : du lundi au samedi de 10h à 16h

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